|
Les Bâtisseurs de la vie
Articles parus
dans les magazines
=par Amr Khaled
=
6*Khaldun
Khaldun :
Il me
semblait que c’était un rêve ou bien que j’étais en train de visionner un film
au cinéma et que bientôt je me réveillerais et rentrerais chez moi, au milieu de
mes proches… Puis ce sentiment se dissipa et je redevins conscient de ma propre
réalité…
Vous
étonnerez-vous sans doute, de cette expression, “redevenir conscient de sa
propre réalité” et de ce qu’elle veut bien vouloir dire!
Cela veut dire que
la réalité autour de moi n’est pas animée de vie…
Afin que
vous saisissiez ma situation, approchez un peu, non pour me regarder mais pour
vous rendre compte…Oui, je suis bien ce grand corps inanimé, étendu sur un lit
comme il en existe tant dans tous les hôpitaux… Mon corps est relié à un
appareil de respiration assistée, sans lui il ne peut survivre… Je ne suis pas
dans un service de réanimation… Je suis bien chez moi…et l’état dans lequel je
me trouve n’est pas la conséquence d’un banal accident qui me serait survenu,
par la suite duquel je recouvrirais la santé après quelques jours comme pour la
plupart des malades…Cet état est ma vie… C’est cela le rêve, le film
cinématographique que je comptais quitter mais avec lequel je dois dorénavant
vivre… Voilà, telle est ma condition depuis dix ans mon Dieu… dix ans… siècles
ou instants…jours difficiles et nuits longues et pénibles, mais approchez un peu
plus que je me présente à vous…
Mon nom est
Khaldun1…On dit que le sort d’une personne est en quelque sorte
influencé par son nom…Ma destinée serait-elle de rester à jamais dans une
situation difficilement supportable par le commun des mortels... C’est ce que
j’ai cru pendant un temps mais aujourd’hui j’aime à croire que le destin qui me
rattacherait à mon nom serait de ressembler à Ibn Khaldun; fondateur d’une
attitude de vie nouvelle qui permettrait à une personne non normale de mener une
vie normale et qui deviendrait un exemple à suivre pour les générations futures.
A chaque fois qu’elles s’égareraient, elles se rappelleraient de moi,
reprendraient courage et se remettraient sur le chemin de la réussite.
Dieu m’a
gratifié d’une mère admirable, surpassant en mérite beaucoup d’autres. Elle ne
s’est pas contenté de vêtir ou de nourrir mais elle a élevé, enseigné,
encouragé, exercé, je ne saurais comment la décrire mais elle appartient à une
catégorie peu commune.
Jadis, lorsque
j’étais encore un jeune garçon, que je courrais ou que je tapais des pieds, elle
me suivait de ses yeux emplis de tendresse et d’amour, tour à tour elle
m’apprenait, me suivait, elle me berçait et me guidait. Elle m’a soutenu afin
que je me surpasse dans tous les domaines… Que ce soit dans les études ou le
sport. Ma mère m’a appris que la vie devait être succès et que celui-ci était
une affaire de volonté. Elle m’a aidé à forger ma volonté depuis mon enfance et
je ne l’ai jamais trahi. Je suis devenu ce qu’elle voulait que je sois. Un fils
ayant brillamment réussi.
J’ai eu
mon baccalauréat en 1994 et je me préparais à entrer à l’université avec des
notes me permettant l’entrée en faculté de médecine.
Je préférai
cependant l’ingénierie et l’informatique.
Jeune
homme, je passais beaucoup de temps dans l’effort, le travail, l’astreinte et
méritais donc de prendre un peu de loisir… Un jour d’été, sur la plage de
Taratos, je m’apprêtais à faire une promenade en barque…Ma mère m’a appris à
surmonter les difficultés car les hauts sommets de la réussite méritent que l’on
se donne de la peine… Mais le sort en a décidé autrement. Comment me suis-je
heurté la tête sur quelque chose de dur au fond de l’eau? …Comment me suis-je
réceptionné avec tout le poids de mon corps sur un petit os qui s’est brisé?… Je
n’en sais rien. Tout ce dont je me rappelle, ce sont les gens autour de moi me
portant. Je les entends crier: “à l’hôpital!”… Et d’hôpital en hôpital, et de
médecins syriens en médecins russes.
Que d’appareils et
d’opérations…et.. et… Je ne veux pas être exhaustif.
Ma mère
était à mes côtés, que Dieu lui accorde Sa miséricorde. Il n’est pas de porte à
laquelle elle n’ait frappé ou de voie qu’elle n’ait emprunté pour me soutenir et
aider à ma guérison. Elle n’a pas ménagé d’efforts pour me permettre de tenir
bon et de terminer mes études, jusqu’à ce que son corps s’effondre. Elle décéda,
me confiant à la garde de mon père et de ma soeur, que Dieu les récompense pour
leurs efforts.
Ma condition en
resta là tel que vous me voyez aujourd’hui.
Tétraplégie complète… Je ne peux utiliser ni bras, ni doigts, ni jambes. Une
paralysie du diaphragmme me rend inapte à respirer seul, et donc je vis avec ce
poumon artificiel.
En résumé, je suis
une tête vivante dans un corps dejà mort.
Je
parcours le monde de mes yeux et je communique avec les personnes alentour à
l’aide de mes oreilles et… de ma langue.
La
réalité de ma condition était telle qu’elle aurait du enjoindre une personne
dans mon cas à quitter le chemin de la vie, prendre le bas côté de la route et
rester ainsi terré, en attendant que mort s’ensuive… Dans le meilleur des cas,
elle n’enviera pas les gens dans leur quotidien actif. Bien plus, elle
s’apitoiera sur son sort, se serrera les lèvres en essayant d’accepter son
destin.
Mais je ne suis
pas ainsi.
Oui, ma
mère m’a enseigné que la réussite était question de volonté et ma paralysie
n’avait en rien entamé ma volonté. Dieu m’a fait don d’une famille et d’amis qui
m’ont soutenu. Alors j’ai appris la programmation et les programmes de dessins
animés en trois dimensions.
Vous me
demanderez comment je manie un tel appareil complexe sans doigts ni mains. Je me
sers de ma langue et de mes lèvres… Ne bougent-elles donc pas? C’est vrai, celà
n’a pas été facile et je suis passé par des étapes où j’ai essayé et re-essayé,
ma famille et mes amis m’ aidant à maintenir la souris en place et à la manier
ou encore à la re-fabriquer ou à la re-inventer. Des jours et des mois
interminables! Des allergies contractées aux lèvres à cause du maniement de la
souris et une autre aux yeux avec de nouveau tout leur cortège de médicaments et
de pommades. Cependant, je n’ai jamais perdu espoir et je n’ai jamais abandonné
mes tentatives. Je finis par maintenir une sorte d’écouteurs en place sur ma
tête en guise de harnais enserrant la souris. Je la manie de cette façon. Mais
ce n’est pas tout, ayant l’habitude de faire mon travail consciencieusement,
j’ai fini par maitriser la programmation en C++. Mon travail est tombé entre les
mains du responsable d’un immense projet destiné aux enfants; il m’a testé et
j’ai réussi. J’ai passé les tests et je suis devenu l’un de ses programmateurs.
Je ne chôme
pas.
Je suis
actif et sans cesse à la recherche du progrès et n’ai d’autres alternatives que
le succès.
Pardonnez-moi, si tout les gens se gardent d’utliser le “je”, moi je n’ai
d’autre sujet à évoquer que mon travail et je suis fier de mon succès car il est
tout ce que je possède dans ma vie.
Je
désire, le jour de la Rétribution, rencontrer Dieu en le remerciant pour Ses
Bienfaits, satisfait de ce qu’ll m’a octroyé, de ce qu’Il m’a pris et ce qu’Il
m’a offert et lui dire :”mon Dieu, Tu m’as gratifié d’une langue pour invoquer
Ton souvenir, d’un coeur qui Te remercie et d’un corps patient dans l’adversité.
Voici ma modeste contribution avec ce que Tu m’as accordé comme faveurs. Oui je
souhaite que mon travail soit remarquable afin de mériter le contentement de
Dieu et Sa grâce. Il me semble avoir presque atteint mon objectif et je vous
attends tous –pour ceux qui m’ont précédés et ceux qui me suivront – sur les
sommets de la réussite.
1
.Ancien nom arabe dont la racine “khā’”, “lām”, “dāl” signifie éternité ou
immortalité.
AmrKhaled.net ©
جميع حقوق النشر محفوظة
Cet article peut être publié ou copié sous une forme inchangée pour des usages
privés ou personnels, à condition de mentionner sa source d'origine. Tout autre
usage de cet article sans une autorisation écrite préalable de la part de
l'Administration du site est strictement interdit. Pour plus d’informations :
dar_altarjama@amrkhaled.net
|