Les Bâtisseurs de la vie
Articles parus
dans les magazines
=par Amr Khaled
=
18 *
Coeurs Basculent
Les cœurs basculent encore :
Le
prix du pouvoir et de se priver de sommeil!
Omar Ibn Al Khattab et le secret des cernes bleus sous ses yeux ! Ibn Massoûd et
le bruit du bourdonnement d’abeilles entre ses deux côtes ! Anas Ibn Malek,
divisant la période sur laquelle s’étale la nuit entière et ne se contentant ni
de son tiers ni de ses deux tiers !!
Les amoureux des veillées de la nuit.
Un
article de Mr. Amr Khaled, apparu dans le magazine de ‘Majallat Al Mar’a Al
Yawm’, le 18/11/2003
Ceci est le corps de l’article :
Regardez notre maître Omar Ibn Al Khattab qui avait des cernes bleus sous ses
yeux à force de pleurer. Il se réveillait la nuit, réveillait les siens et
disait : –ce qui peut être
traduit comme « Et commande à ta famille la
Salāt, et fais-la avec persévérance». (TSC1) Un jour, il
s’est réveillé la nuit et a lu un verset. Il s’est évanoui. Savez-vous quel est
ce verset ? Allah (Glorifié soit-Il) dit –ce
qui peut être traduit comme: « Le châtiment de
ton Seigneur aura lieu inévitablement * Nul ne pourra le repousser ». Il
l’a lu et s’est évanoui. Les gens venaient lui rendre visite un mois durant,
sans savoir ce qu’il avait.
Je
le jure par Allah, il lui ont rendu visite un mois à cause d’un verset que vous
lisez au moins une fois par mois … Excusez-moi mon frère, les cœurs basculent
encore… C’est là Omar Ibn Al Khattab. En voici encore l’exemple d’Ibn Massoûd :
une fois les gens endormis, on entendait s’élever de sa part un bourdonnement
pareil à celui des abeilles quand il faisait ses prières la nuit.
Réellement, les cœurs basculent encore !
Bizarre ce que vous faites Anas !
Anas Ibn Malek divisait la durée de la nuit en trois parts : il priait durant le
premier tiers puis réveillait sa femme pour prier durant le deuxième tiers. A
son tour, la femme réveillait sa fille unique pour prendre la relève et prier
pendant le troisième tiers. On dit que lorsque la femme d’Anas est morte, il a
partagé les veillées de la nuit avec sa fille. Il priait durant la moitié de la
nuit et elle faisait autant durant la deuxième moitié ! Ensuite, Anas est mort ;
sa fille a pris le soin de faire la prière durant toute la nuit.
Nous sommes des mesquins … Où sommes-nous de ces foyers pleins de croyance?
Ô
Anas, votre exemple est surprenant … Mon Seigneur, permettez que nos foyers
soient comme ce foyer de croyance.
Oeuvrez, vous serez récompensés !
Veiller la nuit a ses amoureux… Allah les a guidés vers Son obéissance et Son
amour… des modèles dont la simple évocation réchauffe le cœur… Une personne a
dit : « J’ai tenu à veiller la nuit une année et je m’en suis réjouis vingt
ans » … Ce sont des mots provenant d’une expérience réelle, c’est pour cela
qu’ils sont vrais : la source en est des cœurs croyants. Une année entière de
labeur, de fatigue et de souffrance ; et à la fin, une récompense de vingt ans
de plaisir, de bonheur et de joie.
Réellement, ceux qui ont œuvré seront récompensés ; et notamment ceux qui ont
essayé ne sont pas au même pied d’égalité que ceux qui se sont endormis. Un
saint a dit à ce propos : « Sachez que le prix du pouvoir est de se priver de
sommeil »
Des cœurs entre les mains de leur Créateur.
Voici quelques mots qui témoignent de situations vécues et qui traduisent
l’acuité des sentiments : une personne raconte qu’au moment de regagner son lit,
il passe la main dessus et dit : « tu es si doux mais au paradis, il y aura plus
doux que toi ». Et il délaisse son lit pour aller prier jusqu’à l’appel de la
prière du Fadjr (Prière de l’Aube). Il avait raison de le faire, parce qu’au
paradis, il y a plus doux !! Comment accepter le moindre ?! Une autre personne
raconte que lorsqu’il regarde son lit, il dit : « Se rappeler les Enfers a fait
fuir le sommeil des yeux des adorateurs »
Vous sentez que ces mots ne sont pas fortuits mais des mots vifs. Seuls ceux qui
ont goûté à la vie nocturne et ont offert leurs cœurs à leur Créateur en
annonçant le commencement ont pu les sentir !!!
Qui est le privé ?
Beaucoup de concepts sont mal compris. Notre maître Hassan Ibn Ali nous
explique : « Si vous ne pouvez pas veiller la nuit et jeûner le jour, sachez dès
lors que vous êtes le privé et que vos péchés se sont accumulés » C’est là le
sens véritable du terme « privé ».
Privé ! Vous qui n’avez pas pu veiller la nuit.
Privé ! Vous qui n’avez pas pu jeûner.
Privé ! Vous qui n’avez pas reconnu votre Seigneur.
Beaucoup de chemins mènent droit à la destruction de l’être et tous prennent
source de vous.
Vos péchés se sont accumulés !!
Ne faites-vous que les cinq prières ?!
Hassan Al Basri a vendu une de ses servantes. La première nuit qu’elle passait
chez ces nouveaux maîtres, elle leur a dit : « La prière… la prière, Ô mes
maîtres. Levez-vous et allez prier. » Ils lui ont demandé : « L’aube est-elle
apparue ?! » Elle a dit : « Ne faites vous donc que les cinq prières ?! » Leur
réponse était que oui. Elle est allée chercher son premier maître Hassan Al
Basri et elle lui a demandé : « Mon maître ! Reprenez-moi. Vous m’avez vendue à
des gens qui ne font que les cinq prières. » On dirait que c’est une histoire
fictive sans rapport avec la réalité.
Notre réalité est devenue tout à fait différente de celle de nos ancêtres, à
l’époque de qui, une servante prononçait ces paroles !!
Admettons qu’elle soit là parmi nous, maintenant… Que dira-t-elle ?
Êtes-vous à la hauteur de ce mahr (Dot) ?
Un
des Tabi’ines2 ‘suiveurs’ a dit : « Durant mon sommeil, j’ai vu une
belle femme. Je lui ai dit : « Qui êtes vous ? » Elle m’a dit : « Demandez ma
main de mon maître ». Je lui ai demandé : « Quel serait ton mahr (La dot) ? »
Elle a répondu : « La longueur des veillées »
Seigneur ! Aidez-nous à accomplir un tel mahr (Dot).
Mon cher frère, préparez-vous pour ce mahr (Dot) dès maintenant. Il ne s’agit
pas là d’une seule houri mais de plusieurs attendant des prétendants au mariage.
Êtes-vous l’un de leurs prétendants ?
Nostalgie à la nuit.
Al
fadhil Ibn Iyadh a dit : « Lorsque le soleil se couche, je deviens très content
de l’obscurité. Les gens dorment, alors que moi, je reste seul à seul avec Allah
(Que Son nom soit glorifié et sublime) »
C’est là un sentiment noble provenant du cœur d’un homme qui l’a ressenti. Que
de savoureux instants pour rester seul à seul entre amoureux ! Quelques-uns
s’étonnent en disant : comment peut-il aimer l’obscurité ?
Mon cher frère, vous avez devant vous un exemple de gens nostalgiques à la nuit
afin d’invoquer leur bien-aimé. Il y a donc tête-à-tête et aveu ; la vie
s’estompe.
Chaque nuit, Al Mansour Ibn Al Mouôtamid veillait la nuit sur le toit de sa
maison. Quand il est mort, le fils de la voisine est venu vers sa mère lui
demander : « Mère ! Où est passé le tronc qui était sur le toit de la maison
d’Al Mansour Ibn Al Mouôtamid ? » Elle a répondu : « Ce n’était point un tronc,
c’était Al Mansour lui-même. Il est mort maintenant et tu ne reverras plus ce
tronc mon fils ! » Je crains que votre état avec ces veillées n’est pas plus que
des lèvres qui bougent et une parole bizarre à s’étonner d’elle.
Mon cher frère, un grand homme ne naît pas du jour au lendemain… Il faut des
initiations.
Hélas ! Dans quelle situation sommes-nous !
Un
homme, pleurant à chaudes larmes, est allé voir un des Tabi’ines. Ce dernier a
eu pitié de lui et lui a demandé : « Pourquoi pleurez-vous ? Avez-vous mal
quelque part ? ». Il a répondu : « Pire ». Le Tabe’ a continué : « A-t-on
apporté de mauvaises nouvelles des vôtres ? ». L’autre a répliqué : « Pire
encore ». Il lui a demandé alors : « Avez-vous perdu votre argent ? ». Il lui a
répondu : « Pire ». Le Tabe’ s’est exclamé et a dit : « Qu’y a-t-il de pire que
ça ? ». L’homme avoua : « Hier, je me suis endormi et j’ai oublié de veiller la
nuit ». Hélas ! Dans quelle situation sommes-nous ?! Si nous versons du sang au
lieu des larmes, ça aurait pu être plus facile. Versez des larmes de regret pour
des moments de faiblesse et de sacré violé ; et annoncez le deuil parce que la
nuit gémit !
Vous n’êtes pas rassasié et jamais vous ne le serez.
Un
Tabe’ a dit : « Depuis quarante ans, je n’étais jamais aussi malheureux de ma
vie que pour l’apparition de l’aube » Et comment ? Il n’était pas des nôtres :
son cœur était entrain de transcender le ciel et l’appel à la prière du Fadjr
(Prière de l’Aube) vient lui rappeler qu’on est encore sur terre et que nous
vivons comme les habitants de la terre. Une personne a dit : « Quand je fais la
prière la nuit, je suis effrayé de sa longueur… L’aube apparaît et je ne me suis
pas rassasié de la veillée de nuit »
Celui qui se retire durant les dix derniers jours du Ramadhan connaît ce
sentiment. Contemplez-le ! Il s’est préparé à la prière avec des ablutions
effaçant les péchés, a orné son autel par un tapis par terre et a entamé la
prière. Quand il a commencé la communication, aux portes du bonheur, il a
entendu le Muezzin disant : « Allah est plus grand » (« Allahu Akbar »). Il ne
s’est pas rassasié, et il ne le sera jamais. Ça sera la mer à boire.
Plus de plaisir.
Un
Tabe’ a dit : « Ceux qui veillent la nuit à prier sentent plus de plaisir que
ceux qui la passent en distraction. » Celui qui croit que le plaisir est de
s’échanger de belles paroles avec sa femme se trompe, ainsi de même celui qui
croit que les appels téléphoniques (Chating) procurent le plaisir demandé, et
idem pour celui qui passe le temps à regarder la télé ; ils se trompent tous.
Le
vrai plaisir est le plaisir du cœur et de l’âme que vous ne trouverez que durant
la nuit en ayant une conversation confidentielle avec son bien-aimé.
Louanges à Allah. Je note l’impact du bonheur sur vous maintenant. Je le sens
parmi vous. Il y a ceux que le cœur me croit mais que sa langue ne peut avouer :
il tient au secret. Je vous demande d’invoquer en ces moments charmeurs !!
Impact d’histoires transmises.
En
voici une histoire qui vous aiderait probablement à veiller, Si Allah l’accorde.
Mais je vous en conjure avant de lire, de changer votre état, qu’il soit
l’endroit de lecture ou la position, ou mettre le livre à côté pour quelques
instants puis reprendre la lecture. Si vous pouvez même renouveler vos
ablutions, faites-le. Ne soyez pas surpris parce que ce qui a été rapporté le
mérite…
Allah béni et très haut a inspiré à David :
–ce qui peut être traduit comme
« Dieu inspira à l’un des justes ceci : « Parmi mes serviteurs il y en a qui
m’aiment et que j’aime : qui soupirent après moi et après lesquels je soupire ;
qui gardent mon souvenir et dont je garde le souvenir ; qui regardent vers moi
et vers qui je regarde. Suis leur exemple et je t’aimerai. Mais si tu t’en
écartes, je t’écarterai ». Il dit alors :
- Seigneur, à quoi les reconnaîtrai-je ?
- « A cela, dit Dieu, qu’ils gardent la cellule en plein jour. Ils aspirent
après le coucher du soleil, comme l’oiseau après son nid à l’heure du coucher du
soleil. Aussi, dès que la nuit les enveloppe, que l’ombre s’étend, les matelas
étendus et les lits dressés ; dès que les amants se retrouvent dans l’intimité,
eux se lèvent et se prosterne la face contre terre. Ils se mettent à me parler
en répétant mes paroles. Ils me rendent grâces pour mes bienfaits, tantôt avec
des cris et des larmes, tantôt avec des gémissement et des plaintes : ils sont
tantôt debout et tantôt assis ; tantôt à genoux et tantôt prostrés. Je vois de
mes propres yeux tout ce qu’ils endurent pour moi. J’entends de mes oreilles les
plaintes que mon amour leur inspire ; et voici les trois bienfaits qu’en premier
lieu je donne : Je projette en leur cœur l’éclat de ma lumière, en sorte qu’ils
disent de moi ce que moi je dis d’eux puis, à supposer que les cieux et la terre
et ce qu’ils contiennent correspondent à leur mérites, je considérerai tout cela
comme de peu d’importance eu égard à eux ; et je pencherai, enfin sur eux ma
Face. Celui vers qui Je me penche, qui saura jamais ce que Je lui réserve ? »
Mon cher frère, sachez que ces paroles ont sûrement un impact. Lisez de nouveau
et goûtez à la bonté instantanée et tenez bon à la bonté éternelle : veillez la
nuit.
(1). TSC :
Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus
connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace
nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du saint Coran.
(2) Tabi’ines : littéralement ceux qui ont suivi. La seconde génération des
Compagnons.
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