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Invitation à la Coexistence
Episode : 4
Au nom d’Allah le
Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; louanges à Allah, Seigneur de
l’Univers, et que la bénédiction d’Allah soit accordée à notre maître, le
Messager d’Allah.
Nous rappelons que
l'objectif de cette émission est de montrer comment les membres de la famille,
et plus amplement ceux de toute la société peuvent vivre ensemble, comment nous
pouvons surmonter nos différends et nous comprendre, et comment créer un espace
de dialogue avec tout notre entourage.
L'épisode
d'aujourd'hui parle, non plus de la vie de Abou Hanifa, mais de son œuvre, étant
donné qu'il fut le fondateur de la plus grande et de la plus importante école de
jurisprudence islamique dans l'histoire de l'Islam. Le Prophète (Bénédictions et
Paix sur lui) est décédé laissant aux musulmans le Coran et la Sunna qui
devaient leur servir de source pour résoudre leurs problèmes. Mais comment ?
La réponse à
cette question est du ressort même de la jurisprudence islamique (le Fiqh)
qui désigne la voie par laquelle on déduit du Coran et de la Sunna les solutions
aux problèmes quotidiens. C'est le sens contenu dans le mot Madhhab
(école de jurisprudence) qui veut dire « voie » et vient du verbe dhahaba=
aller d'un endroit à un autre. C'est le travail des quatre grands jurisconsultes
dont le précurseur est Abou Hanifa qui a instauré cette science en l'an 80 de
l'hégire.
Abou Hanifa
est aussi considéré comme faisant partie de la seconde génération des
compagnons, étant donné qu'il a vécu au temps de Anas ibn Malik, le compagnon du
Prophète (BP sur lui). Il fut aussi le premier à rédiger la loi islamique, le
premier à instaurer l'idée de la rédaction de la science en Islam, même s'il n'a
pas lui-même écrit de livre, le premier étant « al-Mowata' » de l'imam Malik. Il
a en outre divisé la jurisprudence islamique en chapitres (chapitre du commerce,
des échanges, etc…) qui existent jusqu'à nos jours, et a émis des idées que ses
disciples ont enregistrées dans des livres.
Comment
a-t-il procédé ?
-
Etude des
besoins de la société :
La grandeur
de Abou Hanifa réside dans l'étude qu'il a faite des besoins de la société.
C'est là un point capital dans la coexistence. Il s'agit pour chacun d'apprendre
à construire un espace commun avec son entourage en essayant de répondre à ses
besoins. C'est un pas vers la réussite dans la vie terrestre et l'au-delà. En
fait, on définit le millionnaire comme étant la personne qui a su déterminer les
besoins de la société et y pourvoir le premier.
A l'époque de Abou
Hanifa, il y avait deux régions importantes : l'Iraq et le Hidjaz.
L'Iraq était
considéré comme une grande ville internationale, la capitale du monde, à
l'instar de Londres et de Washington actuellement. On y trouvait tous les
aspects de la vie en pleine évolution : développement économique, richesse
énorme, effusion de nouvelles idées, de nouvelles inventions, affluence de
nouveaux convertis à l'Islam des quatre coins du monde. On estime que la
population de Bagdad à cette époque atteignait environ deux millions
d'habitants.
D'autre part,
la traduction des autres langues et des autres cultures vers l'arabe était en
pleine effervescence. Nous pourrions dire qu'il s'agit d'une attaque culturelle
sur l'Islam.
Dans le
Hidjaz, la situation était différente. Il n'y avait aucune évolution et donc les
savants du Hidjaz ont vu qu'en matière de jurisprudence islamique, il fallait
suivre les hadiths, ou la tradition prophétique telle qu'elle était.
Quant à Abou
Hanifa qui vivait en Iraq et qui voyait que les conditions changent dans chaque
pays, il prônait de recourir, après le Coran et la Sunna, à l'ijtihad ou
l'interprétation des jurisconsultes, et à El Qiyas, ou la comparaison à
une situation similaire. C'est pourquoi son école fut nommée l'école de l'avis.
La méthode de
Abou Hanifa consistait à chercher d'abord dans le Coran et la Sunna, une
solution au problème qui lui était soumis. S'il ne réussissait pas, il avait
recours aux avis des quatre califes Abou Bakr, `Omar, `Uthman et `Ali, et s'il
ne trouvait pas, il avait recours à l'interprétation puis à l'analogie.
Il est à
noter qu'il fut sévèrement critiqué par l'école du Hidjaz qui l'a accusé de
folie et de débauche. Mais Abou Hanifa était convaincu qu'en Iraq, il y avait
une énorme évolution qui n'existait pas au Hidjaz et grâce à laquelle la
jurisprudence islamique devrait évoluer. Sinon, un fossé risquait de se creuser
entre la religion et les gens qui pouvaient s'en séparer sous prétexte que la
religion ne répond pas à leurs besoins.
Il partait de
l'idée que le Coran et la Sunna sont valables pour tout temps et tout lieu et
que les versets du Coran et les hadiths du Prophète (BP sur lui) sont en
nombre limité, alors que les besoins de la société sont illimités. C'est ainsi
qu'il faut réfléchir pour aboutir à des solutions efficaces pour les problèmes
de la société.
Malgré les
âpres critiques auxquelles il a été exposé de la part de personnes qui ne le
connaissaient pas, il a tenu à sa démarche. En effet, les gens ont toujours
tendance à se juger avant de se connaître, de se rencontrer, ou de discuter. La
coexistence consiste avant tout à discuter avec l'autre, à l'écouter.
-
Instauration
de la jurisprudence prévisionnelle :
Abou Hanifa
ne s'est pas contenté d'examiner les besoins de la société, mais il est allé
jusqu'à prévoir des situations qui n'existaient pas et essayer d'y chercher des
solutions. Il a réfléchi à environ 20 000 situations, devançant ainsi tous les
autres domaines. Il fut ainsi le premier à parler de la traduction du Coran en
d'autres langues suscitant un tollé. Il a parlé aussi de l'économie et de la
population. Les califes profitaient de sa démarche pour mieux gérer les affaires
du pays.
-
Travail en
équipe :
Abou Hanifa
fut le premier à créer une académie scientifique de jurisprudence qui réunissait
40 experts dans tous les domaines, lesquels discutaient entre eux avant de
trancher sur les différentes situations qui leur étaient soumises. Abou Hanifa
n'émettait jamais un avis seul et encourageait le travail d’équipe.
-
Liberté
d'expression :
Abou Hanifa
n'a jamais imposé son avis, mais adoptait toujours celui de la majorité.
Plusieurs avis s'opposant aux siens lui sont pourtant attribués parce qu'ils
étaient ceux de la majorité.
Abou Hanifa a
fait de la jurisprudence islamique un exemple pour toutes les autres sciences.
Il a préparé le chemin à une renaissance scientifique. Avec
Ach-Châfi'î,
il a mis les bases de la déduction qui a profité aux savants de l'Occident, ce
qui fait qu'il est à la base de la renaissance européenne.
La religion
est à l’origine de l’essor de toutes les autres sciences, par opposition au
modèle européen qui, pour réussir, a mis de côté la religion qui s'opposait à la
science.
L’école
scientifique de Abou Hanifa
Au premier
rang étaient présents les 40 experts dans les différents domaines. A droite de
Abou Hanifa était assis Abou Youssef (il sera plus tard le grand juge de l'Etat
islamique), et à sa gauche, Mohammad ibn Al Hassan. Tous deux avaient pour
mission de rédiger un résumé du débat en cours et à la fin d'écrire l'avis
auquel cette petite académie était parvenue.
S'ils avaient
à trancher dans un domaine qui n'avait pas de représentant parmi le groupe, ils
faisaient venir un expert du domaine ou envoyaient en mission un membre du
groupe qui devait étudier auprès d'un spécialiste, les spécificités du domaine
afin d'émettre un avis judicieux.
Nous avons là
le modèle d'une école scientifique, d'une équipe de recherche qui travaillait
selon une méthode de pensée bien précise. Le conformisme du Hidjaz et le
futurisme de l'Iraq se complétaient pour servir l'Islam. La richesse est dans la
diversité.
Des scènes
de la classe de Abou Hanifa
Les cours de
Abou Hanifa ont commencé en l'an 22 de l'hégire et ont duré 30 ans jusqu'à l'an
55 de l'hégire. C'était une conférence permanente qui commençait après la prière
du Maghrib et durait jusqu'à après le `Icha'.
Le cours commençait
par une proposition d'un sujet de débat : « Quel sera l'avis de l'Islam sur …? »
Celui qui avait une suggestion levait la main, et ainsi de suite, chacun parlait
à tour de rôle ; tout le monde discutait jusqu'à arriver à l'avis final qui
était noté par les deux disciples de Abou Hanifa, suivi des raisons de
l'adoption de cet avis.
En cas d'opposition
entre les avis, Abou Hanifa proposait à chacun d'adopter l'avis de l'autre et
d'essayer de le défendre, ce qui menait à une plus grande flexibilité.
Au
pèlerinage, Abou Hanifa rencontrait les savants du Hidjaz, discutait avec eux,
modifiait son avis en cas de nécessité, mais après l'approbation de tout le
groupe.
Cette
ambiance agréable d'échanges riches, de liberté d'expression, a duré 30 ans.
C'est une leçon à apprendre aux enseignants, aux politologues…etc.
Les cours de
Abou Hanifa menaient parfois à des avis pertinents et des suggestions efficaces
dans la bonne gestion du pays, comme par exemple, le fait de charger une
personne de veiller à ne pas polluer l'Euphrate et le Tigre, mesure qui fut
prise suite à une discussion sur la légalité ou non de la pollution du fleuve.
Parfois
aussi, ils modifiaient leur fatwa comme par exemple ce qui s'est passé lorsque
l'école de Abou Hanifa a autorisé la lecture de la Fatiha dans une langue
étrangère au cours de la prière par des non-arabophones. Les savants du Hidjaz
ont fait remarquer à Abou Hanifa que la langue arabe du Coran pouvait ainsi se
perdre, alors il a soumis le sujet encore une fois à la discussion et a modifié
la fatwa en autorisant à un non-arabophone de lire la Fatiha dans sa langue
jusqu'à ce qu'il apprenne l'arabe. S'il ne l'apprend pas, il sera donc fautif,
et s'il l'apprend et continue à lire la Fatiha dans sa langue, sa prière n'est
pas correcte.
Parfois
aussi, le cours se présentait sous forme de devinette pour rompre avec la
complexité des grands sujets. Parfois aussi, un incident survenu à Koufa faisait
l'objet du cours.
Conclusion
Le nom de
Abou Hanifa est éternel en raison du modèle de coexistence qu'il a donné à
l'Humanité à travers son étude des besoins de la société et sa création d'une
école de discussion qui pourrait bien être la première au monde.
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