Les Bâtisseurs de la vie
Articles parus
dans les magazines
=par Amr Khaled
=
4*Mohammad
Abdou
Mohammad Abdou ne se suffit jamais !
Ceci est une conversation qui se déroule entre une dame et son petit-fils… elle
lui raconte l’histoire de l’une des personnalités qui ont le plus marqué
l’histoire de la nation Arabo-Musulmane… et pour éviter toute confusion, le
dialogue entre la dame et son petit-fils et les commentaires qui s’en rapportent
sont écrits en italique. Et tout ce qui se rapporte au Cheikh Mohamed Abdou est
écrit en noir.
- Qu’est-ce qui ne va pas mon fils ? Tu as l’air silencieux avec
le visage refrogné la plus part de temps. Où est-ce qu’il est passé ton sourire
de jeunesse, ton rayon d’espoir. Tu as 20 ans et tu es en pleine fleur de
l’âge.
- D’où veux-tu que j’aie le sourire et tout autour de moi n’en
donne pas envie et ne révèle aucun signe d’espoir.
- Oh ! Dieu tout puissant… Pourquoi tout ce découragement et ce
désespoir ?
- A quoi servira l’espoir? Je n’ai ni travail, ni argent, aucune
liberté de penser et d’expression et aucune chance de bâtir quelque chose.
- Et si nous admettons que la vie était aussi obscure, que
comptes-tu y faire ?
- Rien…. Ce ne sont que des jours qui passent…. Selon les
circonstances.
- Mon Dieu…. N’essayes-tu pas d’allumer ne serait-ce qu’une
bougie ….Une allumette ?
- Pour quelle raison ?! Rien qui vaille la peine madame.
- Bien…. Viens avec moi et regarde dans ma boule magique…. Ne
crains rien, regarde et tu verras… je te laisserai commenter à la fin.
Nous sommes maintenant en 1849 dans un village du département
d’El Bahira en Egypte…. Cela veut dire que nous sommes dans un lieu qui n’a
connu ni développement ni technologie. Un lieu à disposition naturelle. Simple
et isolé comme plusieurs lieux de cette époque. Et voici cette maison qui
appartient à un homme nommé Abdou Hassan Khayrallah où sa femme venait de lui
donner un fils qu’il nomma Mohammad…. Continuons à secouer légèrement la boule
pour qu’on puisse dépasser les évènements qui ne nous concernent pas…. Dix ans
se sont écoulés depuis ce jour, viens voir et écoute par toi-même:
-
Le père : Félicitations mon fils, tu viens de finir d’apprendre le Saint Coran,
c’est un grand honneur.
-
La mère : Mohammad embrasse la main de ton père, car c’est à lui que revient la
gratitude de t’avoir appris et de t’avoir enseigné…. Et sans lui tu n’auras
jamais acquis tout cet honneur.
-
Le père : Mon fils, dés demain, tu continueras tes études dans un institut d’Al
Azhar à Tanta.
-
Mohammad Abdou (étonné) : Tanta !
-
Le père: Oui…. La mosquée El Ahmadi, c’est le petit Azhar et j’aimerais bien te
voir atteindre le niveau du professorat
Ne précipite pas les évènements, je voulais juste te faire
savoir dans quelles circonstances l’enfant a grandi. Crois-tu qu’un enfant de
dix ans pouvait réaliser des exploits ? Malgré qu’il ne tardera pas beaucoup à
créer son propre espace de réflexion ainsi qu’un rôle…. Regarde par toi-même.
-
Mohamed Abdou : Ibrahim, dis-moi. As-tu saisi la leçon d’El Tafssir
(Interprétation du Coran) d’aujourd’hui ?
-
Ibrahim : Non.
-
Mohammad Abdou: Pourquoi ne m’as-tu pas soutenu lorsque j’ai demandé au Cheikh
de nous répéter la leçon ou de nous l’éclaircir ?
-
Ibrahim : N’as-tu pas remarqué comment il te fixait avec un regard effrayant… La
prochaine fois il n’hésitera pas à te frapper.
-
Mohammad Abdou: Cela veut dire qu’à cause de la peur je n’ai pas le droit de
comprendre ?
-
Ibrahim : Celui qui a peur est sauf …. Et nous sommes tous pareil.
-
Mohammad Abdou: Je ne peux pas vivre dans l’ignorance…. J’apprends donc je dois
comprendre.
Qu’en penses-tu toi qui vit au 21ième siècle…. C’est
un enfant de dix ans plein de positivisme… la peur ne l’empêchait pas, malgré
qu’il vit dans une ère où les petits respectaient énormément les grands à tel
point qu’ils se tenaient debout lorsque les grands entraient, à demander et
comprendre…. Sans commentaire…viens voir.
-
Le père: Mohammad, à partir de demain tu retourneras à Tanta.
-
Mohammad : Mon père… Depuis un an et demi que je continue à y aller et comme je
suis parti, je suis revenu…. Je continuerai à travailler dans l’agriculture.
-
Le père: Jamais mon fils…. Je veux te voir l’un des Cheikh de l’Azhar, et tu
dois continuer tes études.
-
Mohammad : Mais je ne comprends rien de ce qu’il dit, et si je ne suis pas
persuadé qu’il est entrain de nous expliquer le Coran, je dirais qu’il parle
dans une des langues étrangères.
-
Le père : c’est fini… c’est indiscutable.
Voici Mohammad sur la terrasse de la maison entrain d’admirer le
ciel…Que va-t-il faire avec la décision de son père, à propos du retour à la
mosquée El Ahmadi, qui demeure indiscutable…. Tout en restant calme…. On ne le
voit pas entrain de pleurer ou fumer ou tenter de se suicider ou même se taper
la tête contre le mur comme vous avez l’habitude de réagir. Ne sois pas timide
mon fils regarde-le bien, il réfléchit… un enfant de douze ans en 1861 face à un
problème…. Comment va-t-il réagir ? Il réfléchit…. Continuons notre voyage.
-
Cheikh Derouiche Khedre : Es-tu sûre que c’est lui ?
-
La servante : Oui c’est bien lui Mohammad fils de Cheikh Abdou.
Cheikh Derouiche sortit pour accueillir Mohammad.
-
Cheikh Derouiche Khedre : Bienvenu….Bienvenu Mohammad comment vas-tu ?
-
Mohammad Abdou: Bien, grand-père.
-
Cheikh Derouiche Khedre (étonné) : entre Mohammad, mon neveu va bien ?
-
Mohammad Abdou: Il va bien grand-père…. Je me suis enfui vers toi.
-
Cheikh Derouiche Khedre (tout en regardant le visage du petit) : Préparez à
manger…viens Mohammad nous mangerons ensemble et tu me raconteras ce qui s’est
passé.
Ne sois pas gêné tout en t’imaginant que je te raconterai le
parcours de la vie de Mohammad jour après jour malgré que sa durée de vie n’a
pas été assez longue…. 56 ans seulement.
- Seulement !…. C’est rien…. Ne te soucies pas…. car je vis un
vide émotionnel.
- Tais-toi et écoute, je choisis des moments particuliers que je
juge opportuns pour t’aider.
- Tu veux dire que je devrais quitter mon domicile moi aussi ?
Pourquoi tu ne dis plus rien grand-mère ?
- A l’âge de douze ans sa manière de penser l’a guidé à chercher
une personne qui pourrait avoir de l’influence sur son père tout en espérant
qu’il pourra le convaincre. Tu as vu sa manière d’agir avec les préoccupations
en tout positivisme ?
- Eh….
- Et pendant quinze jours, le Cheikh Derouiche essaya de calmer
la colère du gamin en lui apprenant comment apprendre.
-
Cheikh Derouiche : Mohammad as-tu réfléchi à propos de ce que nous avons
discuté ?
-
Mohammad Abdou : Oui grand-père.
-
Cheikh Derouiche : Mon fils, la science est une chose vivante avec laquelle tu
dois interagir… et peut importe le degré de complexité de la langue utilisée ou
de la méthode d’enseignement que l’enseignant adopte, tu pourras les surmonter à
travers les études.
-
Mohammad : Oui grand-père…. Le problème n’est plus question de mémorisation
comme mon père avait l’habitude de m’apprendre le Coran, je te remercie d’avoir
éclairci le problème.
Mohammad retourna à la mosquée d’El Ahmadi où il est devenu encore plus sûr de
lui et comprenait mieux les leçons qu’il recevait. Plus encore, Mohammad devint
un Cheikh et un enseignant pour ses camarades. Il leur expliquait tout ce qui
leur paraissait ambigu, avant même que l’enseignant ne commence à exposer son
cours. En 1866, il rejoignit la célèbre mosquée d’Al Azhar pour étudier. Les
études comprenaient la jurisprudence musulmane (Fiqh el Oussoul), la grammaire,
la rhétorique (balagha), interprétation du Coran (El Tafssir), les discours du
prophète (El Hadith) et la logique. Et parmi les savants célèbres de cette
époque, il y avait ‘’ Ahmed El Refai ‘’, Le Cheikh ‘’ Alliche ‘’ le Cheikh ‘’
Hassane El Taouil ‘’. Ce dernier était célèbre par son intelligence. Il traitait
les livres de la philosophie antique et sa terminologie. Il avait aussi des
connaissances en mathématiques. Il fut célèbre pour son courage d’exprimer haut
et fort ce qu’il croyait juste. Il enseignait au sein de Al Azhar la philosophie
et la logique. Un petit groupe d’étudiants formant l’élite d’Al Azhar assistait
à ses cours et Mohammad Abdou était parmi eux.
-
Un Etudiant : Cheikh Mohammad, allez-vous venir avec nous demain ?
-
Mohammad Abdou : Où ?
-
L’étudiant : Assister au cours du Cheikh Djamel Eddine Al Afghani. Vous ne le
connaissez pas ?
-
Mohammad Abdou : Oui j’ai entendu parler de lui et de sa manière révolutionnaire
de traiter les sujets….Je viendrais si Dieu le veut.
C’était le début de la relation de Mohammad Abdou avec Djamel
Eddine Al Afghani. Une relation qui s’est affermie entre eux. Mohammad assistait
à ses cours de la logique, la philosophie, la sagesse, le soufisme et les
principes de la religion. Les leçons spirituelles que ce grand réformateur
donnait à travers ses discours, avaient plus d’impact que les leçons de ‘’
Aourak oua Assfar ‘’ (Des feuillets et des volumes). Ses explications des livres
qu’il présentait à ses élèves n’étaient pas uniquement d’ordre lexicologique,
mais il tenait à expliquer toute expression pour en extraire une énergie vivante
qui pénétrait dans les esprits pour les pousser à agir, car le livre ne fait pas
l’exemple, mais celui qui arrive à bien l’expliquer. Mohammad Abdou a hérité de
son Cheikh l’amour du travail et sa tendance à la réforme religieuse, morale et
sociale. A travers ce que Mohammad Abdou a appris des pensées du Cheikh, il
s’est détourné de l’ascétisme et s’est ouvert sur la vie et étudia les
différentes sciences qui ne figuraient pas sur les programmes d’Al Azhar, tel
que la philosophie, les mathématiques, le discours, la science morale et la
politique. Ces derniers lui ont créé des problèmes.
- Quel genre de problèmes ?
- L’examen (la Thèse) de professorat constituait un défi lancé
par les professeurs.
- Pourquoi les professeurs lui lancèrent-ils le défi ?
En 1877 (1294 de l’hégire), Mohammad Abdou se présenta à
l’examen de professorat avec la réputation d’être l’un des élèves d’Al Afghani.
Cela constituait une imputation de la part des Cheikhs rigides d’Al Azhar. Le
comité a tenu à l’affaiblir en lui posant des questions qu’ils croyaient le
rendre impuissant, mais le Cheikh Mohammad Abdou a répondu aux questions avec
capacité. Chose qui poussa le Cheikh ‘’ El Mehdi al Abbassi’’, le chef du comité
et le responsable de la mosquée d’Al Azhar, à jurer que s’il existait un grade
supérieur au premier, il n’aurait pas hésité à le lui accorder. Le comité,
intransigeant,
ne lui a décerné que le diplôme de professorat
de deuxième grade pour résoudre le conflit qui s’est produit entre ses membres.
Il avait 28 ans lorsqu’il s’est présenté à l’examen. Il commença à écrire des
articles dans les journaux traitant des sujets culturels et réformistes
généraux. Qu’en penses-tu ?
- De quoi ??
- Il ne s’est même pas plaint et lamenté à propos de
l’opposition du comité !
- Mmm !
- Il s’est bien préparé, il les a convaincus, intimidés et
mérita la victoire.
- Les circonstances sont différentes.
- Encore ?...Attends! Continuons.
-
Un demandeur : Je ne suis pas d’accord avec vous Cheikh…. La liberté d’abord.
-
Mohammad Abdou : Mon fils. Je ne suis pas en désaccord avec toi.
-
Le demandeur : Alors pourquoi refusez-vous les pensées d’Adib Ishak.
-
Mohammad Abdou : Ecoutes moi bien… Connais-tu le proverbe qui dit ‘Plus on tombe
de haut, plus dure est la chute’ ?
-
Le demandeur: Et qu’elle est la relation entre ceci et le développement de la
civilisation que nous souhaitons pour notre pays ?
-
La relation est claire si tu as minutieusement saisi le sens….La vitesse
d’ascension est égale à la vitesse de la descente. Mon fils, la réforme doit se
faire progressivement pour qu’elle dure et non pas dans un clin d’œil et elle
disparaît par la suite.
-
Le demandeur : Cette lenteur représente une rétroactivité et un conservatisme.
-
Mohammad Abdou : Moi, je ne cours pas après les principes brillants, car j’ai un
objectif à atteindre et que je crois qu’il est mille fois plus important que de
recevoir les échos des causeurs parlant de moi.
-
Le demandeur : Que pensez-vous de la révolution de l’armée et de ce que Orabi
réclame ?
-
Mohammad Abdou : Je ne suis pas contre ou pour les révolutions, mais je crois
qu’il est réaliste, que ces dernières doivent être appuyées par une force
populaire consciente pour qu’elles puissent continuer et réussir.
-
Le demandeur : Alors, vous refusez de vous adhérer aux foules populaires ?
-
Mohammad Abdou : J’ai déjà expliqué mon point de vue et mon opinion sur le
sujet….La réforme est comme une plante dont les racines ont besoin de s’allonger
en douceur dans les esprits des personnes afin de rendre son déracinement
difficile et qu’elle ne penche pas faiblement. Cependant, si le peuple, mes
proches et mes frères, se mettent d’accord sur un point ou sur une idée je ne
les priverai pas de mon profond soutien.
Alors ? Qu’en penses-tu ? Mohammad Abdou fut exilé à Beyrouth
pour trois ans et son exil s’est prolongé jusqu’à six ans suite à une idée – la
révolution – à laquelle il s’opposait et dont il a payé le prix.
- Il était imprudent !
- Plutôt positif…. Dieu soutien tout travail collectif… la force
d’un peuple est dans son union sous le règne d’un seul cœur.
- Je ne sais pas.
- C’est à cela que je veux qu’on aboutisse…. Comment agir avec
les évènements pour arriver au succès et obtenir la bénédiction de Dieu. Sais-tu
que pendant son exil, Al Afghani lui a demandé de le rejoindre à Paris pour
travailler ensemble à l’édition d’un journal intitulé ‘Al Ourwatou al Wouthqa’
(Le lien solide indéfectible).
- Avec la grâce d’Allah ! Masha Allah.
- Je te parie que tu penses qu’ils ont dû acheter des immeubles
et des presses pour leurs projets etc.
- Effectivement.
- Non plus, l’histoire a duré 18 mois. Depuis une petite chambre
modeste située sur une terrasse d’un immeuble français. Le magazine était si
explicite et si parfait que les Anglais sont intervenus et ils ont arrêté sa
publication et ont déporté Al afghani et Mohammad Abdou.
- Les Anglais ?
- Oui, car le magazine représentait une résistance contre
l’occupation britannique en Egypte.
- Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu….La malchance a
suivi Mohammad Abdou même à Paris !!
- En principe, il devait se lamenter tout en ayant le cœur
serré, comme toi et tes amis ont l’habitude de faire ? Un bonhomme exilé…fut
renvoyé avec son maître…l’édition du magazine fut arrêtée….Tous les chemins sont
bloqués et il ne lui reste que la tristesse et l’affliction….Jamais !….Mohammad
Abdou avait besoin de remplir son temps par l’élaboration des livres et
l’enseignement. Il expliqua ‘la méthode de la rhétorique’ et ‘les Maqamat d’El
Hamadhani’. Il enseigna l’interprétation du Coran (tafssir) dans quelques
mosquées de ‘’ Beyrouth ‘’. Il fut sollicité pour enseigner à ‘l’Ecole
Impériale’ (Sultaniya) de Beyrouth. Il contribua dans sa renaissance, et
réforma ses programmes. Il enseignait le monothéisme, la logique, la rhétorique,
l’histoire et la jurisprudence musulmane. Il a également publié quelques
articles dans le journal ‘’ Thamarate El Founoune ‘’ (Les Fruits des Arts) qui
ressemblait à ses articles publiés dans ‘’ El Waqai Al Messria ‘’ (Les
Evènements Egyptiens).
- Oh !!!
- Viens regarder avec moi et écoute l’Imam :
-
Un ami : Imam, la période d’exil est terminée. Pourquoi as-tu tardé à revenir en
Egypte ?
-
Mohammad Abdou : Je ne pouvais retourner et Toufik le Khédive régnait
toujours…je l’ai accusé de collaboration avec l’ennemi et de trahison et je ne
crois pas qu’il pourrait l’oublier ou le pardonner.
-
L’ami : Que deviens-tu alors ?
-
Mohammad Abdou : Quelques amis sont intervenus, ils l’ont convaincu que la
liberté de penser représente la force de son trône et parmi eux il y avait la
princesse Nazli un membre de la famille royale d’El Alaoui.
-
L’ami : Et maintenant Imam, est-ce que tu t’entends avec le Khédive Abbas Hilmi
et les Anglais ?
-
Mohammad Abdou : Le Khédive Abbas est un jeune homme plein d’enthousiasme et il
m’a donné son accord à propos de la réforme de trois institutions qui
n’intéressaient guère les Anglais et dont la réforme est dans l’intérêt de la
nation, ce sont : Al Azhar, les Dotations et les Tribunaux du droit Musulman.
-
L’ami : Imam, est-il permis du point de vue nationalisme de collaborer avec les
Anglais ?
-
Mohammad Abdou : Le pouvoir absolu est entre les mains du Lord Cromer…. Et tout
projet de réforme doit d’abord passer par lui et entre ses mains et moi je ne
suis pas aussi stupide pour faire l’ignorant et c’est ce qui m’a poussé à lui
présenter mon projet de réforme en personne au lieu qu’il le recoive altéré par
d’autres personnes.
Le ‘’ Cheikh Mohammad Abdou ‘’ commença alors à mettre en œuvre
la réforme au sein de Al Azhar. Il procéda à une augmentation des salaires des
enseignants et établit une liste déterminant les tenues d’honneur. Ce sont des
habits qui se portent lors des cérémonies particulières pour honorer les
personnes qui les portent et les distinguer des autres. Il a œuvré pour
entretenir les résidences universitaires des élèves d’Al Azhar (avoisinantes) et
les soumettre à un contrôle médical. Il s’adonna à l’enseignement des sciences
modernes en incitant à leur apprentissage à travers les récompenses et les
nominations aux postes de la magistrature et de l’enseignement. Il organisa le
calendrier des vacances scolaires en fixant leur date. Il a fait renaître à
nouveau la bibliothèque d’Al Azhar qui se trouvait dans un état de délabrement
après avoir été abandonnée. Il rassembla les livres éparpillés qui se trouvaient
dans les différentes galeries, ordonna leur rangement et indexation et rangea
d’autres livres dans la galerie principale. Il enseigna à nouveau au sein d’Al
Azhar où il donnait des cours de monothéisme, d’interprétation du Coran, de
rhétorique et de logique.
- C’est parfait.
- Pas du tout… il fut harcelé par les rigoureux enseignants d’Al
Azhar ce qui l’a poussé à déposer sa démission.
- La Démission !?
- Oui, il démissionna du conseil administratif d’Al Azhar et fut
nommé juge à la court de Banha, Zakazik puis d’Abdine. Après, en 1895 -1313 de
l’hégire- il fut nommé comme conseillé à la court d’appel. Quand il s’est aperçu
que les références de loi en arabe demeurent insuffisantes pour extraire les
principes de loi adoptés par les philosophes de la législation occidentale. Il
commença à apprendre la langue française à l’âge de 40 ans et il persévéra à son
apprentissage jusqu’à la maîtriser. Et à force de l’avoir utilisée comme sa
langue de lecture et d’écoute, il passa du stade de la compréhension et de la
lecture au stade de faire comprendre et écrire.
- C’est drôle…. Il n’a jamais assez.
- Jamais….la lassitude est la maladie des infirmes.
- Crois-tu, quand il est revenu en Egypte proposant la trêve aux
Anglais dans le but de mettre en œuvre son projet de réforme….Il se heurta au
Khédive Abbas ?
- Pourquoi ? Je croyais qu’ils entendaient bien, surtout que le
Khédive approuva la réforme d’Al Azhar, des mosquées et de la faculté de Dar Al
Ouloum (Faculté des Sciences) et les autres.
- Oui…Si bien qu’en 1899 – 1317 de l’hégire- il fut nommé le
mufti du pays. Cependant il s’opposa un jour au désir du Khédive d’échanger un
terrain appartenant au régime des dotations avec un autre qui appartenait à ce
dernier sauf s’il s’engage à verser la somme de vingt mille livres à la dotation
qui représente la marge de la transaction.
- N’a t-il pas appris à se taire parfois après tout ce qu’il
venait d’endurer ?
- S’il l’avait fait, il ne serait jamais l’Imam dont on étudie
la vie aujourd’hui…Cet argent était doté pour plaire à Allah et personne n’est
autorisé à complaire avec.
Qu’en penses-tu ? Penses-tu toujours que tes circonstances
demeurent difficiles et sans précédent ? Tu as vu combien de portes l’Imam a
réussi à ouvrir à chaque fois qu’elles se fermaient devant lui ? Il a perdu le
soutien des responsables… il s’est déstabilisé….. ? L’attitude devint un
antagonisme évident de la part du Khédive. Des complots et des intrigues se
formaient contre le vieil Imam, la presse déclara une guerre sans merci contre
lui dans le but de le dédaigner et l’affecter profondément. Ses ennemis ont eu
recours à plusieurs méthodes ignobles pour lui faire du mal et compromettre sa
réputation devant le public. En 1905 -1323 de l’hégire- il démissionna contraint
de Al Azhar. Son état de santé s’est aggravé et il ne tarda pas à décéder en
Alexandrie le 11 Juillet 1905 -8 Jumada 2 1323 de l’hégire- à l’âge de cinquante
six ans.
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