Invitation la Coexistence
Episode : 14
Au nom d’Allah
le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; louanges Allah, Seigneur de
l’Univers, et bénédictions et paix sur le Messager d’Allah.
Nous suivons notre
parcours avec Ach-Châfi'î pour lier entre l'idée de la coexistence et la vie des
quatre imams. Notre but premier n'est ni l'étude de leur vie en elle-même, ni
celle de la jurisprudence, mais nous visons donner aux gens un exemple concret
de coexistence. Nous pouvons même appeler Ach-Châfi'î "l'imam de la
coexistence", un titre qui vient s'ajouter ses nombreux titres dont le plus
célèbre est "le défenseur de la Sunna".
La fois passée, nous
avons posé dix principes visant montrer comment on peut créer un espace commun
avec l'Autre :
Les dix principes de
la coexistences :
1- Fais un effort
jusqu' trouver l'espace commun avec l'Autre :
Réfléchis ce que
cet autre aime. S'il aime le foot, parle-lui du foot, s'il aime la mode pense
quelque chose de convenable dans cette mode et discutes-en avec lui. S'il aime
une chose illicite, pense ce qu'il y a de licite dans cette chose et discute
avec lui.
2- Cherche toute
discipline pouvant t'aider créer un espace commun avec l'Autre :
Par exemple, si
apprendre conduire me rapprochera de cette personne, je dois le faire. Si un
tel sport me rapprochera de lui, je fais du sport.
3- Essaie de
t'intégrer dans la société, ne t'en isole pas et ne sois pas en désaccord avec
cette société :
Ce principe sera bien
complété par le dernier principe qui refuse la fusion complète avec l'Autre.
Ach-Châfi'î a appris de beaucoup de savants mais a gardé son autonomie. Il
respecte tout le monde et s'intègre avec tout le monde tout en restant autonome.
Je dis ainsi aux musulmans en Occident : oui pour l'intégration mais non pour la
fusion et la perte de l'identité. Est-ce possible ? Oui, nous avons l'exemple
des musulmans qui sont partis en Abyssinie au temps du Prophète (Bénédictions et
paix sur lui), et qui se sont intégrés dans la société abyssine en s'évertuant
faire de la quincaillerie, bien appréciée des Abyssins, de bons prix, et ceci
pour se rapprocher d'eux. En revenant la Mecque, les musulmans étaient
accompagnés par nombre d'Abyssins qui avaient embrassé l'Islam.
4- Ne refuse pas une
idée dans l'absolu :
Ce n'est pas parce
que l'idée est toute nouvelle que nous devons la rejeter, mais nous devons y
réfléchir et essayer de la rectifier si elle est teintée d'égarement. Toutes les
idées qui comportaient des points illicites, Ach-Châfi'î les a modifiées et les
a transformées en des idées licites.
5- Ne sois pas
injuste avec celui qui est en désaccord avec toi pour ne pas le transformer en
ennemi :
Le désaccord se
transformera ainsi en conflit. Dans le Coran, il est dit, ce qui peut être
traduit comme : "...et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez...",
(TSC, "Al-Anfãl" (Le Butin) : 46). Nous sommes différents, et cette différence
est un signe de richesse pour l'humanité et une nécessité pour l'échange. Allah
a créé les hommes pour reconstruire la Terre. Comment arriver ce résultat si
les hommes sont tous pareils ? Il ne faut donc pas nous disputer, nous injurier,
nous humilier pour ne pas nous transformer en des ennemis.
6 - Sois sincère dans
ta volonté d'unir les gens et de faire régner la Vérité :
Tu ne dois pas viser
la célébrité, mais chercher sincèrement unir les gens. Moi aussi, j'invoque
Allah que ce soit l mon intention de cette émission, d'unir les gens en Iraq,
Darfour, au Liban, de créer un espace commun entre les jeunes et les autres, les
savants entre eux. Il est peut-être temps de parler d'une jurisprudence d'union.
7- Si tu veux
coexister avec l'Autre, respecte-le pour gagner son cœur :
Ach-Châfi'î nous
donne l'exemple parfait du respect des autres même ceux qui sont en désaccord
avec lui.
8 - Sois flexible.
9 - Sois un être
humain dans tes relations avec les autres :
Il faut aimer l'être
humain parce que c'est une créature divine.
10 - La coexistence
ne signifie pas la fusion complète et la perte de l'identité :
Je suis fier de ma personnalité et de mon Islam.
Nous allons appliquer
ces règles sur la vie de Ach-Châfi'î plus concrètement dans le prochain épisode.
Mais cette fois, je me contente de rapporter le récit de sa vie pour mettre en
relief une valeur importante dont toute l'humanité a besoin, un exemple
important suivre de nos jours.
Les études de
Ach-Châfi'î la Mecque et Médine (rappel de l’épisode précédent)
A-Layth ibn Sa`d, le
grand savant d'Egypte est venu la Mecque pour donner un cours auquel a assisté
Ach-Châfi'î, alors âgé de 13 ans et qui se mit côté des adultes pour suivre le
cours de ce grand savant. C'est dans ce cours que Ach-Châfi'î entendit A-Layth
dire qu'une des raisons primordiales de la dissension de cette communauté, c'est
la divergence dans l'interprétation de la langue, et que si quelqu'un apprend la
langue arabe d'une manière correcte, et la joint la discipline de la tradition
et celle de l'exégèse, il sera le seul capable d'unir la communauté.
Ces paroles
résonnèrent dans l'oreille de Ach-Châfi'î qui sut qu'un bon apprentissage de la
langue arabe ne se fait qu' la tribu de Houdhayl où il décida de partir après
l'encouragement de sa mère. Sa mère fera preuve d'un caractère exceptionnel en
disant son fils : "Tu me manqueras certes, mais la mission pour laquelle tu
pars est plus importante". Elle nous rappelle ainsi la femme de `Imran qui avait
dit dans le Coran, ce qui peut être traduit comme, "Seigneur, je T'ai voué
en toute exclusivité ce qui est dans mon ventre..." (TSC "Al-`Imrãn (La
famille d'Imran) : 35). Telle est la femme en Islam bien loin de l'image
rétrograde que s'est forgée l'Occident son sujet.
Ach-Châfi'î passa 4
ans Houdhayl (de 14 ans 18 ans), où il apprit 10 mille vers, et maîtrisa la
langue arabe au point que Ibn Hicham, le biographe du Prophète dit de lui que
jamais il n'a commis aucune erreur en arabe. Il excella aussi en généalogie et
apprit le tir l'arc.
Il revint la
Mecque, excellent sportif, excellent linguiste et excellent en généalogie.
A son retour, les
savants de la Mecque lui proposèrent de procéder la fatwa, mais sa mère refusa
pour qu'il ne fasse pas partie du conflit existant entre les deux écoles de
jurisprudence (les Malékites et les Hanafites). Il se rendit Médine pour
apprendre la science de Malik avec qui il passa 9 ans durant lesquels il lui
demanda de partir en Iraq pour apprendre la science de Abou Hanifa. Et c'est
Malik qui subventionna son départ puisque Ach-Châfi'î n'avait pas assez d'argent
pour partir. En Iraq, il fit la connaissance de Mohammad ibn al Hassan qui
admira l'ouverture d'esprit de Ach-Châfi'î.
Quand, il regagna
Médine, il fut très bien accueilli par Malik qui lui dit qu'il était temps de
prendre sa place et de procéder la fatwa. Nous avons l un exemple inédit de
respect et de modestie. Telle est notre histoire. Et tel est notre respect pour
l'autre.
Cependant,
Ach-Châfi'î refusa cette proposition pour poursuivre ses études en Iraq.
Ach-Châfi'î n'a pas voulu se contenter de la science de Malik, et insista
étudier aussi la science de l'autre école de jurisprudence pour pouvoir
concilier entre les deux tendances, ce que Malik ne contesta point.
Ach-Châfi'î au Yemen
Après la mort de
Malik, Ach-Châfi'î décida de repartir en Iraq, mais il n'avait pas assez
d'argent. C'est pourquoi, il partit travailler au Yémen où il apprit la science
des Chiites, bien qu'il soit en désaccord avec eux, pour pouvoir discuter et
échanger avec eux. C'est une grande leçon que nous donne Ach-Châfi'î : si tu
veux échanger avec l'Autre, cherche une discipline commune avec lui. Au Yémen,
il apprit aussi la science de la physiognomonie.
Le gouverneur
abbasside du Yémen était injuste envers les Chiites et tous ceux qui avaient des
idées égarées ou loin du sunnisme et ceci dans une politique de durcissement.
Ach-Châfi'î était contre cette politique et débattait et argumentait devant le
gouverneur en lui disant que l'injustice crée plus de haine envers les
Abbassides. Cette attitude répugna au gouverneur qui envoya une lettre au Calife
abbasside Haroun ar-Rachid lui disant qu'au Yémen est un homme qui, avec neuf
autres égarés, incite les gens se révolter contre le calife.
Ach-Châfi'î en Iraq
Ach-Châfi'î fut donc
arrêté et envoyé, ligoté, en Iraq. Ce fut pour lui l'occasion de regagner l'Iraq
qu'il ne pouvait pas atteindre ses frais. Les neuf égarés furent exécutés
devant lui et puis vint son tour. Ach-Châfi'î invoqua Allah par Son attribut
"Al-Latif" (Le Doux).
Haroun l'interrogea
et Ach-Châfi'î nia toutes les accusations qui lui étaient adressées en précisant
qu'il était le cousin de Haroun ar-Rachid, et ceci en mentionnant son origine
qoraïchite. Il indiqua aussi au Calife qu'il craignait que l'injustice n’attise
la haine. Il ajouta que la justice, l’inverse, favorise l'équité. Une phrase
dont nous avons tant besoin ces jours-ci.
Pour mettre fin aux
doutes du Calife, Ach-Châfi'î lui demanda de s'assurer de sa sincérité auprès de
Mohammad ibn Al Hassan qui était alors présent dans le Conseil du Calife.
Mohammad ibn Al Hassan affirma que Ach-Châfi'î était un homme de confiance et
qu'il serait le savant de toute l'humanité. Il ajouta même que Ach-Châfi'î le
surpassait par sa science. C'est un exemple magnifique d'équité et de respect
pour l'autre que nous donne Mohammad ibn al Hassan qui appartenait l'école des
Hannifites et qui n'hésita pas un seul moment dire la vérité et sauver
Ach-Châfi'î dont le sort dépendait d'un seul mot de ibn Al Hassan. Aucune place
pour les rivalités professionnelles.
Ach-Châfi'î reçut
alors du Calife une grande somme d'argent (50 000 dinars) qui lui permit de se
marier, d'envoyer sa mère pour venir vivre avec lui en Iraq, et de continuer
ses études pendant deux ans.
Après ces deux ans,
il regagna la Mecque où il procéda la fatwa et s'installa côté du puits de
Zamzam. Il fut ainsi le premier après `Abdullah ibn `Abbas prendre cette
place. Notons que le Prophète avait embrassé ibn `Abbas et prié pour qu'il soit
le savant de cette communauté.
De l'âge de 36 ans et
jusqu' l'âge de 45 ans, Ach-Châfi'î s'installa la Mecque et rédigea son
ouvrage "Ar-Ressala" (Le Message). Il réussit gagner l'amour de tous les gens.
Dans "Le Message", il instaura la science des origines de la jurisprudence et de
la méthode de la déduction des règles partir du Coran et de la Sunna. Al
Mozany, un des grands savants a dit avoir lu ce livre 100 fois et découvert
chaque fois une chose nouvelle. C'est une discipline toute nouvelle qui profita
toutes les autres disciplines parce qu'il s'agit avant tout d'une méthode de
réflexion.
Après ces neuf ans,
il se rendit en Iraq pour répandre cette nouvelle discipline comme il l'avait
fait en Arabie. Il passa deux ans en Iraq durant lesquels, il tenta de
construire un pont de compréhension et de paix entre les adeptes des deux écoles
(malékites et hanafites) en indiquant aux uns que les autres disent du bien
d'eux, et en soulignant les nombreux points communs qui les rapprochent.
En Iraq, il a écrit
140 livres, en deux ans, dont un grand livre qui a pour titre "Al Om" ou "Les
Origines". "Al Om" est aussi une traduction littérale du mot "mère". Ce titre
serait-t-il une allusion sa mère qui joua un rôle déterminant dans sa carrière
? Et "Ar-Ressala" contiendrait-il une allusion l'objectif qu'il s'était fixé
dans la vie ?
Ach-Châfi'î en Egypte
Il demanda ensuite
son étudiant Rabi` ce qui leur restait comme travail effectuer, et l’étudiant
lui répondit qu'il leur restait répandre leur discipline en Egypte et en Inde.
Ach-Châfi'î décida de commencer par l'Egypte où il refusa de procéder la fatwa
comme on le lui demanda avant d'avoir étudié le statut et la vie des Egyptiens.
En Egypte, il
s'installa chez un des adeptes des malékites et étudia un an les conditions des
Egyptiens avant de donner ses cours la mosquée de `Amr-ibn Al-`As et devint
d'une célébrité remarquable étant le seul savant qui ait donné des cours dans
les trois plus grandes mosquées de l'Etat musulman : la mosquée sacrée de la
Mecque, la mosquée Al Game` Bagdad et la mosquée de `Amr ibn Al `As en Egypte.
Il entreprit ensuite
le travail colossal de réécrire presque entièrement son livre "Al Om" dont il ne
garda qu’une vingtaine de questions inchangées. Il eut ainsi deux avis : un
ancien, celui de l'Iraq, et un autre plus récent, celui de l'Egypte et ceci en
raison de la différence de la situation entre l'Iraq et l'Egypte. Nous citons
comme exemple de changement, son avis sur le divorce qui changea dans l'intérêt
de la famille et des enfants.
Ce fut un grand
pas de Ach-Châfi'î qui dénote une flexibilité indéniable et qui fut aussi
accueilli par autant de souplesse. Aucune révolution intellectuelle n'a eu lieu.
Tout le monde accepta le changement. Ach-Châfi'î resta en Egypte 4 ans. Mais sa
santé s’était affaiblie après tant d'effort. En fait, il commençait ses cours
dans toutes les disciplines après la prière de l'aube et terminait peu après
celle du midi. Le soir, il se consacrait la rédaction de ses livres.
Un an avant sa mort,
il a demandé son étudiant de l'amener Alexandrie pour pouvoir servir en tant
que soldat. Il avait servi l'Islam avec sa science et désirait le servir en tant
que soldat.
Son étudiant vit un
jour un rêve dans lequel Adam mourait. L'interprétation de ce rêve fut que le
plus grand savant de la Terre allait mourir, et quelques jours après Ach-Châfi'î
décéda. Lui même pressentait sa mort en Egypte. Deux jours avant sa mort, il
récita ce vers:
Fatigué et de pays
vers un autre j'émigrai
C'est dans celui-ci que la mort m'atteindra.
Le jour de sa mort,
il demanda son étudiant de lui lire le Coran depuis- ce qui peut être traduit
comme- : "Seigneur ! Nous avons entendu l'appel de celui qui a appelé
ainsi la foi......" jusqu' "Leur Seigneur les a alors exaucés (disant)
: "En vérité, Je ne laisse pas perdre le bien que quiconque parmi vous a fait,
homme ou femme, car vous êtes les uns des autres..." (TSC "Al-`Imrãn (La
famille d'Imran) : 193-195). Ecoutant ses versets il pleurait chaudes larmes.
Il demanda
ensuite Rabi` d'aller chez un des malékites et de lui demander de prier pour
Ach-Châfi'î. Il s'efforçait d'unir les gens jusqu'au dernier instant de sa vie.
La coexistence est une méthode de pensée.
"Quand mon coeur
a durci sous l'effet des péchés J’ai gardé tout l'espoir dans Ton pardon
Comparant Ton
pardon mes accrus péchés J'ai trouvé Ton pardon plus grand
Tu pardonnes
toujours les péchés c'est une faveur de Toi et un don".
Tels étaient les
derniers vers qu'il prononça avant sa mort qui eut lieu la veille de la
mi-chaaban. Il fut pleuré par tous les Egyptiens et tous les musulmans.
La vie de Ach-Châfi'î
est un exemple concret de coexistence, de respect pour les autres. Elle est
riche des principes de la coexistence que nous avons cités au début de l'épisode
et que nous expliciterons mieux l'aide d'exemples la prochaine fois.
A la fin, je prie
Allah de nous unir, de mettre fin aux bains de sang Darfour, en Iraq, et au
Liban et de nous aider trouver cet espace commun avec l'Autre.