Les Bâtisseurs de la vie
Articles parus
dans les magazines
=par Amr Khaled
=
14 *
Invitation Communiquer
Une invitation à communiquer :
Article écrit par le professeur Amr Khaled, dans le magazine de ‘Majallat Al
Mar’a Al Yawm’, le 08/06/2004. Ceci est le corps de l’article :
Est-ce qu’un foyer heureux est un foyer où les problèmes sont réduits à néant?
Est-ce que c’est le foyer dans lequel chaque parti garde des distances
officielles avec l’autre ?
Est-ce le foyer dans lequel on n’entend même pas le petit souffle parce que
chaque parti est indépendant de l’autre et fier de l’être ?
Est-ce le foyer où il n’y a pas l’ombre de discorde suivie d’une entente entre
les individus ?
Où
il n’y a pas de tension suivie d’un bien être ?
Je le dis en
toute franchise et honnêteté : ceci n’est pas un foyer heureux, voire même, pas
du tout un foyer. Pourquoi ? Parce qu’un foyer est un lieu de chaleur humaine ;
un lieu d’échanges psychologiques, avant même le partage physique. C’est un lieu
de discussion, de divergence des opinions puis de l’union des pensées, celui des
égards de l’affection paternelle et de la maternité tendre. C’est le lieu de
l’exhortation des problèmes des enfants et la tentative de les résoudre de la
part des parents. C’est également le lieu pour s’échanger les paroles tantôt et
tantôt pour écouter, et aussi celui de la communication psychologique avant
toute autre chose.
C’est là un
foyer heureux ! Ce sont là ses qualités ! Ce dynamisme est recommandé entre tous
les membres de la famille, recommandé entre les siens et entre frères et sœurs,
comme il l’est également entre un homme et sa femme. Je vais focaliser sur ce
dernier point dans cet article, si Allah l’accorde !
Le phénomène du
mutisme conjugal qui atteint les époux après un certain laps de temps est un
phénomène intéressant et mérite à la fois une analyse et une tentative pour le
résoudre, parce qu’il est répandu, mais aussi parce que ses dommages se
perpétuent dans tout le foyer comme une contagion : l’homme, la femme et les
enfants. Le plus étonnant c’est que sa cause ne remonte pas forcément à une
dispute entre l’homme et sa femme. La relation entre les deux est très normale,
très routinière, dirai-je, voire même très calme, très traditionnelle, trop
organisée. Chacun connaît ses devoirs et essaye de les remplir dûment avant de
réclamer ses droits ; lesquels droits, il ne trouve pas pourquoi les réclamer,
tant que l’autre les lui donne de gré et avant même qu’il demande à être servi.
Ceci est une cause probable.
Mais il y a
également une autre cause que je veux traiter à part. A cause des multiples
« heurts » entre l’homme et la femme, cette dernière pourrait opter pour cette
solution (la solution de la distanciation psychologique) comme étant la solution
à moindres dégâts par rapport à bien d’autres. Ils se barricadent derrière cette
solution pour finir avec les conflits qu’ils peuvent avoir à chaque fois qu’ils
entament une discussion ou s’échangent les idées.
Le problème, à
mon sens, ne réside pas dans le fait qu’ils aient des manières de penser
divergentes - ceci est concevable et il n’y a pas de mal à cela- mais il réside
dans la gestion même de la différence. A mon avis, l’enracinement du conflit
entre l’homme et la femme est une responsabilité partagée par les deux, même si
la part de responsabilité de l’un n’est pas similaire à celle de l’autre.
J’aimerai bien attirer l’attention dans cet article sur plusieurs points qui
pourraient renouer de nouveau la communication entre les époux amoureux. En
voici un point : un des deux prend l’initiative de dire à quoi il s’attend de la
part de son partenaire durant la discussion. Par exemple, l’homme n’aimerait pas
que sa femme lui coupe la parole jusqu’à ce qu’il ait fini de dire ce qu’il a à
l’esprit ou sur le cœur. Leur discussion finit souvent par le conflit à cause de
ce point. Si tel est l’unique problème, la femme doit patienter et se retenir.
Cela ne demande pas plus que 5 ou 10 ou même 15 minutes de patience. Je pense
que ce n’est pas une période extrêmement longue pour le supporter. D’autre part,
une femme pourrait détester les commentaires secs de son mari ou le fait qu’il
remette tout le temps en question ses propos quoi qu’elle dise.
Parfois, ce sont
les regards moqueurs de l’homme qui peuvent la provoquer et la mettre en colère.
Par conséquent, au lieu de résoudre l’ancien problème, une nouvelle dispute plus
grave que les précédentes se déclenche. L’homme en est la source. La solution
est donc entre ses mains, si Allah l’accorde. Il doit se retenir et apprivoiser
son sens de la moquerie parce que cette dernière est un type de raillerie,
prohibée selon ce qu’Allah le très haut dit –ce
qui peut être traduit comme:
« Ô vous qui avez cru! Qu’un groupe ne se raille pas d’un autre groupe:
ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux. Et que des femmes ne se raillent pas
d’autres femmes: celles-ci sont peut-être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez
pas et ne vous lancez pas mutuellement des sobriquets (injurieux). Quel vilain
mot que «perversion» lorsqu’on a déjà la foi. Et quiconque ne se repent pas...
Ceux-là sont les injustes. » (TSC1, Al Hujurat – Les
appartements : 11)
Cette franchise
et les efforts pour se retenir de la part du couple sont susceptibles, si Allah
l’accorde, de réduire nettement la discorde entre les mariés. Ceci fut la
première chose sur quoi j’ai voulu attirer l’attention.
Je veux jeter la
lumière sur un deuxième sujet : le but du dialogue. Le but du dialogue réside
dans les cercles de pensées spécifiques à chacun et les sujets généraux qui
n’attendent pas une décision en commun et par conséquent ne demandent pas une
solution unique sur laquelle les deux seront forcément d’accord. En voici un
exemple : un homme et sa femme sont entrain de regarder le journal télévisé. Une
information quelconque a attiré leur attention. Chacun donne son avis dessus :
l’un dit : je pense que la cause du problème est telle ; l’autre dit : je pense
que sa cause est plutôt telle. Le dommage est quand la discussion commence avec
un différend des points de vue et finit par un conflit.
Un sujet général
ne doit pas affecter leur relation ni de près ni de loin. Pourquoi alors l’un ou
l’autre se sent-il blessé par ce que dit son partenaire ? Et pourquoi à la base,
y aurait-il une dispute ? La discorde entre les deux dans ce cas est illogique
et sa cause, incompréhensible. Il serait correct à mon sens de présenter le
sujet, si les questions à résoudre en commun demandent une décision unique ; et
que chacun donne son avis dessus. S’ils sont d’accord, c’est tant mieux. S’ils
ne le sont pas et sont restés en désaccord, la femme doit à ce moment fléchir et
ne pas rallonger le débat de façon à ce que son mari se mette en colère. Cela
pourrait engendrer des problèmes.
J’espère que le
lecteur ou la lectrice ont remarqué que je n’ai pas demandé à la femme de
changer ses convictions parce qu’elle peut les garder telles qu’elles. Mais, en
mesure préventive, je lui ai demandé de ne pas rallonger le débat, chose qui
n’entraînerait pas un changement du point de vue mais plutôt plus de tension
dans la situation et notamment plus de discorde.
Ces quelques
solutions sont, à mon avis personnel, adéquates pour résoudre le problème du
mutisme conjugal et le blocage de la communication entre les époux. Je demande à
Allah la réussite et l’exactitude.
Notre discussion a une suite. A la semaine prochaine Insh’Allah.
1. TSC : Traduction des Sens du
Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent
de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en
arabe, la langue de révélation du saint Coran.
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