16 * Train



Les Bâtisseurs de la vie

Articles parus dans les magazines

=par Amr Khaled =

16 * Train

 

Veillons à ne pas rater le train…

 

 

Arriver à la gare en retard et s’apercevoir qu’on a raté son train n’est pas une expérience agréable… On avait tout préparé, les réservations, le voyage, les vacances…et puis voilà… le train part sans nous ! On a beau s’en vouloir, c’est trop tard…

 

Cette histoire semble bien familière. Combien de « trains » avons-nous ainsi manqués ? Dans le fond, rater son train, c’est une question d’attitude dans la vie. C’est ce qui se passe lorsque, face à des problèmes, les remèdes restent inefficaces, inadaptés. Alors la solution semble hors de portée, les tentatives de conciliations échouent.

C’est le cas des rapports dans le couple lorsqu’ils tiennent plus au duel qu’à la relation homme-femme: ils ne se comprennent pas, ils ne peuvent s’entendre sur aucun point.  Ni l’un ni l’autre n’est prêt à faire des concessions afin de trouver des terrains d’entente.

Et c’est malheureusement ce qui se passe dans de nombreux couples. Car tous deux abordent le mariage avec une idée préconçue de l’autre, un portrait qu’il ou elle a dessiné dans son imagination.

 

 La jeune fille s’attend à ce que son mari vienne au devant de tous ses désirs, et tout oubli de sa part est aussitôt interprété comme de la froideur, voire de l’ingratitude. Selon elle, il n’est pas sensible au besoin qu’elle a de se distraire deux ou trois fois par semaine. Ainsi sa patience est poussée à bout, lui semble-t-il. Elle ressent son « sacrifice » comme une preuve de l’excellence de son caractère.  Elle a l’impression de faire une faveur à son mari en acceptant son sort et en excusant les circonstances qui l’empêchent de la faire sortir de l’ennui qui s’empare d’elle lorsqu’elle se voit enfermée à la maison plus de deux jours de suite.

Une autre idée toute faite dans la tête de l’épouse, est que son mari est parfaitement satisfait. Ainsi s’il lui demande plus que ce qu’elle offre spontanément, elle a l’impression qu’il dépasse les bornes, qu’il  est dur et insensible. S’il ne la défend pas – peu importe qu’elle ait raison ou pas—elle perçoit cela comme une trahison et une atteinte impardonnable à sa dignité.

 

De son côté, l’homme s’imagine sa future épouse : elle s’éveille le matin avant lui. Lorsqu’il ouvre l’oeil, il la trouve calmement assise au bord du lit, occupée à guetter son réveil. Le petit déjeuner est prêt naturellement, et, avec un sourire radieux, elle lui souhaite bon appétit. Après le déjeuner, il revêt les vêtements qu’elle lui a préparés et chausse des chaussures bien cirées. Puis il part au travail, non sans rappeler à son épouse -- ainsi qu’à toute la maisonnée – que c’est pour elle qu’il se fatigue. Des prières, pleines de gratitude et d’admiration, l’accompagnent jusqu'à la porte de l’appartement, voire même jusqu'à la porte de l’immeuble…

A son retour, monsieur trouve son repas servi, son lit fait. Il n’est naturellement pas question de discuter ou de dialoguer. Dans le meilleur des cas, si dialogue il y a, c’est lui qui l’entame et le termine, n’accordant qu’un espace de discussion qu’il délimite lui-même. Car son épouse n’a d’autres droits que ceux d’être nourrie et vêtue. Et c’est une faveur de sa part, s’il a la largesse de lui accorder plus…

 

Comment voulez-vous donc qu’un couple ayant de telles idées en tête puisse réussir à mener une vie paisible, dans la compréhension et l’amour ? Cela parait impossible, ou du moins très difficile. En tout cas que de temps, et que de disputes avant qu’un équilibre soit atteint !

 

La meilleure solution à ce problème est de l’empêcher de surgir. La jeune fille doit comprendre que son mari n’a pas été créé dans le seul but de satisfaire tous ses désirs, ni de lui offrir tout ce dont elle rêve. Il n’a pas été créé dans l’unique but d’être son mari, ni de l’approuver dans tous les cas, même s’il y a des cas ou son soutien est une demande légitime.

De même l’homme doit comprendre que sa femme n’a pas été créée uniquement pour lui préparer ses repas et lui organiser une vie confortable. Et même s’il en a le droit, il n’est pas sain pour leur couple que le mari détienne le monopole du dialogue, qu’il soit le seul à pouvoir entamer une discussion qui sera déclarée close sur sa décision.

 

L’homme et la femme doivent réaliser que leur couple, comme tout système dans la vie, ne peut trouver un équilibre que dans la justice. Allah – qu’Il soit exalté – dit dans la sourate ‘Le Tout Miséricordieux’ : « 7. Et quant au ciel, Il l’a élevé bien haut. Et Il a établi la balance, 8. afin que vous ne transgressiez pas dans la pesée : 9. Donnez [toujours] le poids exact et ne faussez pas la pesée. » (TSC1, Ar-Rahman : 7-9).

 

Ainsi chacun doit savoir qu’il n’a pas que des droits dans le couple, mais aussi des devoirs. S’il est en droit de s’attendre à ce que sa femme l’écoute, et supporte avec patience ses accès de nervosité, il se doit de l’écouter à son tour, et de faire preuve de patience lorsqu’elle est nerveuse et irritée. S’il se permet de lui reprocher ses défauts, il doit accepter la critique de sa part. S’il s’attend à ce qu’elle dépense dans les limites de leurs moyens, qu’il n’exige pas d’elle qu’elle fournisse des efforts au-delà de ses forces dans les travaux ménagers. S’il n’aime pas qu’elle se mêle de ses affaires, qu’il apprenne lui aussi à ne pas s’immiscer dans tout ce qu’elle fait et qu’il lui laisse un espace personnel dans lequel elle peut évoluer librement. Et ainsi de suite… Il faut donc réviser et passer au filtre nos idées reçues, les réviser à la lumière des lois divines, et trier ce qui doit être conservé et ce qui doit être abandonné.

 

Envisager le couple dans cet état d’esprit, est le meilleur garant d’un embarquement sans encombre dans le train du mariage. Alors veillez à ne pas regretter un jour d’avoir raté un train… Car à ce moment-là, il sera trop tard.

 

Notre discussion a une suite la semaine prochaine Insh’Allah.

 

 

1. TSC : Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du saint Coran.

 

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