Les Bâtisseurs de la vie
Articles parus
dans les magazines
=par Amr Khaled
=
8 *
Mariage Amour
Ils t’ont trompée et t’ont dit : seul
l’amour est le fondement d’un mariage réussi!
Article rédigé par Mr. Amr Khaled dans le magazine ‘Majallat Al Mar’a Al Yawm’,
datant du 30/03/2004 dont voici le texte :
J’ai écrit dans un article précédent sur le danger que
représente pour la femme musulmane le fait d’axer sa quête du bonheur uniquement
autour de la recherche du prince charmant et j’ai mentionné que cette idée, qui
désormais obsède l’esprit de la majorité des jeunes filles dans les sociétés
musulmanes, leur a été insufflée par les films romantiques et qu’elle domine
leur existence.
Aujourd’hui, j’écris au sujet de la deuxième conséquence
qu’engendre spontanément le film romantique dans l’esprit de nos jeunes,
notamment les jeunes filles, puisqu’elles sont les premières concernées par ces
articles.
Le film occidental, insiste habituellement à montrer que le
sentiment amoureux naît entre l’homme et la femme suite une attraction physique
ou à l’appréciation d’un geste posé dans une situation inventée par le
scénariste, filmée par les caméras du réalisateur et qui est dans la plupart des
cas, reste exceptionnelle, irréelle ou même saugrenue.
L’Occident est libre de s’inventer les caractéristiques et
les raisons d’existence de l’amour vécu par deux êtres tel qu’il lui plaît. Il
est également libre de choisir sa méthode d’évaluation de ces caractéristiques
et de ces raisons ainsi que de leurs conséquences au niveau relationnel entre
individus. Cependant, la femme musulmane ne devrait pas se laisser abuser par de
telles caractéristiques et de tels motifs.
La femme musulmane se fait un grand tort, à elle-même ainsi
qu’à la société et à la nation, lorsqu’elle troque la piété d’Omar, la vaillance
de Khaled, le bravoure de Robaa, la résistence de Bilal, la délicatesse
d’Abdoullah, l’efficacité de Abou Dhar et la sincérité de Kaab, contre de longs
cheveux, des yeux bleus et une belle apparence.
La réalité qui se cache derrière ces longs cheveux, ces yeux
bleus et cette grande taille n’est pas très satisfaisante en termes d’attention
accordée à l’épouse, du respect qui lui est témoigné ou même de l’infidélité
qu’elle subit.
La soupape de sécurité qui doit retenir l’attention de la
femme musulmane lorsqu’elle est en phase de choisir le partenaire de sa vie et
qui lui permet de préserver sa dignité et la met à l’abri de tout tort qui
risquerait de la blesser et de heurter ses sentiments c’est la piété.
Pourquoi une musulmane rejetterait-elle un jeune musulman
pieux, d’un physique ordinaire qui demanderait sa main et qu’elle lui
préférerait un jeune homme qui n’a pas une once de piété et qui n’a d’autre
capital que la belle apparence? Ce dernier, dans le cas où un problème surgirait
entre lui et son épouse, se donnera raison, quel que soit le cas, et il tentera,
malgré elle et même injustement, d’abuser de ses droits. Il profitera du fait
qu’elle soit à sa charge pour l’humilier et heurter sa dignité, tel qu’on le
voit et qu’on le sait. En revanche, le premier qui est guidé par la piété et la
crainte d’Allah qui l’empêchent d’être injuste et même s’il commet une
injustice, sa piété le poussera à regretter, à s’excuser et à trouver un moyen
ou un autre pour consoler son épouse.
Un homme s’était présenté à Al-Hassan (qu’Allah soit
satisfait de lui et le satisfasse) et lui a dit : « plusieurs jeunes gens m’ont
demandé la main de ma fille, à qui devrais-je la donner en mariage? » Al-Hassan
(qu’Allah soit satisfait de lui et le satisfasse) lui a alors répondu : «
marie-la au pieux, car s’il l’aime il l’honorera et s’il la hait, il ne lui fera
pas de tort. »
La femme musulmane peut préserver tous ses droits, et plus
encore, si elle s’attache à choisir un homme pieux. En revanche, elle met en
péril tous ses droits, et se garantit nombre de torts, si elle s’entête à
vouloir épouser quelqu’un qui ressemble à tel ou tel autre de ceux qu’elle a
aperçus ou vus dans un film qui l’a fourvoyée et leurrée.
La troisième chose que la culture commerciale véhicule dans
la plupart de ses films romantiques c’est de représenter l’engouement et la
passion comme le sentiment suprême qui jette l’ombre sur tout autre sentiment ou
affection et qui lui-même ne diminue pas autant et ne disparaît pas tout à fait.
Au contraire, il demeure inchangé et il influence le sentiment amoureux
lui-même, parfois de façon positive et souvent de façon négative. Ce que je veux
dire? C’est qu’un homme peut se laisser prendre au charme d’une femme pour sa
beauté et éprouver de la passion à son égard, mais l’engouement qu’il éprouve
vis-à-vis d’elle n’est pas forcément suffisant pour permettre au mariage qui les
unit de réussir, dans le cas où il y a des problèmes psychologiques
particuliers. Soyons plus clairs et citons quelques exemples concrets :
supposons que cette femme aimée soit sous l’emprise de la maladie du doute, de
la suspicion et de la défiance, ou bien qu’elle soit têtue à un point maladif,
ou encore qu’elle soit trop nerveuse et qu’elle manque de patience. Tous ces
problèmes vont-ils s’atténuer et leurs répercussions vont-elles s’amenuiser de
façon à n’avoir aucune répercussion sur ce sentiment amoureux, tel que le film
romantique essaye de nous le suggérer? Personnellement, je ne le crois pas. Ce
que je crois, c’est que le sentiment amoureux est un critère parmi tant d’autres
critères qui sont d’une très grande importance et qui permettent de déterminer,
de prime abord (puisque tout dépend de la volonté d’Allah), si cette relation
est vouée à la réussite ou à l’échec.
La femme qui se laisse leurrer par ce qui la réjouit dans le
film et qui ne replace pas les choses dans leur contexte approprié, se condamne
elle-même au malheur, elle condamne son mari à l’échec et ses enfants au
déséquilibre psychologique.
L’entente au niveau personnel est très importante, la
conformité est très importante, une humeur égale et non changeante est très
importante pour assurer l’équilibre et la vie réussie. Tous ces aspects doivent
être pris en compte, en même temps que les autres, lorsqu’on pèse les faits, au
moment où l’on s’apprête à effectuer un choix et à exprimer son consentement, en
plus de l’amour et des penchants du cœur. En revanche, si l’on ignore tous les
critères et qu’on ne tienne compte que de l’amour, les conséquences risquent
d’être désastreuses. Ainsi, la femme musulmane moderne est tenue de se remettre
en question, continuellement et sans cesse, si elle veut se prémunir contre les
gros problèmes.
Un homme s’était présenté à notre maître Omar
(qu’Allah soit satisfait de lui et le satisfasse) afin de
connaître la position de la religion vis-à-vis du fait qu’il répudie sa femme.
Lorsque notre maître Omar s’est enquis de la raison, il lui a confié qu’il ne
l’aimait pas. Qu’a fait le « Farouk » (qu’Allah soit satisfait de lui),
d’après vous? A-t-il approuvé sa façon de penser et s’est-il montré complaisant,
en lui disant : « en effet, vous avez raison, vous ne pouvez vivre avec elle
sans amour. » Au contraire, il l’a sermonné et lui a rapelé son engagement
solennel, soit le mariage, qui n’est pas forcément basé sur la passion, mais
plutôt sur l’attention que l’on porte à l’autre et la sérénité qui régne dans le
couple.
En réalité, l’islam ne réquisitionne pas les sentiments et il ne
les rejette pas. Cependant, il ne permet pas l’amplification imaginaire qui mène
aux institutions psychiatriques.
Le quatrième point que je souhaiterais discuter, c’est le fait
que le sentiment amoureux autour duquel le film est axé soit complètment isolé
de la réalité de la vie quotidienne et que son évolution soit complètement
occultée du contexte de sa confrontation avec les détails quotidiens, avec les
pressions de la réalité et les divergences de points de vues des deux êtres qui
vivent ensemble.
Le metteur en scène du film et le spectateur peuvent avoir un
point de vue tout à fait respectable consistant à dire que toute œuvre ne se
doit pas de prendre en compte tous les aspects, de les discuter tous, de les
clarifier, d’en suivre l’évolution et d’observer leurs répercussions. Je partage
leur point de vue, à condition que tous les films que nous déversent les chaînes
satellites et qui pullulent dans les salles de cinéma ne recourent pas tous
systématiquement à cet acte d’isolation susmentionné. Vous vous demandez
pourquoi ? Car si l’on ne considère un fait que d’un seul angle, qui reste
inchangé, cet aspect masquera, à la longue, les autres aspects du fait et en
donnera une impression incomplète et trompeuse. C’est précisément le cas.
La femme musulmane qui est devenue obnubilée par la vue
irréaliste, idéaliste et rêveuse, sera choquée par la réalité qui comporte amour
et souffrance, accord et désaccord, proximité et éloignement. Par ailleurs, ce
choc aura un effet considérable sur son psychisme qui est proportionnel à son
inexpérience.
Aisni, nous voudrions que les femmes musulmanes soient
réalistes, fortes et qu’elles soient en mesure d’assumer la réalité et de
contribuer activement à la façonner au lieu de la fuir et de s’en plaindre.
Nous voulons que nos jeunes filles musulmanes puisent leur
fièrté de leur religion qui ne tolère pas de remplacer ses precéptes, qu’elles
puisent leur fièrté de la confiance qu’elle éprouvent à l’égard d’Allah et de la
suprématie de celui dont la justice est incontestable, celui dont le passé et le
future sont exempts de tort. Nous voulons des femmes qui tirent leur fierté de
leur Coran et de la Sunna de leur prophète (B.S. sur lui). Nous voulons des
femmes qui préconisent la raison et qui ne se laissent pas leurrer par les idées
d’autrui.
Enfin, il ne me reste qu’une chose à dire à la femme musulmane,
lui répéter ce que Allah Glorifié soit-Il dit –ce
qui peut être traduit comme: « Tiens fermement
à ce qui t'a été révélé car tu es sur le droit chemin. C'est certainement un
rappel [le Coran] pour toi et ton peuple. Et vous en serez interrogés ». (TSC1)
Notre discussion a une suite. Il ne me reste plus qu’à vous dire
à la semaine prochaine, inchallah.
1. TSC : Traduction des Sens du
Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent
de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en
arabe, la langue de révélation du saint Coran.
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