L’histoire de Youssouf : A2
Au
nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, et que les
bénédictions et la paix d'Allah soient sur le plus noble des messagers, notre
prophète Mohammed. Louange à Allah, nous recourons à Lui et nous Lui demandons
de nous guider, nous pardonner, et nous préserver de nos mauvaises actions.
Celui à qui Allah montre le bon chemin est guidé et celui qui s'égare n'a ni
maître ni conseiller.
Nous nous sommes entendus lors de la dernière conférence pour retenir tous les
versets dont nous expliquons les sens, et nous avons expliqué les sens de quatre
versets. Croyez-moi, il y a une grande différence lorsqu’on apprend une sourate
après en avoir expliqué les sens. Durant cette conférence, nous extrairons
plusieurs éléments de chaque verset. Ecoutez ce verset : « Les vrais
croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand
Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. »
(TSC[i],‘
Al-'Anfâl’ (Le Butin) : verset 2).
Seriez-vous parmi ceux qui sont cités dans le verset, lorsque vous sont récités
les versets d’Allah, votre foi s’accroît-t-elle ? Ou est-ce qu’il n’y a aucune
différence, ou encore votre foi faiblit-elle ? Je vous rappellerai ce verset à
la fin de la conférence pour voir la différence.
Revenons à présent aux versets de la sourate ‘Youssouf’ et à son exégèse. Nous
nous sommes arrêtés la dernière fois au niveau du verset où Allah -exalté
soit-Il- dit -ce
qui peut être traduit par : « Quand
Joseph dit à son père: «Ô mon père, j’ai vu [en songe], onze étoiles, et aussi
le soleil et la lune ; je les ai vus prosternés devant moi» (TSC,
‘Youssouf’, (Joseph) : 4).
Comme nous l’avons mentionné, Joseph était très aimé de son père. Joseph avait
onze frères qui étaient tous ses demi-frères. A l’exception de Benyamin
(Benjamin), tous avaient une autre mère ; Joseph et son frère Benjamin étaient
les deux petits derniers de Ya’coub (le prophète Jacob).
Les dix autres frères étaient un groupe fort, ils s’entendaient bien, ils
étaient très attachés les uns aux autres et travaillaient ensemble, tandis que
les deux petits derniers étaient encore jeunes et ne pouvaient pas travailler.
Comme nous l’avons déjà évoqué, les évènements de cette histoire ont cours dans
le sud de la Palestine et l’histoire se terminera en Egypte. A l’époque, l’âge
du jeune Joseph ne dépassait pas les douze ans, et la plupart de ce qui a été
rapporté à ce sujet montre qu’à cette époque-là et au moment où il fut jeté dans
le puits, son âge ne dépassait pas douze ans.
Une relation
forte entre Joseph et son père :
«Quand Joseph dit à son père : « Ô mon père… » » (TSC,
‘Youssouf’, (Joseph) : 4),
comme nous l’avons déjà dit lors de la conférence précédente, le terme ‘Ô mon
père’ (en arabe ‘ya abatah’) avec le phonétique « ah » à la fin (fatha ou madd)
aurait signifié qu’il parlait à haute voix, tandis qu’avec le phonétique « i »
(kassra), comme dans le verset, il montre qu’il parlait à son père en privé.
Remarquez la magnificence du Coran, la différence entre le « i » et le « ah »
nous oriente sur la façon avec laquelle Joseph s’adressait à son père.
« Quand Joseph dit à son père: «Ô mon père, j’ai vu [en songe], onze
étoiles, et aussi le soleil et la lune; je les ai vus prosternés devant moi »,
«Ô mon fils, dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères car ils monteraient
un complot contre toi; le Diable est certainement pour l’homme un ennemi
déclaré».»
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 4
et 5).
Cherchons le sens de ces deux versets et tirons-en les bons enseignements. Nous
dégageons plusieurs éléments intéressants, le premier étant l’illustration de la
forte relation entre le père et le fils.
De nos jours, la relation père enfant n’est pas aussi forte ; si par exemple je
demande aux jeunes à qui ils auraient raconté une telle vision, la plupart
d’entre eux auraient certainement répondu qu’ils la raconteraient à leurs amis
s’ils en perçoivent l’importance ou encore à leurs frères ou sœurs. Joseph,
quant à lui, a raconté sa vision à son père en premier et non à sa mère, parce
qu’il avait besoin de la sagesse du père. C’est une attitude qui nous fait
défaut. Les jeunes souffrent souvent de manque d’intérêt du côté paternel, non
pas parce que le père est ignorant, loin de là, mais parce qu’il ne
s’intéresserait pas aux affaires de ses enfants. Ou qu’il serait absorbé par le
travail quotidien ou serait en voyage et qu’il aurait quitté le pays pour
assurer un confort matériel à son fils sans penser à développer l’esprit de ce
dernier. Ou encore parce qu’il serait peu attentif à son fils car trop absorbé
par les sorties avec ses amis… Le problème pourrait également provenir du fils
lui-même quand il ne donne pas à son père l'opportunité de l’écouter. Il s’agit
là d’un défaut chez beaucoup de jeunes de nos jours.
Le problème du
dialogue entre les jeunes et les parents :
De nos jours, les jeunes sont repliés sur eux-mêmes et ne se préoccupent que
d’eux-mêmes et de leurs amis; Ils rejettent leurs parents et ces derniers en
éprouvent une grande tristesse.
Sachez que le problème n’est pas anodin, et je voudrais que chacun d’entre nous
prenne conscience d’une chose : tout au long des explications que nous donnerons
de cette histoire, nous tirerons des milliers de leçons. Il serait judicieux de
les exploiter et de ne pas se limiter à la réception passive. Mon vœu est que
chacun mette en œuvre les enseignements qu’il tire des conférences et qu’il en
prenne note, et vous trouverez dans chaque verset un certain nombre de moralités
qui peuvent améliorer notre vie.
Le premier enseignement
est donc la relation entre Joseph et son père. Nous trouverons que dans la
réalité, le problème vient souvent du fils ; Imaginez que vous alliez voir votre
père en lui disant que vous aimeriez lui parler de vos soucis et de vos.
Imaginez sa satisfaction à ce moment-là ; Croyez-moi, vous éprouverez la foi
emplir votre cœur, et il se peut que vous vous engagiez dans une prière toute la
nuit sans pour autant ressentir ce bonheur que vous auriez éprouvé au moment où
vous vous seriez adressé à votre père, parce que vous l’auriez fait de bonne foi
envers Allah. C’est un sentiment semblable à celui d’une personne ayant passé
toute une semaine à faire la prière nocturne, et qu’on peut ressentir en
l’espace d’une demi-heure, rien que du fait que vous ayez ôté la tristesse de
son cœur et le sentiment que vous lui êtes étranger. Vous pouvez essayer de
procéder de la sorte et de goûter à ce bon moment, et voyez alors à quel point
vous serez heureux.
Les vertus du
dialogue ouvert entre les parents et les enfants :
Revenons à l’histoire de Joseph pour voir l’étendue de l’amour qu’il avait pour
son père. Il dit : « Ô mon père » et ce dernier lui répondit : « Ô
mon fils »… Nous remarquons que Jacob a dit « ya bounayya » « Ô mon
fils » (avec une modification du radical du terme arabe qui est le terme utilisé
pour « attasghir » [qui est un procédé lexical pour désigner la petite taille
des objets ou encore l’affection que l’on porte à certaines personnes en en
modifiant l’appellation] et non « ya ibni » "Ô mon fils"), ce qui suscite la
tendresse et la bonne relation entre eux.
Nous constatons que Jacob parle à son fils dont l’âge n’a pas dépassé 12 ans
d’un sujet crucial, il lui dit de ne pas raconter sa vision à ses frères pour
éviter qu’ils ne montent un complot contre lui car le Diable peut s’infiltrer
dans leur cœur et les retourner contre lui. Certes ces paroles peuvent ne pas
convenir à l’âge de Joseph, mais le Coran aspire à nous montrer la forte
relation qui existait entre eux.
Bien que nous soyons en plein développement et progrès, nous ne pouvons
atteindre ce niveau. Je demande aux jeunes de donner à leurs parents une
opportunité. Certains diront que leurs pères sont trop sévères… Ils le seraient
probablement parce qu’ils ne parviennent pas à s’ouvrir à leurs enfants et que
ces derniers sont renfermés sur eux-mêmes et que ce sont eux qui en ont décidé
ainsi.
Essayons chacun de son côté d’aller voir nos pères et de leur ouvrir nos cœurs
et leur parler de nos problèmes, même les hommes mariés et indépendants parmi
nous. La discussion pourrait être ordinaire, mais elle servirait surtout à
réduire la distance qui sépare le fils du père. Nul ne connaît le degré de
bénédiction qu’Allah mettra dans le cœur d’un père dans cette situation. Que
chacun essaye et imite Joseph et écoute son père, [lui obéisse] car s’il ne le
fait pas, il se peut qu’il devienne désobéissant.
Par exemple, il est insensé qu’un fils veuille épouser une fille, et que la mère
manifeste son refus sans raison valable. La mère n’a pas à s’opposer au mariage
de son fils seulement parce que la fille qu’il a choisie ne lui plaît pas à
elle, mais elle doit avoir de bonnes raisons et qu’elle en discute avec son fils
et qu’elle les lui expose, et à ce moment-là, si le fils n’en tient pas compte
il devient un enfant désobéissant. Comment alors ose-t-on s’opposer au mariage
de son fils et exiger qu’il se plie à ce refus ?
De là on tire l’importance du dialogue ouvert entre les parents et les
enfants. C’est la première moralité tirée de la relation entre Jacob et
Joseph bien que ce dernier n’ait pas dépassé la douzième année. C’est un
enseignement d’une importance capitale que d’entretenir une bonne relation
père–fils, la responsabilité incombant à la fois au père et au fils.
Le musulman
vigilant :
A partir du même verset, on peut tirer un autre élément : «Ô mon fils,
dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères… ». Il s’agit de
vigilance. Elle constitue un aspect marquant de la sourate ‘Youssouf’. La
vigilance est une caractéristique qui détermine le comportement du musulman. Ce
qui ne veut aucunement dire que le musulman doit être mystérieux et énigmatique
à un point qui le rende repoussant. Le musulman est un livre ouvert, il se
comporte avec les gens avec simplicité et affabilité, mais il reste vigilant,
c’est-à-dire qu’il applique le hadith du Messager (BP sur lui) qui dit : « Aidez-vous
pour la réalisation de vos affaires par la discrétion » ou, autrement relaté
« Aidez-vous pour la réussite de vos affaires par la discrétion ». Cela
signifie que nous ne devons pas tout raconter aux autres. Remarquez que c’est
une leçon que Jacob apprend à un enfant de 12 ans, et qu’en plus il lui demande
de l’appliquer à l’égard de ses frères. C’est un enseignement qui fait défaut à
beaucoup de personnes et on trouve des fois que les femmes racontent tout ce qui
se passe dans leur foyer, les problèmes conjugaux...
La vigilance est évoquée dans un autre endroit de la sourate : « Et
il dit : «Ô mes fils, n’entrez pas par une seule porte, mais entrez par portes
séparées
» » (TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 67).
Il s’agit bien là d’une preuve de vigilance. Joseph a été instruit par son père
pour être vigilant et cela depuis son jeune âge, la preuve en est qu’il a dit « Ô
mon père » (ya abati) ce qui signifie qu’il a pris l’habitude de ne pas
divulguer ses propos publiquement.
C’est une moralité extrêmement importante. L’histoire de Joseph ne nous prescrit
pas seulement les pratiques religieuses, mais en plus, elle nous guide vers une
certaine méfiance indispensable au musulman pour lui éviter les affronts. Ainsi
la vigilance est une autre moralité.
La sagesse de
Jacob :
Pourquoi Jacob a-t-il demandé à son fils de ne pas raconter sa vision à ses
frères ? Pour deux raisons :
§
La vigilance par rapport à un complot de la part des frères,
§
L’envie que les frères de Joseph pourraient ressentir s’ils apprenaient la
vision qu’il avait eu. C’est pourquoi Jacob, voulant ménager les sentiments des
frères de Joseph, lui demanda de ne pas leur raconter son songe.
C’est ainsi que Jacob pressentit que si les frères de Joseph apprenaient sa
vision ils ressentiraient une envie anormale, cela signifie qu’il ne craignait
pas uniquement pour son fils Joseph mais aussi pour ses autres enfants.
Et là on voit toute la sagesse du père et son intelligence. Je tiens à ce
que chacun apprenne une leçon de vie de cette sourate : si vous ressentez qu’une
parole est susceptible de provoquer l’envie des autres, il ne faut absolument
pas la dire, il n’y a aucune raison de susciter l’inimitié dans les cœurs.
Les actes du
Diable :
On retrouve un nouvel enseignement dans le même verset : « «Ô mon fils,
dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères car ils monteraient un complot
contre toi; le Diable est certainement pour l’homme un ennemi déclaré».»
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 5). Pourquoi Jacob a-t-il établi le lien
entre le complot de ses frères et le fait de dire « le Diable est
certainement pour l’homme un ennemi déclaré » ? Ou encore, pourquoi le
verset retient-il ce classement : le complot puis le Diable ?
La raison en est que nous nous devons de savoir qu’il ne peut exister dans cette
vie d’envie, ni de jalousie, ni de ressentiment, ni de rancune, ni de colère
sans que le Diable en soit l’initiateur. Ces sentiments précisément ne
proviennent pas de l’âme de l’Homme. C’est le Diable qui emplit son cœur de
ressentiment, de rancune et de jalousie. Il y a bien des actions qui proviennent
de la mauvaise foi de la personne elle-même, notamment l’envie de manger ou
l’envie sexuelle ou encore celle d’établir une relation entre l’homme et la
femme. Ces envies-là peuvent provenir aussi bien de la personne elle-même que du
Diable. Mais si vous ressentez que la colère s’empare de vous et que ceci
devient incontrôlable, sachez qu’un diable vous manipule, et si vous éprouvez un
ressentiment envers une personne donnée, sachez qu’un diable vous y incite ; Si
vous découvrez en vous des sentiments de rancune vous gagner, sachez qu’un
diable vous manipule. Ainsi, le Messager (BP sur lui) recommande que celui qui
se met en colère fasse ses ablutions.
Quel est donc le lien entre la colère et les ablutions ? Le prophète veut nous
démontrer que la solution est pragmatique : le Diable est créé de feu, et
l’eau éteint le feu. Il s’agit là encore d’une leçon que tout un chacun doit
retenir.
Le choix d’Allah
pour Son prophète Joseph :
« Ainsi ton Seigneur te choisira et t’enseignera l’interprétation des rêves, et
Il parfera Son bienfait sur toi et sur la famille de Jacob, tout comme Il l’a
parfait auparavant sur tes deux ancêtres, Abraham et Isaac, car ton Seigneur est
Omniscient et Sage. »
(TSC, ‘Yoûsouf’ (Joseph): 6)
Pour commencer, on peut se poser la question sur le lien entre le terme « te
choisira » et le verset précédent. Dans ce dernier, Jacob défendait à
Joseph de raconter sa vision à ses frères et lui signifiait que le Diable est
l’ennemi déclaré de l’Homme, et que ses frères pourraient comploter contre lui.
A votre avis, que pourrait ressentir un enfant de son âge à ce moment-là ?
Certainement beaucoup d’inquiétude et d’angoisse, voyez maintenant comment le
père –le sage éducateur- a trouvé judicieux de commencer par l’avertir comme il
l’a fait au début puis de le rassurer en lui faisant la bonne annonce :
« Ainsi ton Seigneur te choisira et t’enseignera l’interprétation des rêves »
et qu’Allah lui a en effet attribué un bienfait qu’Il parfera. Tout cela pour le
rassurer.
Les parents ne doivent donc pas établir avec leurs enfants une relation basée
sur la culpabilité, comme par exemple quand le père n’a de cesse de répéter à
son fils qu’il n’est pas à la hauteur ou qu’il est dans l’erreur ou encore qu’il
est incapable de réussir quoi que ce soit… Le père doit également éviter de
faire subir à son enfant des pressions lors de la période d’examens. Il doit au
lieu de cela le rassurer et lui dire « Si Allah le veut, tu réussiras et Allah
te soutiendra ».
La notion de mise en confiance entre parents et enfant
est d’une grande importance dans le domaine de l’éducation, elle permet à
l’enfant de se développer en étant fort et résistant.
Parmi les beaux termes du verset « ton Seigneur te choisira », que
veut donc dire « te choisira » (‘yajtabika’) ?
Ce terme signifie « il l’a choisi et l’a élu »… pour quelle destinée ? Pour
devenir prophète… ainsi Jacob a compris à partir de la vision qu’il s’agissait
d’une prophétie.
A ce niveau, une interrogation s’impose : qu’avait Joseph entrepris de si
spécial qui lui aurait valu d’être choisi par Allah ? La réponse est négative,
et là certains pourraient penser que les frères de Joseph avaient bien raison
d’être envieux à son encontre, mais c’est une pensée qui n’est pas fondée parce
qu’Allah choisit qui Il veut.
C’est un point déterminant parce que là intervient l’envie, et « l’envie
ravage les bons actes comme le feu ravage les bûches (hadith). Autrement
dit, à chaque fois qu’on éprouve de l’envie envers une personne, les bonnes
actions du jour précédent deviennent vaines, et plus ce sentiment est fort, plus
les actions sont détruites.
Ce sujet est important et peu de personnes s’en rendent compte. Sa porte
d'entrée est le terme « pourquoi cette personne précisément [bénéficie de
certains privilèges] ? ». Cette phrase peut ne pas être prononcée mais le
sentiment bel et bien exister dans le coeur. La perte des frères de Joseph
débuta lorsqu’ils pensèrent « pourquoi lui précisément [bénéficie des
privilèges] ? ».
La réponse est « Il
n’est pas interrogé sur ce qu’Il fait, mais ce sont eux qui devront rendre
compte [de leurs actes]. »
(TSC, ‘Al-'Anbiyâ’ (Les Prophètes) : 23).
C’est une erreur que de se poser la question sur les raisons de tel ou tel
événement qu’Allah a fait, c’est le premier pas vers la désobéissance et le
début du chemin vers l’Enfer. Chacun doit se mettre à l’évidence de son statut
de sujet d’Allah et qu’il n’a pas le droit de poser des questions pareilles.
Allah choisit ce qu’Il veut, on citera parmi Ses choix la pratique du pèlerinage
qui se déroule dans un désert. Certains peuvent se demander pourquoi Allah n’a
pas choisi un endroit magnifiquement créé par Lui… mais nous n’avons aucun droit
de nous poser ces questions-là. Allah a choisi le mois de Ramadan et lui a
consacré une place privilégiée parmi les autres mois par les bonnes rétributions
aux pratiquants, puis Il a choisi la Nuit du Destin, mais nous n’avons d’autre
alternative que de nous soumettre à la volonté divine.
Un enseignement
dans la soumission à la décision et au décret d’Allah et Sa sagesse :
Il y a une histoire qui illustre bien le point relatif aux
interrogations sur la volonté d’Allah. Un homme appelé Abou Amer vivait à la
Mecque avant le Message du Prophète. Cet homme savait à travers les anciennes
écritures que l’envoi du dernier prophète de l’humanité était proche. Il
s’apprêtait donc à devenir lui-même ce dernier prophète. Il arrêta de boire de
l’alcool et se corrigea parce qu’il aspirait à devenir prophète et parce qu’il
savait que la prophétie allait être attribuée à un homme correct et pieux. Il
faisait tellement de bonnes œuvres
qu’on l’appelait Abou Amer Arrahib (le moine). Vint alors
la prophétie
à Mohammed (BP sur lui) qui n’y a pas pensé
auparavant, il était presque le seul à la Mecque qui ne cherchait pas à le
devenir. Même que Khadîdja était plus informée que lui sur ce sujet.
Lorsque La Révélation descendit sur notre Prophète (BP sur lui), Abou Amer
changea et devint l’un des pires ennemis du Messager, c’est alors que le verset
tranchant à ce sujet descendit, Allah dit –ce
qui peut être traduit comme : « Allah
sait mieux où placer Son message. »
(TSC, ‘Al-'An'âm’ (Les Bestiaux) : 124).
Il ne faut donc pas être envieux ou s’interroger sur les choix divins, et à
propos, ce même Abou Amer est l’homme qui a creusé le fossé où le Messager (BP
sur lui) est tombé lors du combat d’Ohod, son envie était tellement grande qu’il
est allé au combat non pas pour se battre- il se souciait peu de qui allait
gagner ou qui allait être vaincu- tout ce qui le préoccupait c’était le
Prophète. Il se mit alors à creuser des trous autour de lui parce qu’il voulait
le faire tomber. Tout ceci provenait de l’envie et de la désobéissance face aux
choix d’Allah. Cette cause est à la source de plusieurs inimitiés à travers
l’histoire dont on peut citer :
§
La haine des juifs à l'encontre des musulmans :
Connaissez-vous les raisons de la haine éprouvée par les juifs à l'encontre des
musulmans ? C’est parce qu’ils espéraient que le Messager de la fin des temps
fusse l’un des leurs, étant donné que tous les prophètes depuis Jacob jusqu’à
l’époque de Mohammed (BP sur lui) étaient des descendants de Jacob et de ses
fils. Le seul descendant de Ismaël était notre Prophète Mohammed (BP sur lui).
Ils sont donc extrêmement mécontents et envieux à notre égard, à tel point que
Hoyay Ibn Al-Akhtab, qui était le leader des juifs et qui vivait à Médine et
avait une connaissance extraordinaire de la vraie Thorah, pratiquait le culte et
apprenait la Thorah à la lettre, illustre bien cette haine. Sachez que la Thorah
a cité toutes les caractéristiques du Prophète (BP sur lui) sauf le lieu de sa
naissance. Il s’agit là bien entendu d’une décision judicieuse d’Allah de faire
savoir aux juifs toutes les caractéristiques du dernier prophète pour qu’ils en
fassent l’annonce aux gens, pensant qu’il apparaîtra d’entre eux, mais la Thorah
a tu cette indication selon laquelle il émergera parmi les Arabes.
Au moment de l’exode du Prophète de la Mecque à Médine, Hoyay Ibn Al-Akhtab est
sorti le voir, il a remarqué sa manière de se comporter avec les gens, il a
alors pressenti qu’il était le Prophète. Il s’approcha de lui et lui
demanda : « Où est ton père ». Le Prophète lui répondit : « Il est mort ». Hoyay
Ibn Al-Akhtab lui dit alors : « Tu dis vrai ». Il lui demanda encore : « Où est
ta mère ? » Le Prophète (BP sur lui) lui répondit : « Elle est morte ». Hoyay
Ibn Al-Akhtab lui dit : « Tu dis vrai ». Il lui demanda de lui montrer son dos,
le Prophète dévoila son dos et Hoyay vit le signe distinctif de la prophétie sur
la première vertèbre du prophète, puis Hoyay Ibn Al-Akhtab retourna voir son
frère qui lui demanda : « Est-ce lui ? » (Insinuant : est-ce lui le prophète
cité dans la Thora ?) Hoyay répondit : « Oui c’est bien lui ». Son frère lui
dit : « Qu’est-ce que tu envisages de faire ? » Il répondit : « Etre son ennemi
toute ma vie ». L’envie était une maladie dans le cœur de Hoyay Ibn Al-Akhtab
qui était la cause de sa mécréance jusqu’à sa mort.
C’est pour cette raison que je voudrais que chacun examine son cœur pour y
déceler l’envie car elle détruit les bonnes actions. Il vous est demandé de
fournir l’effort pour mériter d’être choisi par Allah puis d’avoir confiance en
Lui, mais il ne faut envier personne, et si après, Allah ne vous choisit pas,
soyez satisfait de ce qu’Il fait de vous.
Chacun de nous devra adopter une règle : ”attention à l’envie“ et faire tout ce
qui est en son possible pour mériter d’être choisi par Allah à travers les
bonnes pratiques, la sincérité et le dévouement. Remarquez que Abou Amer n’a pas
commis d’erreur au début, son erreur consista en l'inacceptation de ce qu’Allah
a décidé. Et soyez sûrs que toutes les personnes qui assistent à une causerie
religieuse ou qui l’écoutent entreront au Paradis parce qu’Allah le Transcendant
-exalté soit-Il- dit : « C’est Lui qui vous a élus » (TSC,
‘Al-Hajj’ (Le Pèlerinage) : 78).
A y réfléchir, vous constaterez qu’Allah vous a élus parmi 6,5 milliards de
personnes vivant sur terre. Imaginez qu’au lieu d’être en train d’assister à une
conférence vous soyez l’une des personnes les plus riches au monde dans l’un des
pays les plus civilisés, mais que vous ne croyiez en rien…
Allah vous a choisi au début pour être l’un des un milliard et demi de
musulmans, puis il vous a élu pour être parmi les millions qui font la prière,
puis il vous a élu parmi les centaines de milliers ou les peu de millions qui
fréquentent les mosquées, puis pour être parmi ceux qui assistent à des
conférences de science et de rappel. Cela veut dire que petit à petit Allah vous
rapproche de Lui ; mais qu’avez-vous fait pour mériter d’être élus par Allah ?
Et si vous vous en rappelez, au début de la conférence, nous avons raconté
qu’Allah dit à Ses Anges qu’Il a pardonné à tous ceux qui assistent à des
réunions pareilles, n’est-ce pas une autre forme d’élection ?
Nous en sommes encore au sixième verset, il se termine par « car ton
Seigneur est Omniscient et Sage. »
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) :
6).
Pourquoi Allah a-t-Il choisi ces deux caractéristiques pour terminer le verset ?
C’est pour nous démontrer que la distinction est une chose qui Le concerne Lui,
et là je tiens à vous dire qu’à la fin de chaque verset qui s’achève par un des
Noms d’Allah [l’un des 99 Beaux Noms d’Allah], le nom évoqué a une relation
directe avec le contenu du verset. Il se peut qu’on ne s’en rende pas compte la
plupart du temps, et la phrase « car ton Seigneur est Omniscient et
Sage… » est extrêmement importante dans le mesure où elle montre que le
choix d’Allah revient à Lui Seul, de par Sa Connaissance et Sa Sagesse, parce
qu’Il sait et que nous ne savons point. C’est ainsi que nous nous devons de
méditer sur les fins de versets et si vous décidez d’apprendre le Coran, tâchez
d’établir le lien entre le contenu des versets et leurs fins.
La reconnaissance
du Bienfait d’Allah :
Terminons le verset : « et Il parfera Son bienfait sur toi et sur la
famille de Jacob, tout comme Il l’a parfait auparavant sur tes deux ancêtres,
Abraham et Isaac, car ton Seigneur est Omniscient et Sage. »
Nous tirerons un autre concept d’une grande importance. Remarquez que Jacob
rappelle à son fils Le Bienfait d’Allah sur son grand-père Ibrahim (Abraham)
bien que Abraham soit l’arrière-grand-père de Joseph. Mes frères, il y a des
gens pour qui Allah parfait Son Bienfait et il ne se passe pas deux mois qu’ils
l’oublient déjà. Les bienfaits sont ce qui accroît le plus notre amour pour
Allah. Si vous voulez aimer Allah continuellement rappelez-vous tous Ses
bienfaits sur vous. Si vous voulez relativiser une mauvaise situation,
souvenez-vous de son insignifiance devant tous les bienfaits d’Allah pour vous.
Et si vous voulez aimer Allah d’un grand amour et vous approcher de Lui le plus
possible, prenez un papier et inscrivez Ses bienfaits sur vous : Inscrivez le
bienfait de la vue dont vous êtes doté alors que d’autres sont des malvoyants ;
Inscrivez le bienfait de la mobilité dont vous êtes doté alors que d’autres sont
handicapés ou paralysés ; Ecrivez que vous êtes sain d’esprit alors que d’autres
sont mentalement malades ; Ecrivez que vous mangez et buvez alors que d’autres
cherchent à manger dans les poubelles ; Ecrivez que vous êtes musulmans alors
que d’autres sont privés de ce bienfait et que chaque année des dizaines de
jeunes se donnent la mort parce qu’ils ne parviennent pas à connaître leur
raison d’être. Inscrivez qu’Allah est Miséricordieux et vous aime, et qu’Il vous
a donné la beauté dans votre création… aimez Allah. Le Prophète (BP sur lui)
dit : « Ô gens aimez Allah de tout votre cœur, aimez-Le pour tous les
bienfaits dont Il vous inonde » ce qui signifie qu’il faut aimer Allah pour
la multitude de Ses bienfaits sur vous, rappelez-vous le verset : « Et
quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le. »
(TSC, ‘Ad-Douhâ’ (Le Jour Montant) : 11).
Soyez conscients du bienfait et proclamez-le, la meilleure illustration en est
Jacob évoquant à son fils les bienfaits d’Allah sur son père et son grand-père.
Qui de nous s’est déjà mis à raconter à ses enfants ses privations au début de
sa vie et comment Allah l'a pourvu par la suite de Ses bienfaits ? Vous les
jeunes, si vous aimez que vos parents se rappellent des bienfaits d’Allah, allez
les voir et demandez-leur de vous raconter comment Allah leur a facilité la vie,
et comment Il leur a donné de Ses bienfaits après bien des difficultés.
Demandez-leur comment il ont évolué dans les échelons au travail.
Une fois Omar marchait dans la rue, il rencontra un homme à qui il
demanda : « Comment vas-tu [ce matin] ? » l’homme répondit : « Je vais bien ».
Omar lui demanda à nouveau : « Comment vas-tu [ce matin] ? », l’homme
répondit : « Ô Emir des croyants, je vais bien » alors Omar lui demanda encore :
« Comment vas-tu [ce matin] ? », l’homme répondit : « Ô Emir des croyants, je
vais bien, que la grâce en soit rendue à Allah », Omar dit alors : « Voilà ce
que je voulais ».
Le même verset dit : « …et Il parfera Son bienfait sur toi et sur la
famille de Jacob »
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 6).
De quel bienfait s’agit-il ? Le bienfait est la Prophétie. Cela signifie que
Jacob a compris la vision dans sa profondeur. Il a compris que Joseph deviendra
prophète, ceci parce que Jacob lui-même était prophète. Or dans le songe il se
prosterne devant Joseph ; il est illogique qu’un prophète se prosterne devant
quelqu’un d’un rang inférieur au sien. C’était l’indice sur la prophétie de
Joseph. La prosternation ici exprime le respect et non l’adoration.
Les merveilles de
l’interprétation des visions :
Parmi les merveilles de l’interprétation des songes, le hadith du Prophète : « J’ai
vu cette nuit une femme noire décoiffée qui courait dans la ville (Médine)
jusqu’à ce qu’elle soit sortie hors de la ville et qu’elle parvienne à tel et
tel l’endroit »., On lui dit : « quelle en est l’interprétation, Ô Prophète
d’Allah ? ». Il répondit : « c’est une fièvre qui s’abat sur la ville »
». Pourquoi le prophète (BP sur lui) a-t-il donné cette interprétation ?
Parce que l’apparition de cette femme noire ne signifie pas l’apparition du
péché dans la ville de notre bien-aimé Prophète étant donné que la foi fuit vers
Médine. Il s’agissait donc d’une maladie qui apparaîtra dans la ville puis en
disparaîtra.
Une autre interprétation a été relatée par Abou Horayra : « Le Messager (BP
sur lui) était en compagnie d’Abou Bakr. Un homme vint et dit : « Ô Messager
d’Allah, j’ai vu cette nuit
une étrangeté : j’ai vu une ombrelle qui nous abritait et d'où dégoulinait du
beurre fondu et du miel tombant au milieu de leurs mains [des gens]. Certains en
demandaient plus et d’autres en voulaient moins, puis je vis une corde qui
s’étendait entre le ciel et la terre, et je te vis y grimper jusqu’à ce que tu
aies été élevé, Ô Messager d’Allah. Puis je vis des hommes te suivre jusqu’à
être élevés comme toi ». Le Prophète sourit et Abou Bakr lui dit : « Ô Messager
d’Allah -je te préfère à mon père et à ma mère- laisse-moi en faire
l’interprétation ». Il lui dit : « Fais-en l’interprétation, Ô Abou Bakr ». Il
dit : « Ô Messager d’Allah, l’ombrelle qui nous abrite est l’Islam. Ce qui coule
du ciel et en descend- le beurre fondu et le miel- est le Coran qui a aussi bon
goût que le beurre fondu et le miel. Ceux qui tendent la main pour en prendre ou
en refuser sont les gens parmi lesquels certains prennent beaucoup du Coran ou
n’en prennent que peu. La corde qui s’étend entre le ciel et la terre est ta
sunna, Ô Messager d’Allah, et tu as été le premier à l'appliquer et le premier à
t’élever en l’appliquant, et quiconque l’applique s’élève après toi, Ô Messager
d’Allah ».
Allah n’a donné la science de l’interprétation des rêves qu’à peu de personnes.
Jacob en fait partie et après lui Joseph et, bien entendu elle a été donnée à
Mohammad (BP sur lui) et à Abou Bakr après lui, et à Ibn Sirine. Ainsi,
concernant cette science, rares sont les personnes qui en sont dotées comme nous
l’avons dit lors de la conférence précédente.
Passons au verset suivant : « Il y avait certainement, en Joseph et ses
frères, des exhortations pour ceux qui interrogent » (TSC,
‘Youssouf’ (Joseph): 7).
Dans ce verset, on ressent une transition par rapport au verset précédent. On
décèle un nouveau sens dans ce verset parce que la sourate ‘Youssouf’ raconte
une histoire tout comme une pièce théâtrale où une scène prend fin et commence
une autre.
Dans la première scène, le fils raconte à son père son songe puis dans la
deuxième commencent les faits : « Il y avait certainement, en Joseph et
ses frères, des exhortations pour ceux qui interrogent »… Quelle est la
raison derrière cette phrase : « des exhortations pour ceux qui
interrogent » ?
C’est parce qu’à la Mecque certains juifs s’adressèrent au Prophète (BP sur lui)
en lui disant : « Ô Mohammed, parle-nous d’un homme qui vivait en Mésopotamie
dont on prit le fils qui fut vendu en Egypte, et le père en pleura jusqu’à en
devenir aveugle ». Le Prophète (BP sur lui) ne répondit pas. Effectivement,
il ne connaissait pas cette histoire et les qoraïchites non plus n’en avaient
pas connaissance ; seuls les juifs étaient au courant parce qu’elle est citée
dans la Thora. Ainsi Allah fit descendre ce verset : « Il y avait
certainement, en Joseph et ses frères, des exhortations pour ceux qui
interrogent », « ceux qui interrogent » fait référence aux
juifs.
« Quand
ceux-ci dirent: «Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous,
alors que nous sommes un groupe bien fort. Notre père est vraiment dans un tort
évident »
(TSC,
‘Youssouf’ (Joseph): 8).
Ce verset contient plusieurs éléments : d’abord, les frères de Joseph
avaient-ils raison ? Jacob préférait-il vraiment Joseph et lui destinait-il un
traitement de faveur ? Il est évidemment impossible que Jacob puisse agir de la
sorte parce qu’il est prophète, et les prophètes sont exempts de péchés. Et nous
venons de dire que le prophète Jacob craignait pour les sentiments de ses autres
enfants et a demandé à son fils Joseph de ne pas leur raconter sa vision. Mais
eux pensaient qu’il leur préférait leurs autres frères du fait qu’il s’y
intéressait plus qu’à eux et ce, parce qu’ils étaient plus jeunes. Ce qui chose
normale car si vous demandez à n’importe quel père qui de ses enfants il préfère
le plus, il vous dira que c’est le plus petit. On demanda autrefois à une femme
lequel de ses enfants elle préférait, elle répondit : « le petit jusqu’à ce
qu’il grandisse, le malade jusqu’à ce qu’il guérisse et celui qui est en voyage
jusqu’à son retour ».
C’est donc un comportement naturel de la part d'un père, et on ne pourra pas
accuser Jacob de favoritisme parce que ses autres enfants étaient un groupe bien
fort alors que Joseph et son frère étaient petits et ne travaillaient pas. Ils
n’étaient donc pas encore autonomes ; c’était naturel qu’il leur porte plus
d’attention. A ce moment-là ce n’était pas de la faute de Jacob si leur doute et
leur envie les ont amenés à imaginer ce favoritisme de la part de leur père. Il
se peut aussi que ce sentiment provienne du fait que Joseph était beau et qu’ils
avaient juste besoin d’un prétexte pour justifier leur jalousie à son égard.
Les raisons de
l’envie et ses manifestations :
Ce message s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes, depuis peu nous avons
dit que nous devions éviter l’envie, pourquoi l’envie ? Parce qu’elle ne vient
jamais sous une forme directe et franche : on pourrait envier quelqu’un pour une
raison donnée mais on refuse d’admettre cette jalousie. On se cherche alors une
justification pour légitimer ce sentiment. On serait par exemple amené à
attribuer à la personne des erreurs pour la haïr avec une conscience tranquille,
ceci parce que personne n’admet qu’il est en situation d’envier les autres. On
préfère se convaincre que ce sont les autres qui le méritent, et c’est ce qui
arriva dans l’histoire de Joseph.
Nous en tirons un enseignement :
aucun père ne doit favoriser un de ses enfants au détriment des autres,
même pas par un sourire, et le meilleur exemple en est l’histoire de l’homme qui
vint voir le Prophète (BP sur lui) et lui dit : « Ô Messager d’Allah, je te
prends témoin que j’ai donné à mon fils untel tant et tant de ce que je
possède ». Le Prophète (BP sur lui) dit : « En as-tu donné autant à tes autres
enfants ? ». Quand l’homme répondit que non, le Prophète (BP sur lui) dit :
« Prends pour témoin quelqu’un d’autre, je ne fais pas de faux témoignage ».
Néanmoins, les oulémas (érudits musulmans) ont établi une exception à ce sujet
en soulignant le cas où l’un des enfants soit véritablement nécessiteux, mais
aucune distinction ne doit être faite lorsque tous les enfants sont en situation
identique, ainsi la différenciation ne peut être faite que pour la raison
précitée.
Ecoutez ce verset : « quand
ceux-ci dirent: «Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous,
alors que nous sommes un groupe bien fort. Notre père est vraiment dans un tort
évident, Tuez Joseph ou bien éloignez-le dans n’importe quel pays, afin que le
visage de votre père se tourne exclusivement vers vous, et que vous soyez après
cela des gens de bien» »
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 8 & 9).
Quelle méchanceté et quelle cruauté, savez-vous pourquoi est-ce qu’ils étaient
aussi cruels bien qu’ils soient les frères de Joseph ? Parce que c’est de ces
onze frères que sortira la descendance des juifs, nous allons extraire de ces
deux versets les spécificités des onze et qui seront à l’origine des
caractéristiques des juifs.
Les
caractéristiques des juifs :
« Quand
ceux-ci dirent: «Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous »
ce qui montre qu’ils se sentent des victimes. Ils ont toujours proclamé qu’ils
étaient persécutés, martyrisés et expulsés, qu’ils méritaient l’affection et
qu’en conséquence ils avaient pleinement le droit d’agir à leur guise pour se
défendre.
La deuxième caractéristique est l’envie et la forte jalousie qui va jusqu’à
vouloir tuer.
La troisième est la facilité qu’ils ont de tuer, le fait de tuer est pour eux
chose aisée.
Parmi leurs caractéristiques également il y a l'arrogance dans leur
comportement, essentiellement vis-à-vis des prophètes, et l’aptitude à mentir et
à dissimuler la vérité (parce qu’ils ont caché la vérité à leur père durant
quarante ans), contrairement à la nature humaine qui pousse une femme ayant
commis une erreur que le mari ignore au bout de deux ou trois années, à
ressentir l’obligation de la lui avouer. Mais là, on voit qu’ils ont caché la
vérité à leur père quarante années durant, alors qu’ils le voyaient souffrir de
la disparition de Joseph et ils n’ont ni compati à sa douleur ni cherché à lui
avouer la vérité.
Et comme Jacob connaissait la nature de ses enfants, il dit dès le début à
Joseph: «Ô mon fils, dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères car ils
monteraient un complot contre toi»
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph): 5).
Après quoi, ils commencèrent à réfléchir et ils dirent : « quand
ceux-ci dirent: «Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous,
alors que nous sommes un groupe bien fort. Notre père est vraiment dans un tort
évident »
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 8).
Le terme « un tort » ici ne désigne pas l’égarement dans la foi mais dans la
manière de réfléchir, cela ne veut pas dire qu’il n’a pas l’esprit sain mais
qu’il n’a pas de sagesse, sachant qu’ils attribuent ces attributs injurieux à un
prophète.
Nous devons faire très attention à ne pas désobéir à nos parents, même pas une
seule fois, à ne pas les ridiculiser ou leur tendre des pièges, à ne pas juger
qu’ils redisent toujours la même chose et trouver que c’est « toujours la même
chanson ». On peut proférer des paroles qui risquent de déprécier toute une vie.
Notre Prophète (BP sur lui) a dit : « l’homme peut prononcer un mot
déplaisant à Allah et qui risque de le faire échouer dans l’enfer soixante-dix
automnes [ans] »
Les pas du
diable :
Revenons à ce verset : « quand
ceux-ci dirent: «Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous,
alors que nous sommes un groupe bien fort. Notre père est vraiment dans un tort
évident, Tuez Joseph ou bien éloignez-le dans n’importe quel pays, afin que le
visage de votre père se tourne exclusivement vers vous, et que vous soyez après
cela des gens de bien».
On peut se demander s’ils ont aussitôt pensé à tuer Joseph : Ils venaient tout
juste de trouver le justificatif pour l’éloigner qu’ils dirent qu’il devait être
tué mais le Coran nous laisse le champ libre pour voir que l’envie et la rancune
envers le père a duré. Il nous laisse ce champ libre pour nous permettre de
mieux vivre dans l’histoire. Il se peut qu’entre ce qu’ils dirent au verset 8 et
ce qu’ils dirent au verset 9, il se soit écoulé deux ou trois ans, et que tout
au long de cette période ils éprouvèrent de la rancune, de l’envie et de la
jalousie. Je voudrais vous dire qu’il n’y a pas de péché qui ait lieu
subitement. Il y a des préliminaires au péché comme par exemple une médisance,
un commérage, une envie ou une désobéissance aux parents, qui peuvent se
développer jusqu’à arriver à l’envie de commettre un meurtre.
Je vous donne un exemple là-dessus. Un verset dit –ce
qui peut être traduit comme : « et
ne suivez point les pas du diable » (TSC,
‘Al-Baqara’ (La Vache) : 208).
On pourrait être amené à penser qu’il est inconcevable que les frères de Joseph
pensent à le tuer et qu’ils tentent de mettre à exécution leur plan sachant
qu’au début ils n’ont commencé que par une médisance ?! Oui mais les évènements
se développent de manière considérable.
Certains jeunes me disent qu’ils ne pouvaient pas imaginer, il y a dix ans,
qu’ils pourraient consommer des stupéfiants, et des jeunes filles qui ne
pensaient jamais que leurs relations avec des garçons allaient évoluer vers le
sens qu’elles prirent plus tard. Ce qui arrive c’est qu’en faisant le premier
pas on pense que les choses n’évolueront pas plus, mais le Diable est
extrêmement malin. Il se contente d’un petit peu et il peut se satisfaire d’un
petit péché qu’on commet durant une année entière avec la volonté de nous le
faire prendre pour habitude. Ainsi, si le Diable commence dès le début par vous
insuffler par exemple de vous faire accorder une corruption, votre refus sera
catégorique, mais il peut vous inspirer de prendre seulement une livre, qui est
somme toute insignifiante, pour rendre un service à quelqu’un, et ceci évoluera
par la suite et peut durer toute une année par exemple.
« Tuez Joseph ou bien éloignez-le dans n’importe quel pays, afin que le visage
de votre père se tourne exclusivement vers vous, et que vous soyez après cela
des gens de bien» ».
Qui est le plus dur ? Le fait de le tuer ou de l’éloigner ? Le fait de le tuer
bien entendu, mais les onze cherchaient à lui nuire par n’importe quel moyen.
Mais pourquoi précisément l’éloignement ? Parce qu’ils avaient une
appréhension et ils ne se sentaient pas capables de le tuer.
A la fin du verset, il est dit : « « et que vous soyez après cela des gens
de bien» », ce qui signifie qu’ils avaient l’intention de se repentir,
mais après avoir commis le péché, pensez-vous que ce repentir puisse être
accepté ? Et après avoir dit cela, voyez-vous après combien d’années ils se sont
repentis ? Si on commet un péché pareil, ou un autre à l’encontre de son père
par exemple, qu’est-ce qui garantit qu’on aura assez de temps pour s’en faire
pardonner, il ne faut absolument pas se promettre de se repentir avant de
commettre un péché, pour se justifier, c’est une célèbre tromperie du Diable qui
conduit les gens à commettre les péchés la conscience tranquille parce qu’ils se
promettent de s’en repentir ultérieurement après les avoir commis.
Le verset suivant dit : « L’un d’eux dit: «Ne tuez pas Joseph, mais
jetez-le si vous êtes disposés à agir, au fond du puits afin que quelque
caravane le recueille» (TSC,
‘Yoûsouf’ (Joseph): 10).
Ici, la sourate décrit la nature humaine dans tous ses rouages. Ce frère-là a
demandé aux autres de ne pas tuer leur frère Joseph mais de le jeter au fond du
puits parce qu’il est incapable de s’imaginer en train de tuer son frère, mais
il a encore la volonté de se débarrasser de lui indirectement, et ainsi il lui
fit bien plus de mal qu’en le tuant. Il dit : « mais jetez-le […] au fond
du puits » (TSC,
‘Youssouf’ (Joseph) : 10)
comme s’il se mentait à lui-même en disant juste après « afin que quelque
caravane le recueille » malgré qu’il ait dit juste avant « au fond
du puits », car c’est un endroit où personne ne peut parvenir, comme si
ce frère voulait désengager sa responsabilité du crime et ne pas se
culpabiliser. Ceci ne signifie aucunement qu’Allah lui réservera la miséricorde
contrairement aux autres, parce qu’il voulait à Joseph la même fin mais avec des
moyens différents de ceux proposés par ses frères.
J’aimerais que cela soit le devoir que chacun aura à faire après la fin de cette
conférence : que chacun prenne un papier et qu’il écrive ses défauts. Nous nous
devons de nous confronter, nous n’avons pas le temps de fuir et de nous
leurrer…, nous comparaîtrons devant Notre Seigneur en fin de compte. Ecrivez
alors tous les défauts : si un jeune homme regarde les chaînes satellites
licencieuses, il doit l’écrire et chercher à résoudre ce problème, par exemple
il devra penser à trouver un technicien pour crypter ces chaînes. Si une jeune
fille a fait la connaissance d’un garçon, elle doit en parler à ses parents même
s’ils lui imposent d’arrêter cette relation, elle doit savoir qu’il est inutile
de tromper ses parents, et le garçon qui a fait sa connaissance doit être
conscient que : « …ce
n’est pas un acte de bienfaisance que de rentrer chez vous par l’arrière des
maisons »
(TSC,
‘Al-Baqara’ (La Vache) :189) :
aimerait-il qu’une chose pareille arrive à sa propre sœur ? Certainement pas !
Le plus dangereux encore est l’ouverture qui arrive durant la période des
fiançailles entre les deux parties, parce qu’alors le Diable fait tout pour
ouvrir les voies du péché.
Ecrivez alors tous les défauts, les solutions envisageables et comment rompre
avec la mauvaise compagnie. Les frères de Joseph se sont perdus de la même
manière. Leur envie, leur désobéissance et leur complot contre leur père, et
également leur manque de reconnaissance de leurs défauts. La preuve en est
qu’ils disent : « et que vous soyez après cela des gens de bien »,
à ce stade-là, ils ne faisaient que se rassurer et s’apaiser, il faut faire très
attention aux chaînes de défauts, car chaque défaut en entraîne un autre, et si
on commet un péché, il est certain qu’on continuera, c’est ainsi que Hassan Al
Basri dit : « si tu vois un homme commettre un péché, sache qu’il en commet
d’autres ». Si nous suivons la chaîne de péchés des frères de Joseph, on
trouvera que l’envie a entraîné la rancune, celle-ci a incité au mensonge qui a
conduit à l’intention de tuer. En observant ce qui se passe de nos jours, on
trouvera parmi les chaînes de péché, une chaîne commençant par une mauvaise
compagnie puis aboutissant à l’acte de fumer des cigarettes, puis le narguilé,
aboutissant à la consommations de stupéfiants, et si on a l’intention de briser
cette chaîne, il faudra se repentir et chercher la bonne compagnie.
Les étapes
d’élimination de Joseph :
Revenons à la sourate : « mais jetez-le […] au fond du puits », le
terme arabe utilisé pour désigner le fond dans ce verset est « ghayabat » qui
est semblable au terme « ghayb » (l’Inconnaissable) et ghaybah (médisance). Tous
ces termes ont le même radical, le terme « ghayba » (médisance) désigne l’acte
de parler de quelqu’un en son absence, et le terme « ghayb » (l’Inconnaissable)
fait référence à tout ce qui ne peut pas être perçu comme les Anges. Quant au
terme « ghayabat » il signifie qu’ils l’ont déposé dans un endroit loin des
regards, et là on voit le miracle du Coran qui a décrit en un seul terme la
situation délicate où se trouvait Joseph. L’une des appellations de la tombe est
« ghayab » car les hommes y sont absents (moughayyab), vous arrivez à imaginer à
présent ce qui est arrivé à Joseph alors qu’il était âgé de douze ans et qu’il a
été jeté dans un endroit pareil ?
Maintenant, je m’adresse aux personnes qui vivent des problèmes, et aux femmes
qui ont perdu un enfant ou dont un enfant est malade, pouvez-vous imaginer la
teneur du malheur qu’ont vécu Joseph et son père Jacob ?
Nous nous interrogeons : quelle est la raison de l’utilisation du terme « joub »
au lieu de « bi’r » ? [les deux désignant le terme puits] ? Parce que « joub »
est différent de « bi’r », le premier désigne un puits profond où il y a des
serpents et des scorpions, le « joub » est plus grand et plus profond ; et ils
ne se sont pas contentés de le mettre sur un rocher au début du puits, mais ils
l’ont jeté au fond, et tout ceci lui arrivait alors qu’il n’était âgé que de
douze ans ! Ce fut l’idée d’un de ses frères pour éviter de le tuer. Les choses
ne s’arrêtèrent pas là mais davantage. Ils le dévêtirent, en témoigne ce
verset : « Ils apportèrent sa tunique tachée d’un faux sang » (TSC,
‘Youssouf’ (Joseph) : 18.).
Et ce qui est le plus dangereux, c’est que l’endroit en question regorgeait
d’animaux sauvages, et Jacob le savait bien lorsqu’il dit : « je crains
que le loup ne le dévore »
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 13).
A l’issue de leur plan et de leur décision, ils allèrent voir leur père : « Ils
dirent: « Ô notre père, qu’as-tu à ne pas te fier à nous au sujet de
Joseph? » (TSC,
‘Youssouf’ (Joseph) : 11).
On remarque que le premier terme utilisé est : « qu’as-tu à ne pas te fier
à nous », il y a un proverbe qui dit : « celui qui commet le mal est sur
le point de se dévoiler », car quiconque ment ou projette de commettre un fait
répréhensible peut facilement se dévoiler lui-même, et on voit là toute la
beauté du Coran qui fait découvrir l’âme humaine. « Ils
dirent: «Ô notre père, qu’as-tu à ne pas te fier à nous au sujet de Joseph? Nous
sommes cependant bien intentionnés à son égard, Envoie-le demain avec nous faire
une promenade et jouer. Et nous veillerons sur lui »
(TSC, ‘Youssouf’ (Joseph) : 11-12).
Ce verset montre qu’il n’y a aucune opposition au fait de jouer, que ce soit
pour les jeunes ou les moins jeunes.
[i]
TSC :
Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant
le plus connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC
ne remplace nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du
noble Coran.
AmrKhaled.net ©
جميع حقوق النشر محفوظة
Cet article peut être publié ou copié sous une forme inchangée pour des usages
privés ou personnels, à condition de mentionner sa source d'origine. Tout autre
usage de cet article sans une autorisation écrite préalable de la part de
l'Administration du site est strictement interdit. Pour plus d’informations :
dar_altarjama@amrkhaled.net