5*Haytham



Les Bâtisseurs de la vie

Articles parus dans les magazines

=par Amr Khaled =

5*Haytham

 

  

 

Tant que je vivrai je continuerai à fournir des efforts…

 

Je faisais des allers-retours dans la chambre. Je ne savais pas comment réagir face à la tournure de la situation.

 

Al Hakim bi amri Allah, le Fatimide, tue les gens avec la même aisance qu’il offre de l’argent. Je n’arrive pas à croire qu’il soit satisfait de moi.

 

Je pense que le poste qu’il m’a octroyé est en vérité un piège tendu avec soin afin que je baisse ma garde, qu’il puisse ensuite m’achever.

 

Comment sortir de ce bourbier? Je pense que mon idée est logique de bâtir un barrage sur le Nil afin de contenir ses eaux en été ou en hiver et les distribuer sur toute l’Egypte, en évitant les inondations pour certains villages tout en irriguant les autres. Mais je n’ai pas pris en considération la raideur de la pente au niveau des cascades d’Asswan. Je n’arrive pas à croire qu’il a accepté mes excuses de ne pas terminer ce projet avec autant de simplicité et d’acquiescement. Et cet argent qu’il m’a offert, et la demeure, ensuite ce poste qu’il m’a confié et ce salaire !

 

 L’homme finit par s’asseoir sur un siège pour soulager ses pieds après ce qu’ils ont dû subir à force de tourner en rond dans la pièce. La crainte et l’angoisse de Al Hassan Ibn Al-Haytham n’étaient pas exagérées. Al Hakim bi amri Allah lui avait envoyé de l’argent et des présents, et l’a convié à lui rendre visite en Egypte quand il a entendu parler de son projet résumé en cette expression : « Si je me trouvais en Egypte je réaliserais avec son Nil un projet qui aurait apporter du profit que ce soit en temps de crue ou de décrue. »

 

Les yeux de Ibn Al-Haytham parcouraient la chambre alors qu’il tenait sa tête entre ses mains. Après de longues heures d’attente, il poussa un long soupir chargé de crainte et d’inquiétude. Mon Dieu, aide-moi à m’en sortir. Le gouverneur est fou et complètement imprévisible.

 

Alors qu’il s’appuyait sur le dossier de son siège, Al Hassan trouva une brillante idée ; elle était tellement simple et rassurante qu’il a laissé exprimer sa joie en poussant des rires à haute voix. Ensuite il s’est redressé en se disant : si le gouverneur est fou, je suis encore plus fou que lui.

 

C’était précisément l’issue qui devait le protéger de la frivolité du gouverneur Al Hakim bi amri Allah ; il a prétendu donc la folie. Au point qu’un serviteur lui a été assigné en permanence. C’était l’occasion à l’ingénieux savant de continuer calmement ses recherches et poursuivre ses études dans différents domaines de la science.

 

L’homme est né à Al Bassrah. On ne connaît rien de son enfance ou de sa tendre jeunesse ; il apparut en Syrie comme homme de science avant de partir pour l’Egypte où il préféra s’y installer.

 

Al Hassan Ibn Al-Haytham entreprit des études qui touchaient tous les domaines et y a fait des publications, dont la plus connue est « Kitab An natha’ir ». Et c’est grâce à lui que nous avons eu le schémas de l’anatomie de l’œil ainsi que la rectification des informations antérieures sur le parcours du rayon lumineux depuis l’œil vers les objets ce qui produit la vue ; en effet, il a affirmé que le rayon suit des trajectoires rectilignes depuis l’objet observable jusqu’à l’œil.

 

Il a continué à prétendre la perte de la raison jusqu’au décès de Al Hakim bi amri Allah où il a repris ses esprits et a élu domicile à côté de la mosquée Al Azhar. Il compléta ses recherches et ses études en physique, en calcul trigonométrique, sur les propriétés des rayons lumineux, sur l’œil ainsi que l’optique. Son invention de la boîte noire afin de prouver ses théories sur le parcours des rayons lumineux a été l’élément précurseur pour la réalisation des caméras sous tous leurs aspects techniques.

 

Il suffit de lire ces quelques passages de ce qu’il disait pour se rendre compte à quelle trempe d’hommes il appartenait : « …Et tant que je vivrai je continuerai à fournir des efforts de toutes mes forces en espérant atteindre trois objectifs : le premier, satisfaire celui qui est en quête de vérité, que ce soit de mon vivant ou après ma mort. Le deuxième, me permettre de conserver une gymnastique intellectuelle en arrivant à concrétiser les conceptions de ma pensée quant à ces sciences. Et le dernier, ceci est comme une provision que je garde pour mes jours de vieillesse et de caducité. »

 

Ceci témoigne de la grandeur de l’homme et l’ingéniosité du savant. Il a voué son intelligence et sa pensée ainsi que ses efforts au service de ceux qui voulaient s’instruire. Ce sont là les qualifications des hommes qui ont bâti la civilisation et ont su laisser derrière eux la gloire pour leur communauté.

 

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