Les Bâtisseurs de la vie
L’Altruisme
Au
Nom d'Allah le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux, et que le salut et la
paix d'Allah soient sur le plus noble des messagers, notre Prophète Mohammed.
Louange à Allah, nous recourons à Lui et nous Lui demandons de nous guider, nous
pardonner, et nous préserver de nos mauvaises actions. Celui à qui Allah montre
le bon chemin, il est guidé et celui qui s'égare n'a ni maître ni conseiller.
Nous parlerons aujourd’hui d’une vertu qui a presque disparu du comportement des
musulmans, au point que beaucoup d’entre nous ignorent ce que cela veut dire, et
ce malgré que l’Islam en a parlé, et que le Prophète (BP sur lui) l’a pratiquée
durant toute sa vie. Il s’agit de l’altruisme.
Il est bien dommage que nos jeunes se détournent de l’Islam et vont chercher
leurs repères dans d’autres cultures.
Nos jeunes ne prennent pas de ces cultures ce qui pourrait leur être profitable
comme la technologie ou le savoir, mais s’intéressent uniquement à copier
l’occident dans la façon de s’habiller, de parler et de se comporter.
Mais trouveront-ils chez eux des vertus comme l’altruisme ? Non ! Ce genre de
vertu ne se trouve que dans l’école de notre Prophète (BP sur lui).
Donnons à
présent le sens islamique de ce mot, et répondons à cette question : ‘Qu’est ce
que l’altruisme ?’
En Islam, l’altruisme veut dire que tu préfères ton frère à toi-même. C’est le
fait de donner de bon cœur quelque chose dont on a absolument besoin à quelqu’un
d’autre.
C'est-à-dire que tu laisses ton frère tirer profit de quelque chose d’ici bas,
dans le but d’avoir une récompense dans l’au-delà.
Des exemples de l’altruisme :
Une femme vint trouver l’Envoyé de Dieu (BP sur lui) et lui offrit une tunique
brodée et lui dit : « Je l’ai tissée des mes propres mains afin que tu la
portes. »
Le Prophète (BP sur lui) peu habitué à l’hiver de Médine, souffrait
énormément du froid, il fut très touché par ce cadeau et l’accepta avec
gratitude.
Il sortit de chez lui en la revêtant et se dirigea vers les hommes présents dans
la mosquée.
L’un de ses compagnons lui dit : « Comme elle est belle ! Donne-la moi ! ».
-Certainement, lui répondit-il.
Une fois la réunion terminée, le Prophète revint chez lui, plia la tunique et
l’envoya à l’homme qui l’avait demandée.
Les gens dirent alors à cet homme : « Tu as mal agi ! Le Prophète la portait car
il en avait besoin, puis tu lui as demandé de t’en faire un don, sachant qu’il
ne refuse rien à celui qui lui demande quelque chose ! »
-Par Dieu ! répondit-il, je ne l’ai pas demandée pour me vêtir, je voulais la
prendre et m’en servir comme linceul. En effet, cette tunique a été le linceul
de cet homme.
Durant les vingt-trois ans qu’a duré la mission du Prophète (BP sur lui),
les musulmans étaient très pauvres. Il leur arrivait d’avoir tellement faim
qu’ils serraient une pierre sur leur ventre, le Prophète lui, serrait deux
pierre sur son ventre. Mais après les conquêtes et les victoires successives,
l’état des compagnons changea complètement.
Après l’une des conquêtes, la part du Prophète dans les butins, était un
troupeau de moutons qui remplissait une vallée entre deux montagnes.
Un homme qui était venu s’informer sur l’Islam, demeura stupéfait devant ce
nombre illimité de moutons. Le Prophète remarqua son intérêt.
-Ca te plairait de les avoir ?
-Oui, répondit l’homme
-Ils sont à toi. Dit le Prophète avec le plus grand calme.
L’homme n’en crut pas ses oreilles.
-Ô Muhammad, tu me les donnes vraiment ?
-Oui, prends les. Répondit le Prophète.
L’homme courut vers le troupeau tout en se retournant, tellement il n’y croyait
pas.
Il conduit le troupeau jusqu’à sa tribu, et leur cria dès son arrivée :
-ô gens, embrassez l’Islam, je reviens de chez un homme qui ne craint pas la
pauvreté.
Abu Horaira –que Dieu l’agrée- a rapporté le récit suivant : « Un homme vint
trouver le Prophète (BP sur lui) et lui dit : « Je suis épuisé et très
besogneux. » Le Prophète envoya à l’une de ses femmes (pour chercher de la
nourriture), puis à une autre, ensuite à une troisième, mais chacune d’elles
répondait : « par celui qui t’a envoyé par la vérité, je n’ai rien que de
l’eau. »
Alors il demanda aux fidèles : Qui veut accueillir cet homme chez lui pour cette
nuit ?
Un homme ses Ansars, se leva et dit : « Moi, ô envoyé de Dieu ». Il l’emmena
chez lui et dit à sa femme :
‘As-tu quelque chose à manger ?’
-Non, répondit-elle, je n’ai que le repas des enfants.
–Et bien, reprit-il, distrais-les par quelque chose et mets les au lit, puis
quand tu auras mis la table, fais semblant de réparer la lanterne et éteins là,
toi et moi, nous ferons semblant de manger, il fera nuit, notre invité ne s’en
doutera pas.
Ainsi ils donnèrent à manger à l’hôte, et ils se serrèrent le ventre toute la
nuit.
Ce dernier exemple est le plus dur à suivre. Quelques fois, des amis voyagent
ensemble mais au moment du repas, chacun d’eux s’éloigne pour manger seul.
Le matin, cet homme se rendit chez le Prophète (BP sur lui) qui lui
dit :’Dieu a été étonné de la manière dont vous avez traité votre hôte cette
nuit. »
Puis le Prophète récita devant les compagnons ce verset :
‘Il [appartient également] à ceux qui, avant eux, se sont installés
dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne
ressentent dans leurs coeurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu,
et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s'il y a pénurie chez eux. Quiconque se
prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent. (TSC[i],
Al-Hachr ‘L’exode’ : 9)
Vous imaginez ? Cette famille n’avait pas de quoi dîner, l’homme et sa femme se
sont endormis le ventre vide !
C’est un parfait exemple d’abnégation, ceci nous rappelle les paroles du
Prophète (BP sur lui): « Nul n’est vraiment croyant que lorsqu’il aime pour
son frère ce qu’il aime pour lui-même. »
Voici maintenant d’autres exemples d’altruisme mais cette fois d’un autre genre.
Dans la bataille de Uhud, il eut un moment critique pendant lequel le Prophète
s’est retrouvé presque seul face à l’ennemi. Abou Doujana, s’approcha du
Prophète et l’entoura de ses bras et reçut des dizaines de flèches sur le dos.
Les compagnons présents décrivaient cette scène : Le dos de Abou Doujana
ressemblait à un hérisson tellement il était couvert de flèches.
Malgré ses blessures, cet homme n’avait pas bougé de peur que le Prophète soit
touché !
Avons-nous la même attitude envers notre Prophète ? Agissons nous de la même
façon pour préserver sa Sunna ?
Pendant cette même bataille, Abou Talha s’avança pour couvrir le Prophète, en
lui disant :’Baisse ta tête, ô envoyé de Dieu, ne te montre pas ainsi car tu
pourrais être atteint par une des flèches de l’ennemi, que mon corps protège le
tien’. Une flèche transperça la main d’Abou Talha et elle fut paralysée.
Toujours pendant cette même bataille, le Prophète, entouré de toute part par
l’ennemi et à peine défendu par quelques hommes, dit à haute voix :’Qui les
repousse de moi et je lui garantis le paradis ?’ Dix jeunes hommes répondirent à
cet appel, et se précipitèrent vers le Prophète.
Le premier tomba mort, puis le second, puis le troisième jusqu’à ce qu’ils
fussent tous tués en défendant le Prophète. Yazid Ibn Sakan, tomba en dernier,
mais dès que son visage toucha la terre, le Prophète (BP sur lui),
s’agenouilla à côté de lui et lui essuya le visage en disant :’ Seigneur, je
témoigne que Yazid Ibn Sakan a accompli son devoir.’
On entend parler habituellement de l’altruisme de la part de personnes, mais on
n’a jamais entendu parler de l’altruisme provenant de toute une ville. Cette
ville c’est Médine. Les Ansars ont fait preuve d’un altruisme sans pareil.
En quittant la Mecque, les compagnons du Prophète ne possédaient pratiquement
rien. Ils avaient fait le choix de fuir pour sauver leur foi et avaient dû
renoncer à tous leurs biens. Les Ansars les accueillirent non pas avec
hospitalité mais avec amour.
Chaque fois qu’un mohadjir [émigrant] arrivait à Médine, chacun des Ansars
insistait pour l’accueillir chez lui. La seule façon qu’ils trouvèrent pour se
départager fut de tirer au sort.
De nos jours, on constate que la mère ne trouve plus de place dans les maisons
de ses enfants. Si elle va chez son fils, elle est maltraitée par sa belle fille
et si elle va chez sa fille, elle est maltraitée par son gendre !
Abd Arrahman Ibn Houf fut accueilli par Saad. Saad vint trouver Abd Arrahman et
lui dit : ‘Voici tout l’argent que j’ai, tu prends la moitié et je garde la
moitié. Tu prends aussi la moitié de ma maison. Saad, continua à proposer ainsi
à son hôte de partager tous ses biens, quand il eut fini, Abd Arrahman en homme
fier et actif repoussa toutes ses propositions et lui dit : ‘Que Dieu te
récompense mon frère, tout ce que je te demande c’est que tu me montres où se
trouve le marché.’
Dans l’histoire, on remarque que lorsque des individus se déplacent vers un
nouveau territoire, il va sans dire qu’ils n’y entrent qu’en utilisant la force,
et causent ainsi de nombreuses victimes. La seule migration qui a été réussie et
achevée dans une atmosphère d’amour et de générosité, c’est l’Hégire de la
Mecque vers Médine.
Comme on a vu, l’accueil n’a pas seulement été chaleureux, mais enthousiaste.
L’homme des Ansars insistait pour partager avec son hôte, ses vêtements, ses
affaires et même sa maison.
On se demande comment ils ont fait cela ? Ces hommes n’avaient pas peur que
leurs femmes s’opposent à ce partage ? Avaient-ils des maisons si grandes que le
fait de les partager ne signifiait rien pour eux ? Pourquoi est-ce si difficile
pour nous de les imiter ?
Ouvrez donc votre armoire, vous y laissez des vêtements que vous ne mettez
plus ! Pourquoi ne pas les donner à ceux qui en ont besoin ?!
Le Prophète (BP sur lui), avait rassemblé les Ansars et leur dit : ‘Vos
frères sont venus de la Mecque sans argent, vous voulez partager avec eux ? Les
Ansars répondirent :’Oui, ô envoyé de Dieu, nous partagerons avec nos frères
tout notre argent’.
Le Prophète leur demanda :’Pouvez-vous faire plus ? ‘Quoi donc, ô envoyé de
Dieu ?’ Le Prophète répondit :’que vous partagiez avec eux vos récoltes.’ ‘Nous
sommes d’accord, ô envoyé de Dieu, qu’aurons-nous en contrepartie ? ‘ ‘Le
paradis’, dit le Prophète.
Après avoir fini la récolte, l’homme des Ansars se rendait d’abord chez son
frère mohadjir et l’obligeait à garder la meilleure part de la récolte.
Après la conquête de Khaibar, l’argent devint plus abondant, le Prophète dit
alors aux Ansars :’Que Dieu vous récompense, vous avez tenu parole.’ Les Ansars
dirent :’Tu nous a promis le paradis, si nous tenons parole.’ ‘Vous l’aurez.’
Dit le Prophète.
Quelle était donc cette société, où régnait la générosité, le renoncement, et
l’amour ?
L’altruisme a pour récompense, le paradis.
Si vous voulez que votre cœur reste serein et sain de toutes les maladies comme
la jalousie, la haine, l’orgueil, apprenez à donner car il y a une relation
étroite entre l’altruisme et la quiétude. Donner nous apprend à être plus
attentifs aux autres, donner nous rend plus miséricordieux envers les gens.
Il nous sera facile d’imiter les compagnons du Prophète (BP sur lui) si
nous avons le même but qu’eux : le paradis.
Le prochain exemple nous donne une image tout à fait surprenante d’altruisme.
Lors de la bataille du Yarmouk, Ikrima Ibn Abi Jahl était parmi les blessés. Son
cousin qui appartenait au personnel soignant, l’aperçut et accourut vers lui.
Il se pencha vers lui pour lui donner à boire, mais au même moment, Ikrima
entendit un homme blessé à côté de lui, demander à boire. Il dit à con cousin :
Donne lui à boire en premier. Mais à peine, avait-il approché le verre de la
bouche de cet homme qu’un troisième blessé demanda aussi à boire. L’homme
dit :’Par Dieu je ne boirais pas avant lui’. Le cousin alla ainsi d’un blessé à
un autre et chacun refusait de boire et désignait son voisin en disant qu’il
devait avoir plus soif car ses blessures étaient plus graves, jusqu’à ce qu’il
revint vers Ikrima qu’il trouva mort !
Ikrima donna ce qu’il a de plus précieux, sa vie ! Alors que nous, nous
craignons de donner une pièce de monnaie, un vêtement, une information !
Que feriez-vous donc si on vous demandait de donner quelque chose à laquelle
vous tenez énormément ?
Abdullah Ibn Omar, eut une fois envie de manger du poisson, mais c’était une
nourriture très rare à Médine. Sa femme a pourtant fini par trouver un poisson
qu’elle prépara pour son mari. A peine s’étaient-ils mis à table, qu’un pauvre
vint frapper à leur porte et demanda à manger.
-Donne lui ce poisson, dit Abdullah Ibn Omar à sa femme.
-Je vais lui donner autre chose, dit la femme
-Non, je veux donner ce que j’aime, n’as-tu pas entendu le verset : « Vous
n'atteindriez la (vraie) piété que si vous faites largesses de ce que vous
chérissez. » (TSC, ‘Âl-‘Imran ‘La Famille D’Imran’ 92)
- Vas, donne-lui le poisson.
La femme porta le poisson au mendiant, mais eut l’idée de lui faire une
proposition.
-Tu veux me vendre ce poisson pour un dirham ? demanda–t-elle au mendiant qui
accepta tout de suite.
Le Prophète et Abu Bakr étaient tous les deux enterrés dans la chambre de Aicha
que Dieu l’agrée.
Omar ibn Al-Khattab, après avoir été mortellement blessé et conscient que sa
mort approchait dit à son fils Abdullah :
-Va demander à la mère des fidèles Aicha, de me donner la permission d’être
enterré à côté de mes deux compagnons, le Prophète et Abu Bakr.
Aicha accepta et dit :
-Je gardais cette place pour moi, mais puisque Omar souhaite être enterré près
du Prophète, je lui cèderai ma place.
Aicha, que Dieu l’agrée, céda sa place à l’endroit sain, auprès de son mari,
l’envoyé de Dieu, l’être le plus proche d’Allah.
Abou Horaira –que dieu l’agrée- raconte : ‘Par Dieu, il m’est arrivé de serrer
une pierre contre mon ventre à cause de la faim. Les gens me voyaient quelques
fois m’agiter et me croyaient fou alors que j’étais seulement torturée par la
faim.
Un jour que j’étais ainsi, je restais assis prêt de la chaire du Prophète (BP
sur lui) et chaque fois qu’un compagnon passait je lui posai la question au
sujet d’un verset qui parlait d’aumône espérant qu’il me donnera quelque chose,
mais l’homme répondait à ma question et reprenait son chemin sans comprendre mon
but. Le Prophète (BP sur lui) me trouva dans cet état, il me sourit et
dit :’Suis-moi’. Je le suivis. Arrivé chez lui, il entra après avoir obtenu
l’autorisation et m’invita à entrer.
Il trouva du lait dans un bol, il se tourna vers moi et me dit :’Va chercher les
gens de Souffa –les pauvres de Médine qui habitaient à côté des appartements du
Prophète- Je m’en allai en pensant :’Jamais un bol de lait ne suffirait tous ces
gens ! ‘. Cependant j’exécutai l’ordre du Prophète et quelques instants plus
tard, nous étions tous dans l’appartement du Prophète.
Le Prophète qui se doutait de mon sentiment, me donna le bol et me demanda :
‘Sers leur à boire.’ Je pris tristement le bol de lait et le passai au premier
homme, j’attendit qu’il soit rassasié puis je donnai le bol au suivant. Mon
étonnement allait grandissant chaque fois que je reprenais le bol qui restait
rempli malgré le grand nombre des hommes.
Le Prophète me regarda, un sourire aux lèvres :
-Il ne reste que toi et moi, me dit-il
-Oui, envoyé de Dieu, répondis-je
-Assieds-toi et bois, m’ordonna-t-il
J’ai bu et je lui tendis le bol, mais il me dit :
-Bois encore.
Je bus et lui tendis le bol de nouveau.
-Bois encore, me dit-il
-Non, ô envoyé de Dieu, j’en ai bu assez, je ne peux plus rien avaler !
Le Prophète (BP sur lui) prit enfin le bol et but à son tour.
Prenez l’habitude de donner, vous finirez par en savourer la douceur, vous serez
si heureux que vous aurez l’impression que c’est vous qui prenez !
Imaginez que vous êtes attablés avec vos parents, vous regardez la nourriture
avec envie et vous avez à chaque moment peur qu’on prenne votre morceau
préféré ! Comparez cette attitude avec ce qu’à fait le Prophète (BP sur lui).
Le récit est rapporté par Djaber que Dieu l’agrée :
‘Le jour du fossé, et après que nous ayons fini de creuser, je remarquai que le
Prophète (BP sur lui) souffrait d’une terrible faim. Je me précipitai chez moi
et dis à ma femme : ‘As-tu quelque chose à manger ? Le Prophète a très faim.’
Elle me donna une besace qui contenait une mesure d’orge. Et comme j’avais un
petit mouton, je l’égorgeai, ma femme avait pendant ce temps, moulu le peu
d’orge que nous avions. Je découpai la viande et la mis dans la marmite, ensuite
je retournai voir le Prophète.
Je le pris à part et l’invitai à venir manger chez nous en secret. Mais le
Prophète (BP sur lui) se tourna vers les compagnons et les appela : ‘Oh, gens du
fossé ! Djaber nous a préparé un banquet, venez tous !’
Le Prophète me dit ensuite :’Rentre chez toi, et dis à ta femme de ne pas
enlever la marmite du feu, et de ne pas retirer le pain du four avant mon
arrivée.’
J’acquiesçai en silence et retournai chez moi tout embarrassé et troublé. En
arrivant, je racontai à ma femme ce qui s’est passé. Elle me répondit :
-As-tu dis au Prophète que nous avons juste une petite quantité de nourriture ?
-Oui, je lui ai dit.
-Alors, tu n’as pas à t’en faire, le Prophète (BP sur lui) sait mieux que
nous.
A ce moment, le Prophète et les compagnons arrivèrent, le Prophète leur
dit : ‘Entrez sans vous bousculer’.
Puis, il se mit à couper le pain, ensuite il plaçait sur chaque morceau de la
viande, et donnait le morceau à l’un des hommes, jusqu’à ce que tous les hommes
présents aient mangé.
Bien qu’ils étaient au nombre de mille, je jure par Dieu qu’ils mangèrent tous à
satiété.
Ils quittèrent notre maison alors que la viande et le pain étaient à peu près
comme si personne n’y avait touché !
Jaâfar Ibn Taleb fut tué pendant l’expédition de Mou’ta. Le Prophète (BP sur
lui), dit : ‘Qui prend en charge les enfants de Jaâfar ?’ .Trois des
compagnons se levèrent et chacun d’eux s’écriait :’Moi, ô envoyé de Dieu’. La
chose surprenante dans cet incident est que les trois hommes étaient pauvres, et
malgré cela, ils se disputaient la garde des enfants de Jaâfar.
En comparant cette situation avec ce qui se passe de nos jours, vous aurez un
pincement au coeur. Nous voyons des cas où c’est l’oncle qui emmène son neveu à
l’orphelinat !
Il était impossible que cela arrive aux enfants de Jaâfar, l’homme qui donnait
l’aumône si souvent qu’il fut surnommé :’Le père des pauvres.’
Force est de constater que la société ne connaîtra ni paix, ni quiétude si elle
n’applique pas cette vertu.
Considérons cette image courante du père qui passe sa vie à travailler pour
rassembler le maximum d’argent et acquérir les biens les plus précieux, pour
assurer l’avenir de ses enfants, dit-il !
Tout ceci parce que ce père a une opinion bien établie de sa société. Il sait
que s’il lui arrivait quelque chose, ses enfants seraient tout de suite jetés à
la rue.
Imaginons que l’altruisme règne dans la société, le père et la mère seraient
tranquilles quant à l’avenir de leurs enfants, car ils savent qu’il y aura
toujours quelqu’un pour prendre soin de leurs enfants et peut être même se
disputera-t-on pour les garder comme il est arrivé dans le cas de Jaâfar que
Dieu l’agrée.
L’Imam Al-Ghazali dit :’ L’altruisme est divisé en trois degrés :
Le premier est que tu considères ton frère comme un serviteur, c'est-à-dire, tu
lui donnes ce dont tu n’as pas besoin.
Le second est que tu le considères comme ton égal, c'est-à-dire que tu partages
avec lui.
Le troisième est que tu mettes ton frère dans un degré supérieur au tien. Cela
veut dire que tu commences par répondre à ses besoins avant de t’occuper de tes
propres exigences. Par exemple, ses enfants ont besoin de vêtements, tu leur
achètes des habits et ce avant de vêtir tes propres enfants.
Ce sont les trois degrés de l’altruisme, chacun peut choisir le degré qu’il veut
atteindre.
Mais le degré le plus élevé de l’altruisme est de refuser de suivre ses
penchants en faveur des ordres de Dieu. Le Prophète (BP sur lui) dit : « Nul
n’est vraiment croyant que lorsque son penchant est conforme à ce que j’ai
apporté »
Rappelez vous, si on vit seulement pour nous-mêmes, nous aurons une vie très
courte. Nous mourrons petits comme nous sommes nés petits, mais si on vit pour
les autres, nous vivrons grands et notre vie se prolongera même après notre mort
pendant des siècles.
Si vous vivez pour les autres, votre satisfaction serait de voir les autres
heureux. Vous connaîtrez un immense bonheur quand vous entendrez quelqu’un prier
pour vous :’Seigneur, satisfais le comme il m’a satisfait.’
Satisfaire les autres est une source de bonheur magnifique et bien plus
supérieure à ce que l’on ressent si on se fait plaisir à soi-même.
Un homme mourant
dit à sa fille :’Ma fille, Je ne crains pas la mort, j’ai beaucoup pris durant
ma vie, je veux dire, j’ai beaucoup donné. En fait, pour le fidèle, il est
difficile de faire la différence, car à chaque fois qu’il donne, il sait qu’il
prend bien plus !’
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