Sur les pas du bien-aimé Mohammed (BP sur lui)
Episode 11 : Le Blocus
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Introduction :
L’épisode d’aujourd’hui se compose de trois
parties. Nous allons commencer par une lettre que j’ai reçue, une question et
par la suite, nous aborderons l’objet principal de l’épisode qui concerne le
siège que les Quraychites ont fait subir aux musulmans et aux autres membres de
la famille Bani Hachem.
Hier, nous avons parlé de l’Éthiopie et de
la présence musulmane là-bas et, à cet effet, j’ai reçu une merveilleuse lettre
de la part d’une éthiopienne qui dit être une descendante du Négus. Elle nous
transmet les salutations de toute l’Éthiopie et nous assure que eux aussi sont
avec nous sur les traces du Prophète (BP sur lui.) Pour ce qui est de la
question, elle demande pourquoi le Négus, qui avait embrassé l’Islam, n’était
pas intervenu, en envoyant une force militaire pour aider le Prophète (BP sur
lui) dans son conflit avec Qoraïche. Ceci était hors de question, car je vous
rappelle que l’armée éthiopienne avait auparavant envahi les tribus arabes et la
Mecque. De plus, le Prophète (BP sur lui), n’aurait jamais accepté qu’il fasse
appel à une force étrangère contre son propre peuple et sa tribu. Les arabes ne
le lui auraient jamais pardonné.
La protection du Prophète par les Bani Hachem :
Les Quraychites avaient essayé tous les
moyens de faire taire le Prophète, mais en vain. Une dernière solution se
profilait devant eux : ils devaient assassiner le Prophète (BP sur lui). En
effet, plus de sept tentatives de meurtre ont été organisées contre lui. Il y a
eu celle du jour de l’émigration, la tentative des juifs de Bani Nadhir, celle
de la chèvre empoisonnée lors de la bataille de Khaybar, celle d’Abou Jahl qui
voulait jeter une pierre sur le Prophète (BP sur lui) pendant qu’il priait,
celle de Foudala qui voulait le poignarder, le jour de la conquête de la Mecque,
etc. Mais la tentative de meurtre dont on parle aujourd’hui a habité les esprits
des Quraychites pendant trois ans. Il s’agit d’un projet sérieux que les
mécréants ont préparé pendant longtemps et ils se réunirent à cet effet à huis
clos sans Abou Taleb. Habituellement. lorsque quelqu’un de connu ou un dirigeant
échappe à une tentative de meurtre, il ne manque pas d’en parler et de le
rappeler, ou bien il se laisse intimider et se rétracte dans ses opinions. Ce ne
fut pas le cas du Prophète (BP sur lui), alors qu’il savait que d’autres
messagers d’Allah ont été tués et il ne savait pas encore qu’Allah, le Très
Haut, lui avait épargné ce sort. Il a gardé la même attitude comme pour montrer
aux dirigeants qu’il est important d’être du côté de la vérité qu’ils soient
menacés ou non.
Voyant les réunions des Quraychites se
multiplier en son absence, Abou Taleb finit par se douter et comprendre que ces
derniers complotaient contre son neveu. Il réunit alors des jeunes de Bani
Hachem, leur donna des barres de fer très résistantes et leur demanda de se
présenter aux réunions et de s’asseoir chacun à côté d’un noble de Qoraïche et
de brandir les barres de fer. Il voulait dissuader les Quraychites et leur
transmette un message clair de menace. Abou Taleb leur exprima clairement que
s’ils faisaient du mal au Prophète, les Bani Hachem les combattraient jusqu’à la
mort. Suite à cette intervention, les Quraychites ont certes été affectés
moralement mais ils n’ont pas laissé pour autant tomber leur projet, ce qui
poussa Abou Taleb à réunir tous les membres de Bani Hachem pour élaborer une
stratégie de protection du Prophète (BP sur lui).
Une question se posait: combien de
personnes de nos jours aident et soutiennent le Prophète (BP sur lui) comme
l’avait fait son oncle, pourtant non musulman ? Posons-nous la question sur ce
que nous faisons pour suivre la voie du Prophète. Le Prophète a permis la
naissance d’une civilisation sans précédent. Qu’avons-nous fait pour faire
renaître cette civilisation ? Je ne nie pas qu’il y ait des gens qui travaillent
en ce sens mais ils sont peu nombreux. Si vous aimez le Prophète (BP sur lui),
vous devez aider à faire renaître cette civilisation musulmane affaiblie depuis
deux cents ans.
Quelle était la stratégie d’Abou Taleb pour
protéger le Prophète ? D’abord, il faut comprendre comment vivaient les Bani
Hachem. Comme vous le savez, la Mecque est formée d’un ensemble de collines et
la Ka’ba est au milieu. Entre les collines, il y a des passages étroits. Les
Quraychites vivaient aussi en haut dans les collines. La stratégie d’Abou Taleb
consistait à amener toute la famille des Bani Hachem pour vivre en bas des
collines proches des passages de telle sorte à pouvoir les surveiller et déjouer
toute tentative éventuelle d’assassinat. Ceci nécessitait de Bani Hachem de
vivre dorénavant dans un espace étroit.
Ce qui est fascinant dans cette histoire
c’est que les Bani Hachem ont tous accepté cette stratégie pour protéger notre
prophète, même les mécréants parmi eux. Le Prophète (BP sur lui) ne sortait de
cette gorge qu’une fois par an pendant la saison du pèlerinage car il savait que
les Quraychites ne tenteraient rien contre lui pendant cette saison par peur de
voir leur commerce affecté.
Réaction de Qoraïche : le blocus
Pour faire face à la stratégie des Bani
Hachem, les Quraychites imposèrent un siège aux musulmans en interdisant toute
activité économique et sociale avec eux. Sur le plan économique, ils ont
interdit tout commerce avec les Bani Hachem pendant trois ans. Ces derniers
allaient survivre grâce à des vivres reçus clandestinement. Quant au plan
social, les Quraychites ont interdit tout mariage qui impliquerait les Bani
Hachem avec eux. Ils leur interdirent également toute invitation à l’Islam, ce
qui fera que le nombre de convertis stagnera pendant trois ans. Pour s’assurer
de l’application de ces conditions, ils formulèrent une déclaration qu’ils
accrochèrent à l’intérieur de la Ka’ba.
Malgré tout cela, les Bani Hachem, musulmans et non musulmans, résistèrent car
ils voulaient être du côté de la vérité. Ils étaient tellement privés de
nourriture qu’ils mangeaient des feuilles d’arbres mais ils restèrent tout de
même sur leur position. Ils supplièrent les marchands pour avoir de la
nourriture pour leurs enfants affamés mais en vain. Les Quraychites avaient tout
fait pour rendre les choses difficiles. Abou Lahab donnait de son argent à ces
marchands pour leur compenser les gains qu’ils auraient pu avoir en vendant aux
Bani Hachem et ainsi il s’assurait de l’application du siège.
Pourquoi les compagnons n’ont-ils pas été autorisés à sortir de cette gorge
qu’ils habitaient puisque les tourments qu’ils subissaient étaient si sévères ?
Avant le blocus, le Prophète (BP sur lui) ne leur avait-il pas permis de renier
l’Islam devant leurs bourreaux s’ils se trouvaient exposés à la torture, du
moment que la foi restait dans leur cœur ? C’est que dans ce cas, la défection
d’un musulman aurait entraîné celle des autres… Les leçons de Dar-Al-Arqam
avaient appris aux musulmans à rester fermes sur leurs principes, sans faiblir.
Les femmes confortaient les hommes, et il n’y eut aucune défection. Qoraïche
pensait que les musulmans ne résisteraient pas longtemps à ce blocus, pourtant
ils tinrent bon trois années. D’où puisaient-ils cette force ? De la prière et
de l’invocation d’Allah. Les grandes renaissances se construisent sur le
sacrifice et la détermination.
Le
Prophète aussi souffrait de la faim, et ne trouvait à manger que ce que Bilal
parvenait à lui apporter en le cachant sous son aisselle. Il vécut reclus dans
cette gorge pendant trois ans à l’exception des saisons du pèlerinage où il
circulait librement. Son épouse Khadîdja, qui avait dépassé la soixantaine, elle
aussi était soumise au blocus, mais de sa propre volonté, car Qoraïche l’avait
exemptée de cette mesure par égard pour son rang dans leur société. Mais elle
avait choisi le camp des musulmans et elle souffrit avec eux. Au milieu de tout
cela, Abou Taleb restait déterminé en dépit de son âge avancé. Il veillait à ce
que le Prophète changea de maison au milieu de la nuit pour déjouer les dangers.
Abou Taleb et Khadîdja que les privations avaient affaiblis, moururent tous deux
à quelques jours d’intervalle juste après la fin du blocus.
Dans ces circonstances difficiles, les non musulmans firent preuve d’une grande
solidarité avec les musulmans. Hicham ibn ‘Amr al ‘Amiri essayait de faire
passer son chameau chargé de marchandises vers le col où les Bani Hachim étaient
encerclés en échappant à la surveillance de Qoraïche. Il n’était pas musulman
mais il avait une grande noblesse de caractère. Lorsqu’il fut pris sur le fait,
et qu’on lui demanda pour quelle raison il agissait ainsi, il répondit que
c’était par respect pour les liens de parenté. On le frappa en lui faisant
promettre de ne pas recommencer, mais Abou Soufian, le chef de Qoraïche et
l’ennemi du Prophète intervint en disant : « Laissez-le, ne gâtez pas toutes nos
valeurs. » Au milieu de sa campagne contre les musulmans, Abou Soufian n’était
pas prêt à laisser toutes les valeurs de la société se perdre à cause de son
intérêt personnel. Puissions-nous retenir cette phrase prononcée par un des plus
grands ennemis de l’Islam… Que les responsables des médias la méditent : les
valeurs morales d’une société doivent être préservées coûte que coûte, et les
intérêts personnels ne justifient aucun compromis …
Durant cette période de trois ans, les musulmans ne firent pas de nouveaux
adeptes. En fait ils étaient isolés et dispersés, en Abyssinie, dans le col des
Bani Hachem à La Mecque, et le restant à l’extérieur subissait aussi les
persécutions de Qoraïche. Mais les musulmans ne se décourageaient pas et
tenaient bon. Le Coran venait les réconforter : "Si ton Seigneur l’avait
voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre
les gens à devenir croyants?" (TSC[i],
Yoûnous (JONAS): 99).
"Et
dis: «La vérité émane de votre Seigneur». Quiconque le veut, qu’il croie,
quiconque le veut qu’il mécroie»…"
(TSC,
Al-Kahf
(LA CAVERNE): 29).
"Certes, des messagers avant toi (Muhammad) ont été traités de menteurs. Ils
endurèrent alors avec constance d’être traités de menteurs et d’être persécutés,
jusqu’à ce que Notre secours leur vînt. Et nul ne peut changer les paroles
d’Allah, et il t’est déjà parvenu une partie de l’histoire des Envoyés."
(TSC, Al-An’âm (LES BESTIAUX): 34).
"Sois patient. La fin heureuse sera aux pieux.»…"
(TSC, Hoûd: 49).
"Et
très certainement, Allah ne fait pas perdre la récompense des bienfaisants". (TSC, Yoûssouf (JOSEPH): 90).
"Quand les messagers faillirent perdre espoir (et que leurs adeptes) eurent
pensé qu’ils étaient dupés voilà que vint à eux Notre secours. Et furent sauvés
ceux que Nous voulûmes.
". (TSC, Yoûssouf (JOSEPH): 110).
Mais pourquoi les musulmans furent-ils soumis à cette épreuve de trois années où
le nombre de musulmans stagna ? Cette épreuve est une leçon pour les
générations, une leçon qui leur montre que la vérité n’a pas de prix, et qu’elle
mérite tous les sacrifices. La foi et la détermination sortent raffermies des
épreuves. Les musulmans qui subirent le blocus sont ceux qui se tinrent fermes
auprès du Prophète par la suite.
Durant cette période, les polythéistes de Bani Hachem vécurent en contact étroit
avec les musulmans puisqu’ils étaient encerclés ensemble. Pourtant aucune
conversion à l’Islam n’a été signalée. Dans ces circonstances difficiles, avec
ces gens qui firent preuve d’une si grande solidarité avec les musulmans,
l’invitation à l’islam devait rester indirecte. Le contact et l’exemple sont
parfois plus efficaces que les mots. Les valeurs morales et la détermination
peuvent rallier à l’Islam plus que de longs discours… Un père qui perçoit la
détermination de son fils quotidiennement lorsqu’il le voit se lever pour prier
à l’aube finira nécessairement par être affecté. La Da’wa exige de la patience
et du discernement pour savoir quand parler et quand se taire. Ainsi, en dépit
de la différence de religions, il n’y eut pas de frictions entre les
polythéistes et les musulmans. Apprenons à respecter les autres, leurs
différences, et à faire preuve de tact et de finesse dans nos rapports avec eux.
Pendant la saison du Hajj, le Prophète circulait librement et parlait aux
tribus. Alors qu’il se trouvait auprès de la Ka’ba en train de prier, un des
polythéistes nommé ‘Amr ibn ‘Absa et qui n’était guère convaincu par le culte
des idoles s’adressa à lui et lui dit : « Qui es-tu ? » Il lui répondit (BP sur
lui) : « Je suis prophète. » Il l’interrogea alors : « Qu’entends-tu par là ? »
Il répondit : « Allah m’a envoyé. » Il dit : « Que t’ordonne-t-Il ?» Il répondit
(BP sur lui): « De respecter les liens de parenté et de démolir les idoles. » Il
dit : « Qui te soutient ? » Le Prophète dit : « L’homme libre tout comme
l’esclave », en désignant Abou Bakr et Bilâl qui se tenaient non loin de là.
‘Amr ibn ‘Absa fut impressionné par cette religion qui ne fait pas de différence
entre les classes sociales, et où pauvres et riches vivent en harmonie sur le
même pied d’égalité. Il dit au Prophète: « Je suis avec toi. » Et il prononça
la profession de foi (chahâda). Mais le Prophète qui vivait sous le blocus
imposé par Qoraïche lui dit : « Tu ne pourras pas être avec moi, ne vois-tu pas
dans quelles circonstances je vis avec ceux qui me suivent ; retourne dans ton
pays jusqu'à ce que tu entendes la nouvelle de ma victoire auprès de la Ka’ba,
alors reviens ». Ce fut la seule rencontre de ‘Amr ibn ‘Absa avec le Prophète.
Il dit : « Je suis parti en le regardant et je suis rentré chez moi. J’y suis
resté jusqu’au jour où j’ai entendu dire que Mohammed avait remporté la victoire
auprès de la Ka’ba. Je suis revenu et je lui ai dit : « Te souviens-tu de
moi ? » Le Prophète me prit dans ses bras et me dit : « Tu es ‘Amr ibn ‘Absa ».
La fin du blocus :
Le
blocus durait depuis trois ans, et Qoraïche commençait à se lasser face à la
détermination des musulmans. Les mesures prises n’avaient pas produit les
résultats escomptés. Les musulmans en sortaient raffermis dans leur foi. Trois
païens de Qoraïche, Mosa’ab Ibn ‘Adi, Abou Al-Boukhtouri ibn Hicham et Hicham
ibn ‘Amr al ‘Amiri (qui avait été battu pour avoir tenté de ravitailler les
musulmans en cachette) décidèrent que ce blocus avait assez duré. Ils décidèrent
de réclamer la levée du boycott et la destruction du document contenant cette
disposition. Ils convinrent de se rassembler auprès de la Ka’ba en présence
d’Abou Jahl et de mettre en scène une demande générale de levée du boycott afin
de rallier les autres à leur opinion. Abou Soufian devant les protestations ne
fut pas dupe, et comprit qu’il s’agissait d’une mise en scène des trois
Quraychites. Mais au même moment, l’Ange Gabriel descendit avec une révélation
miraculeuse au Prophète : « Allah a ordonné aux termites de manger le document,
elles ont mangé toute l’injustice qu’elle contient sauf les mots ‘En ton nom, ô
Allah’ » Le Prophète informa alors Abou Taleb de la révélation qu’il venait de
recevoir. Celui-ci qui n’était pas au courant des protestations au sujet du
boycott alla à la rencontre de Qoraïche et leur dit : « Mon neveu m’a dit que
son Seigneur a ordonné aux termites de dévorer le document, et si les paroles de
mon neveu sont véridiques, et il ne m’a jamais menti, mettons fin à ce
boycott. » Il entrèrent dans la Ka’ba et trouvèrent que les termites avaient
laissé seulement les mots ‘En ton nom, ô Allah’.
Plaçons donc notre confiance en Allah qui est capable de tout. Il est capable de
nous donner la victoire, ne l’oublions pas. Car la vérité est plus forte comme
le dit ce verset:" Nous lançons contre le faux la vérité qui le subjugue,
et le voilà qui disparaît." (TSC, Al-Anbiya’ (LES PROPHETES): 18).
Quant à Abou Lahab il est le symbole de tous ceux, ministres ou simplement pères
de famille, qui sacrifient la vérité à leur intérêt personnel et il est maudit
chaque fois que quelqu’un récite la sourate Al-Massad (Les fibres) : "Que
périssent les deux mains d’Abou-Lahab
et que lui-même périsse…" Abou Lahab connut une triste
fin. Il mourut d’une maladie contagieuse de la peau et on fit écrouler sa maison
sur son cadavre pour éviter la contagion.
Apprenons à nos enfants la valeur de la vérité. Apprenons leur la sourate
Al-Massad (Les fibres). Qu’Allah nous donne fermeté et détermination et que
nous œuvrions toujours pour la défense de la vérité.
[i]
TSC :
Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant
le plus connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC
ne remplace nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du
saint Coran.
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