Les Bâtisseurs de la vie
Articles parus
dans les magazines
=par Amr Khaled
=
1*Lion
du Desert
Le lion du désert
Je
crois que ce surnom est moins significatif que celui qui le porte. On l'a peut
être appelé ainsi par ce qu’il avait tué un lion dans le désert, un lion qui
imposé des redevances aux commerçants. Ne riez pas, quand l’impuissance et
humiliation vous gagnent, même l'animal qui ne sait parler, peut vous dominer.
Sidi Omar El Mokhtar était au début de la trentaine quand il a été envoyé en
mission au Soudan par son cheikh, Omar était le chef de la délégation, ils ont
décidé d'accompagner une caravane qui s’apprêtait à quitter El Kafra (la ville
dans laquelle il vivait en Libye) pour le Soudan, parce que les commerçants
avaient plus d’expérience et connaissaient le désert et ses routes. Sur la
route, ils se sont arrêtés dans un endroit déterminé et l’un des commerçants
leur dit que la seule sortie, de cette région dangereuse, est souvent gardée par
un lion sauvage.
Il
était convenu que les membres des convois participaient dans le prix d’un
chameau mince qu’ils laissaient au lion en cas de sa sortie! Omar a refusé
vivement cette proposition. Il dit" Les redevances imposées dans le temps par le
plus fort au plus faible, sans aucun droit, ont été bannies, alors comment
accepter de les restituer à un animal? C’est un signe d'impuissance et
d'humiliation, par Allah nous allons le repousser par nos armes". Il insista sur
son point de vue.
Le
convoi avança et quand le lion sortit, Omar avança sur son cheval et lui tira
dessus, sans pour autant le tuer, et il continua d’avancer (tout en sachant le
danger de s'en prendre à un lion blessé), et il le tua avec la 2ème
balle. Omar a insisté pour l’écorcher et l’accrocher sur l’entré de cette route
pour que toutes les caravanes le voient. Et il a interdit qu’on raconte cette
histoire en disant durant l’un de ses conseils
–ce qui peut être traduit comme : "Et
lorsque tu lançais (une poignée de terre), ce n'est pas toi qui lançait: mais
c'est Allah qui lançait..." (TSC1, Al Anfal : 17).
Ce
n’était pas les débuts de Omar El Mokhtar. Il a était éduqué au sein de l’islam
et de la religion depuis son enfance.
C’est Omar ben El Mokhtar Ben Ferhat de la famille Gheith, il est né, selon sa
propre version, entre l’année 1861 et 1862, son père, malgré le peu
d’informations existant sur lui, était connu pour son courage dans le combat et
pour son statut social parmi les siens.
Le
père a confié son fils à M. Hassan El Gheriani, le cheikh de la zawiya
(petite mosquée) de Janzour pour l’éduquer et lui apprendre le saint Coran. Et
avant de mourir en 1878 pendant un voyage de pèlerinage, son père a confié ses
enfants au cheikh pour les élever. Ceci fut la première initiative digne d’être
mentionnée dans la vie de Omar EL Mokhtar. C’est ainsi que Omar a connu l’amer
goût de l’orphelinat dès son jeune âge. C’était la naissance du bien dans le
cœur de ce héros. C'était un orphelin brisé, et le cœur brisé par le chagrin,
ressent les douleurs des autres. Et si ce cœur rencontre la foi et l’amour de
Dieu, il devient un cœur lumineux et tendre, qui trouve refuge dans l’amour de
Dieu dans tous ses besoins. Il est toujours clément avec les faibles et pauvres.
Le
cheikh Hassan a bien accompli sa mission. Il envoya Omar, alors âgé de 16
ans, à l’Institut de la zawiya de Jaghboub, avec ses enfants, pour apprendre
les sciences légales dans ce centre Sénoussie. Il a appris le saint coran et ses
sciences, avec cheikh El Zarwali El Maghribi, et les sciences légales par
d’autres Cheikhs de l’Institut.
L’enseignement se basait sur l’apprentissage de quelques métiers manuels comme
la menuiserie et la forgerie, Omar est devenu un professionnel dans ces métiers,
et aussi dans l’équitation. Il s’est distingué par sa personnalité de dirigeant,
sa façon équilibrée de parler et son charisme, son humilité et sa simplicité.
Tous ces qualificatifs l’ont rendu assez populaire et lui ont valu l’amour et
l’appréciation de tous ceux qui l’ont connu, pendant ses nombreuses missions.
Omar El Mokhtar mit fin à son éducation en 1886 parce qu’il sentit que sa patrie
et son peuple avaient besoin de son travail et de son combat.
Avec les années, Omar est devenu plus mûr, son humilité, sa simplicité, sa
personnalité équilibrée et dirigeante, l’ont poussé dans les premiers rangs de
la méthode Sénoussie. Le chef des Senousis à l’époque, Cheikh El Mahdi El
Senoussi, l’admirait et disait si nous avions dix comme Omar El Mokhtar, ça
nous aurait suffit. Il l'a désigné comme cheikh de la zawiya de Al Kossour dans
Al Jabal Al Akhdar (le mont vert), et il a été digne de cette responsabilité :
Apprendre aux gens leur religion, régler les querelles entre les tribus, les
réunir et veiller sur leurs intérêts. Il avait une réputation enviée par les
sages, et appréciée par le reste du monde.
Il
faut bien préciser que le choix d'Omar, pour la prise en charge de cette zawiya
était voulu par El Mahdi El Senoussi car celle-ci était dans la terre de la
tribu des esclaves, connue pour son tempérament assez violent et sa force. Dieu
l’a, aidé à diriger cette tribu, et il a su s’y faire avec ses dons de dirigeant
et sa sagesse.
Omar El Mokhtar était de ceux qui ont tenu leurs promesses envers Allah et qui
sont restés sur le droit chemin dont ils avaient cru. Il -qu’Allah lui accorde
sa miséricorde- a combattu pour la vérité et ses adeptes et contre l’injustice
et ses partisans, il ne dormait jamais jusqu'au matin, que deux ou trois heures,
se réveillait pour faire ses ablutions et lire le saint coran jusqu'au matin. Il
terminait la lecture du saint coran en 7 jours.
On
lui a confié le djihad à Waday, où il a confronté les colons français qui
commençaient à pénétrer en Afrique centrale. Son combat a attiré l’attention sur
lui, ainsi que son courage et sa persistance. Il est resté à Waday pour prêcher
l’Islam, éduquer les gens, combattre les Français, et protéger le territoire
musulman. Les territoires qu’il protégeait et administrait étaient plus sûrs que
le territoire d'un lion! Cela démontre clairement la conscience du dirigeant
musulman, de son devoir envers sa religion et sa patrie.
En
1906, il retourna au mont vert, pour continuer son travail à la Zawiya de Al
Kossour. Mais ça n’a pas duré longtemps, le combat a commencé entre le mouvement
Senousis et les Britanniques, dans la région de Bardi, Moussaid et Seloum sur
les frontières égypto- libyennes et s’était prolongés à cause des fascistes
jusqu’aux cœur du sol libyen, et comme d'habitude El Mokhtar était le premier
dans les rangs de ceux qui ont répondu à l’appel du djihad. Il dirigea un
mouvement qui s’était dressé contre les colonisateurs pendant vingt ans. Pendant
ces 20 années, El Mokhtar et ses combattants ont rédigé, avec leurs armes, les
combats les plus glorieux, que les ennemis évoquaient avant les amis.
En
1923 la représentation générale du mouvement Senousis lui fut confiée ainsi que
le commandement du djihad à Berka. Le pays en entier vivait des moments
difficiles, tels que l’épidémie de la peste et d’autres maladies, la domination
italienne sur le Nord de la Libye, l’interruption des vivres, déjà minuscules,
venant d’Égypte à travers la zawiya de Jaghboub, la zone de combat ne dépassait
pas une superficie de quelques dizaines de miles, alors que El Mokhtar avait
dépassé la soixantaine! Malgré tout ça, l’Italie avec tous ses généraux, était
contrainte de combattre sans répit pendant huit années supplémentaires, qui
étaient les plus dures et les plus longues de toutes les années de la guerre.
Cette guerre a privé l'Italie de milliers de soldats, des canons, des tanks, des
avions, des officiers et des dirigeants diplômés des académies militaires les
plus prestigieuses, qui faisaient la fierté de l’occident contre les musulmans.
Mais ce que les Italiens ne réalisaient pas, et que El Mokhtar avait compris
était, que les normes dans ces cas la ne se soumettent pas toujours aux éléments
matériels; Que la force de la foi, la ténacité des hommes et leur dévouement
pour l’amour de Dieu, fait basculer la balance, au profit du droit contre les
injustes.
Les paroles de Omar El Mokhtar après toutes ces années, montrent sa
détermination sans faille, quand il fut invité à négocier avec les Italiens: "
Nous vous avons combattus pendant 18 ans, et avec l'aide de Dieu, nous allons
continuer, et vous n’allez pas nous effrayer avec vos menaces " jusqu’à ce qu’il
dit" Je ne quitterais pas le mont vert tant que je suis en vie, et les Italiens
ne trouveront de répit, que lorsque ma barbe sera enterrée sous terre".
Il
n'y a pas moyen de vaincre une nation pareille, que de l’éradiquer, et les
musulmans ont besoin de prendre conscience de ce fait, et d’apprendre de cette
leçon.
Il
ne restait devant les Italiens qu'une seule solution, celle de couper tous
moyens de renfort aux combattants; Ils réunirent tous les Libyens, avec leurs
bétails, à Berka dans des camps de détention collectifs. Par la suite, ils
brûlèrent tous les vivres et ils installèrent une barrière de fils barbelés tout
au long des frontières avec l’Egypte. Tout cela n'a pas affaibli la
détermination des combattants, qui s'étaient fixé deux buts; Ou bien devenir des
martyrs, ou vivre avec l’honneur des moudjahidine (combattants.)
Ils ont combattu pendant de longs mois, jusqu'au vendredi 28 Rabii El Thani 1351
de l’hégire (11 Septembre1931), où ils furent surpris par un régiment de l’armée
italienne, dans le sud du village de Salnata. C’était une bataille dure et la
plupart des combattants y ont trouvé la mort et le cheval d’Omar tomba par terre
entraînant avec lui El Mokhtar blessé. Il a combattu jusqu’à l’épuisement de ses
munitions, et il a été fait prisonnier par quelques soldats qui l’avaient
reconnu. C’était la fin de la résistance jusqu’à ce que Dieu le veuille.
Le
mercredi 2 Jumada I 1351 de l’hégire (16 septembre1931), dans la ville de
Sellouk, les prisonniers furent amenés, devant une grande foule, pour qu’elle
témoigne de leurs exécutions, le bourreau mit la corde autour de son cou, et son
âme pure retourna à son créateur.
Avant l'exécution du cheikh Omar, les ordres étaient formels de torturer tous
ceux qui s’avisent à pleurer ou à témoigner du chagrin. Jourbou Abd El Jalil fut
durement frappé, parce qu’il a pleuré la mort de Omar El Mokhtar. Mais les voix
s’étaient élevées malgré les fouets des italiens, Fatima El Abaria a hurlé le
malheur de la patrie quand elle a vu le cheikh pendu, les Italiens l’ont décrit
comme la femme qui a brisé le mur du silence. Après elle, les cris se sont
élevés secouant l’univers, et je ne crois pas exagérer si je dis que les anges
ont répété avec les hommes pour le glorieux martyr.
1. TSC : Traduction des Sens du
Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent
de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en
arabe, la langue de révélation du saint Coran.
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