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Invitation à la Coexistence
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Episode : 20
Au nom d’Allah le
Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; louanges à Allah, Seigneur de
l’Univers, et que la bénédiction d’Allah soit accordée à notre maître, le
Messager d’Allah.
Nous continuons
aujourd’hui avec la biographie de l’Imam ibn Hanbal et, à travers elle, nous
nous concentrerons spécialement sur la coexistence qui régnait entre les quatre
écoles de Fiqh (jurisprudence islamique). Nous avons avec nous Dr Sa‘d ben Matar
Al-‘Atîdi. Il est professeur à l’université Mohammed ibn Saoud en Arabie
saoudite et spécialiste du Fiqh (jurisprudence) hanbalite puisque le plus grand
nombre d’adeptes de cette école se trouve dans ce pays. Docteur, je vous
souhaite la bienvenue parmi nous et j’aimerais pour commencer savoir pourquoi
l’école du Fiqh hanbalite est la plus suivie dans les pays du Golfe et
particulièrement en Arabie saoudite.
Dr S.A.
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Le Fiqh de l’Imam ibn Hanbal qui a toujours eu des adeptes un peu
partout s’est trouvé implanté vigoureusement en Arabie saoudite avec la venue de
la dynastie Séoud et de l’Imam Mohammed ibn ‘Abdel Wahab. Au fil du temps, les
dirigeants des pays musulmans adoptaient les idées d’une école ou d’une autre
et, naturellement, les citoyens suivaient. Nous savons par exemple que le Fiqh
hanafite dominait au temps des Abbassides et que le Fiqh malékite est le plus
répandu de nos jours au nord de l’Afrique. Mais, il faut noter que les questions
de la foi sont reconnues et approuvées à l’unanimité par toutes les écoles de
jurisprudence qui ne les traitent pas et s’occupent uniquement de ce qui a
rapport au droit. Et, si dans le même pays un problème de jurisprudence peut
être résolu indifféremment selon l’avis de l’une ou l’autre, les lois juridiques
du pays doivent se conformer à une seule. Le Fiqh de cette école est adopté
officiellement et se trouve par conséquent inclus dans les programmes d’étude.
A.K.
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Nous avons l’impression qu’en Arabie saoudite aucun autre Fiqh à
part celui de l’Imam Ibn Hanbal n’est admis.
Dr S.A.
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Pas du tout puisque aucun savant ne l’a jamais affirmé. Ce ne
sont que des attaques partiales. Au temps des quatre grands Imams, les choses se
passaient avec beaucoup de souplesse. C’est plus tard avec leurs successeurs que
les discordes au sujet de questions secondaires furent soulevées. Ces derniers
ont contredit le Coran et la Sunna (tradition du Prophète (BP sur lui)) et en
même temps leurs Imams qui certifiaient que le Fiqh doit être conforme à ces
deux sources.
A.K.
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J’aimerais démontrer la majesté du Fiqh islamique.
Dr S.A.
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Cheikh Chaltoute a dit de très belles paroles à ce sujet dans son
livre “Al-Islam ‘Aqîda wa Charî‘a”. Les savants se sont abreuvés du Coran et de
la Sunna et par la suite, avec leurs acquisitions, ils ont enrichi le Fiqh de
théories et de solutions pratiques. Ils ne soulevaient pas la question de la foi
puisque tous avaient la même croyance mais on peut dire qu’ils ont instauré le
droit islamique.
A.K.
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Les Occidentaux pensent que le Fiqh de l’école hanbalite est la
cause du retard des Musulmans surtout en Arabie Saoudite.
Dr S.A.
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Pour réfuter cette accusation, je ne donnerai pas des preuves
apportées par des savants musulmans. Dans son livre intitulé ‘L’esprit de la
politique mondiale’ William Ernest Hocking,
professeur de philosophie à l’université Harvard, dit : “Le développement des
pays musulmans ne peut avoir lieu avec l’adoption de la théorie qui prétend que
la religion n’a rien à faire avec la vie pratique de tous les jours ou
l’adoption de systèmes politiques. Certains se demandent si l’Islam peut être la
source de nouvelles idées et de jugements adaptés à la vie moderne. La réponse
est que l’Islam comporte toutes les possibilités du développement et tolère
beaucoup d’autres droits. La difficulté ne vient pas de son manque de moyens
mais de la négligence des gens à les utiliser. Je pense que j’ai raison lorsque
je sens que la charî‘a musulmane comprend en abondance les principes nécessaires
au développement.” Également le doyen de la faculté de droit à l’université de
Vienne a dit dans un congrès : “L’humanité doit être fière d’avoir compté parmi
elle un homme comme Mohammed. Bien qu’il ne savait ni lire ni écrire, il est
venu il y a dix siècles avec un droit auquel, nous les Européens, seront heureux
de parvenir mille ans plus tard.” Si on laisse de côté les raisons politiques et
le tapage des média, il ne peut pas y avoir plus grande admiration envers le
Fiqh islamique.
A.K.
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Dans un congrès de droit à Vienne, un savant suisse a présenté
dans une thèse que Mohammed Al-Hassan
Ach-Chaybâni, élève de Abou Hanifa, fut le premier à avoir traité le sujet du
droit international. Comme Abou Hanifa et ses élèves essayaient de trouver des
solutions à tous les problèmes futurs, ils s’étaient mis à penser aux relations
futures des nations entre elles. Le professeur suisse a dit également que
l’Occident s’est inspiré des écrits de Mohammed Al-Hassan pour écrire le droit
international lors de la fondation des Nations-Unies. Dr Sa‘d, quelles ont été
les limites des écoles du Fiqh, où est-ce qu’elles se sont arrêtées ?
Dr S.A.
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On ne peut dissocier cette question du sujet de la coexistence.
Il faut savoir que pour l’essentiel qui est la croyance, nous avons un espace
commun très vaste qui nous suffirait pour coexister ensemble en paix. Les
contradictions n’apparaissent dans les différentes écoles du Fiqh qu’au sujet de
questions de la vie pratique.
A.K.
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Mais s’il en est ainsi, pourquoi les gens se comptent-ils d’une
école ou d’une autre ? Parfois je vais demander à un cheikh ce que je dois faire
dans une certaine situation et il me donne par exemple son avis d’après l’Imam
Ahmed. Mais lorsque je pose la même question à un autre, il me donne une autre
réponse d’après une autre école. Est-ce que pour répondre à ma question chacun
d’entre eux devrait exposer les avis de toutes les écoles et désigner ensuite
lequel il préfère ?
Dr S.A.
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Ce point est très important. L’Imam Ach-Chafî‘i dans son livre
‘Al-Umm (La Source)’ traite du différend dans le Fiqh. Il expose les opinions et
les discute. S’il pensait que la sienne était la seule judicieuse, il n’aurait
pas discuté ou exposé les autres. Il nous a appris cette méthode de recherche
des preuves et de la vérité. Docteur ‘Abdel Wahhab Solaïman ‘Awad de
l’université Umm Al-Qoura en Arabie saoudite a dit que Ach-Chafî‘i est
l’inventeur du Fiqh comparé. Effectivement, cette opinion est justifiée à la
lecture du livre. En répondant aux questions de Fiqh et après avoir terminé,
cheikh Ben Baaz disait : “Cet avis est le plus répandu parmi les Imams du Fiqh.”
Dans le temps, lorsqu’il faisait cela, je n’en comprenais pas l’importance mais
aujourd’hui avec l’apparition des chaînes satellites je pense que cela est
nécessaire. Lorsque le savant répond ainsi, il fait savoir qu’il connaît l’autre
opinion et que, après avoir examiné toutes les preuves, il est parvenu à cette
conclusion.
A.K.
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Puisque nous parlons aujourd’hui de coexistence, nous pouvons
dire que nous sommes parvenus à trois points importants. Premièrement, il n’y a
pas de discorde au sujet de la croyance ni des devoirs obligatoires mais
seulement au sujet de petites questions secondaires. Deuxièmement nous adressons
un message aux cheikhs et à tous ceux qui traitent de sujets religieux sur les
chaînes satellites et l’Internet et nous leur disons de prendre beaucoup de soin
à suivre l’exemple de cheikh Ben Baaz. Troisièmement je dis aux gens qu’ils
doivent accepter la différence d’opinion des autres. Je sais par exemple que
pour un même problème de Fiqh l’Imam Ibn Hanbal a donné diverses réponses. De
plus, la personne doit rechercher le cheikh le plus connu pour sa science et sa
crainte d’Allah et suivre ses instructions sans rechercher toujours l’avis le
moins contraignant. Je dois rechercher avec sincérité la solution de mon
problème qui me garantit l‘agrément d’Allah.
Dr S.A.
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L’Imam AL-‘Iz ibn ‘Abd Issalam dit à ce sujet de très belles
paroles qui ont été confirmées par son élève Al-Khirâqi :“Il est prohibé au
savant de prononcer une Fatwa (opinion jurisprudentielle) s’il n’est pas bien
informé des circonstances et du lieu.
A.K.
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Que peut-on dire des circonstances où l’Imam ibn Hanbal a grandi.
Dr S.A.
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L’Imam ibn Hanbal a grandi dans des circonstances difficiles,
dans une famille respectable du nom de Ach-Chaïbâne. Sa mère, Safiya, était de
la même famille et son père et son grand-père étaient des commandants dans
l’armée. Ils étaient d’un certain rang social mais lui-même n'accordait pas
dl’importance à ces questions. Il avait un oncle officier de renseignement qui,
dans la jeunesse de Ibn Hanbal, lui avait donné un jour des papiers à remettre à
quelqu’un. Lorsqu’il lui demanda ensuite s’il avait bien accompli sa mission, le
jeune garçon lui répondit qu’il avait jeté les papiers parce qu’il ne voulait
pas aider à une injustice. Il semble qu’il n’était pas sûr de la probité du
rapport. Il a vécu les victoires islamiques et l’essor scientifique et
artistique du temps de Haroun Ar-Rachîd. Il a étudié le Fiqh de l’Imam Abou
Hanifa et a suivi les cours de l’Imam Ach-Chafî‘i.
A.K.
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On peut dire alors que son horizon était très vaste parce qu’il a
vécu dans une nation ouverte sur le monde et a étudié les enseignements des
écoles du Fiqh avec un esprit ouvert. Nous aimerions savoir comment il se
comportait face à une opinion différente de la sienne. Personnellement, je n’ai
vu dans ses écrits aucun mot négatif envers les autres Imams du Fiqh.
Dr S.A.
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Effectivement, l’Imam Ibn Hanbal n’a jamais sévi envers personne
à moins de le voir contredire le Coran et la Sunna et négliger leur preuve
évidente. En même temps, il n’attaquait pas cette personne directement mais
mettait la preuve en évidence. Son but était d’éduquer et non de critiquer.
A.K.
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Et qu’est-ce que les autres ont dit de lui ?
Dr S.A.
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L’Imam Ach-Chafî‘i, son maître, dit de lui : “J’ai quitté Bagdad
et je n’y ai laissé personne de plus savant, de plus pieux et de plus ascétique
que l’Imam ibn Hanbal.” Il lui a dit : “Si vous trouvez un hadith authentique,
faites-le moi connaître qu’il soit iraquien, syrien, yéménite ou n’importe quoi
d’autre.” Son maître disait de lui : “Les gens veulent que nous soyons comme
l’Imam Ahmed ibn Hanbal, par Allah, nous ne pouvons parvenir à ce rang.” Moç‘ab
Az-Zoubayri disait également : “Qui peut être aussi pieux que Ahmed et craindre
Allah autant que lui. Il refuse les récompenses des califes au point de penser
que c’est de l’orgueil et se met aux niveaux des démunis au point de penser que
c’est de l’humilité. Il ne fréquente pas les gens et on ne le voit que visitant
un malade, priant à la mosquée ou assistant à des funérailles. Ill n’est pas
aussi attaché à la vie que nous.” Abou Zar‘a dit : “ Je n’ai jamais vu quelqu’un
de meilleur que Ibn Hanbal du point de vue science, connaissances, Fiqh,
ascétisme et tout bien possible.” Al-Hâfidh Adh-Dhahabi dit de lui :“ Il est le
savant et l’ascétique du siècle, le meilleur rapporteur de hadith, le Moufti de
l’Iraq, l’expert dans la Sunna et il est rare de trouver son pareil. Il est une
sommité dans la science et la pratique, intelligent, perspicace, d’une grande
sincérité et possède un cerveau pondéré. Il craint Allah et ma langue n’est pas
digne de le mentionner.” Il était très souple dans son jugement des autres.
A.K.
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Mais d’où alors est venue cette idée que le Fiqh de l’Imam Ibn
Hanbal est le plus rigide ?
Dr S.A.
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Il est connu à l’unanimité que le Fiqh de l’Imam Ibn Hanbal est
des plus souples au sujet des transactions. Hassan Ach-Chazli
dit à ce sujet : “Le Fiqh d’Ibn Hanbal est des moins rigides en ce qui
concerne les clauses des contrats.” Ses principes sont largement utilisés de nos
jours dans les banques islamiques. Je vais donner un exemple au sujet du salut
avec la main entre l’homme et la femme qui, d’après certains Imams, annule les
ablutions. L’Imam Ibn Hanbal n’est pas de cet avis. Ces opinions rigides avaient
été prononcées par les successeurs des grands Imams et, Ibn ‘Abdîne dit : “La
théorie qui ne peut être trouvée chez les quatre grands Imams doit être réfutée
parce que nous ne pouvons prendre notre Fiqh du commun des gens.” Certaines
personnes avaient instauré des règles dues au milieu où elles vivaient et, avec
le temps, d’autres venaient s’y ajouter. Mais plus on s’éloigne dans le temps,
plus le Fiqh islamique apparaît plus souple. Ibn ‘Iz, Ibn Taymiya, et Al-Khirâqi
ont exprimé cette vérité.
A.K.
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Est-ce que nous pouvons dire que de nos jours, nous sommes plus
rigides du point de vue Fiqh que lors des premiers temps de l’Islam ?
Dr S.A.
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Les anciennes écoles sont toujours présentes. Nous devons
comparer au Coran et à la Sunna ce qu'elles nous disent et rien ne nous oblige à
les suivre. Le problème vient de ceux qui tiennent fermement à une certaine
opinion sans vouloir en démordre tout en sachant qu'elle contredit les preuves.
Adh-Dhahabi a dit que l’union de la Umma est plus importante que la conservation
de quelques paroles qui la désunit. De nos jours nous avons les académies de
Fiqh qui donnent un nouvel essor à la jurisprudence et la rapprochent plus du
Coran et de la Sunna. Elles montrent le vrai visage de l’Islam. Personnellement,
j’ai beaucoup d’espoir.
A.K.
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C’est une bonne conclusion pour notre invitation à l’existence et
nous disons aux jeunes gens, aux femmes et aux hommes, de faire en sorte de
réaliser cet espoir en donnant plus d’amour et de relations amicales. Nous
devons nous unir pour ne pas nous laisser diviser en semant la désunion et nous
perdre en nous disputant sur des questions de peu d’importance. Autrement, nous
serons perdus avec notre Umma.
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