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Sur les pas du bien-aimé Mohammed (BP sur lui)
Episode 18 : La bataille de Badr
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Introduction :
A
Son arrivée à Médine, le Messager (BP sur lui) s’occupa en premier lieu des
nombreuses difficultés sociales. Les émigrés étaient venus sans leurs familles
et leurs biens. Alors qu’ils vivaient du commerce à la Mecque ils se
retrouvèrent dans un pays dont la principale ressource était l’agriculture et où
le climat leur était étranger. La plupart était dans une mauvaise situation
financière et le Messager (BP sur lui) gardait près de lui les plus démunis sur
une estrade aau fond de la mosquée. Ils s’y tenaient tout le temps et furent
ainsi connus sous le nom de Ahl As-Souffa (les gens de la banquette).
Il
y avait de la concurrence entre les Aws et les Khazradj qui se guettaient.
Chaque tribu recherchait la suprématie et il y avait encore parmi eux un certain
nombre de mécréants.
Les
Juifs de Médine formaient une forte communauté qui dominait le commerce des
grains, des vins et du tissu. Ils étaient propriétaires de presque tous les
puits de la ville. Etant des gens du Livre, ils éprouvaient pour les Arabes un
grand mépris qui se transforma en haine à l’annonce de la venue d’un prophète
parmi ces derniers. Ils avaient toujours pensé que le dernier messager serait
juif.
A
tous ces groupes disparates, s’ajoutaient les hypocrites qui n’avaient embrassé
l’Islam que par intérêt personnel.
Pour remédier à la situation intérieure, le Prophète (BP sur lui) fit trois
choses. En premier lieu, il construisit la mosquée, non seulement pour en faire
un lieu de culte mais un creuset où la société et les cœurs devaient fusionner.
Deuxièmement, il tissa la fraternité entre les Mouhâdjirîne et les Ançâr. Chacun
de ces derniers devait prendre un Mouhâdjir chez lui et subvenir à ses besoins
matériels. Le problème de l’habitat fut ainsi résolu et la société devint plus
unie.
Ensuite, pour définir la situation des Juifs et la relation avec eux, une
constitution qui précisait les droits et les devoirs de tous les citoyens, eux
compris, fut instaurée.
La vie à Médine :
L’amour du bien commença à se développer dans la société et les personnes de
nature positive s’activèrent. Je vous en donne un exemple économique et un autre
de l’amour du bien.
Une
nuit, un des Mohâdjirine pauvres n’arrivait pas à dormir, tenaillé par la faim.
Le Messager (BP sur lui) demanda qui pouvait le faire dîner. Un homme des Ancâr
s’engagea et le prit chez lui. Il était lui-même pauvre et avait cette nuit
juste ce qui pouvait suffire à ses enfants. Il demanda à sa femme de coucher les
petits sans dîner, d’éteindre la lampe en faisant semblant de l’arranger et
d’apporter le peu de nourriture qu’ils avaient. Il se mit ensuite d’accord avec
elle pour faire semblant de manger parce que la nourriture suffisait à peine à
une personne. Ils firent cela en secret pour mériter la rétribution d’Allah.
Leur histoire et un verset à ce sujet furent révélés au Messager (BP sur lui)
qui leur dit au matin : “Allah est satisfait de votre action.” Il leur récita le
verset – qui peut être traduit par - : “
…à
ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment
ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour
ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s'il y
a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont
ceux qui réussissent. " (TSC[i],
Al-Hachr (L'EXODE) : 9). Ils avaient désiré le faire dans le secret
et Allah voulut le divulguer pour donner leur exemple et faire accroître le bien
dans la société qui en avait besoin.
Un
autre exemple fut celui de ‘Othmâne ibn ‘Affân qui acheta un puits nommé “Roma”
pour l’offrir aux Musulmans de Médine.
Remarquez-vous que l’Islam n’était pas venu pour ordonner uniquement aux gens le
jeûne et la prière mais également l’édification de la société. Le Messager
encourageait l’économie et les commerçants. A ce propos, un groupe de
soixante-dix jeunes hommes s’unirent pour apprendre à Ahl As-Souffa des petits
métiers au moyen desquels ils devaient améliorer leur situation matérielle. Ils
les entraînaient à ces artisanats le matin et leur apprenaient le Coran le soir.
Ces soixante-dix jeunes hommes, appelés les “Récitateurs” parce qu’ils
apprenaient le Coran aux gens, reçurent tous le même jour l’honneur du martyre,
parce qu’ils s’étaient dévoués pour leur société. Il faut considérer ce point de
vue de l’Islam qui apprécie tous ceux qui font du bien aux autres autant que les
martyrs. Il ne s’agit pas seulement de prendre soin des orphelins et des
mosquées, tout effort fourni pour le bien de la société est méritoire.
Pendant cette période, les devoirs cultuels furent révélés et la prière qui
comprenait à tous les moments juste deux Rak‘at (prosternation) prit son aspect
actuel. Ces révélations venaient au moment opportun parce que les gens avaient
besoin d’une énorme énergie spirituelle pour accomplir ce renouveau. Le jeûne,
le hidjâb, la zakât et tous les autres devoirs ne furent ordonnés qu’à la
seconde année de la Hidjra. Dans notre religion toute chose vient au moment
opportun pour la société…
Egalement en cette période, des innovations commençaient à poindre, telle le
Mimbar (chaire). Ce fut l’idée d’une femme qui avait suggéré au Messager (BP sur
lui) de lui en faire un pour le rendre visible à tout le monde durant ses
sermons. Ce qui est, de notre temps, une des théories médiatiques importantes
pour intensifier la communication. Le Adhân (appel à la prière) fut également
trouvé par un homme appelé ‘Abdillâh ibn Zaïd qui s’étant endormi soucieux de
trouver un moyen d’appeler les Musulmans à la prière comme le voulait le
Messager, il fit un rêve où quelqu’un lui récitait la formule utilisée jusqu’à
nos jours.
Cette nouvelle société très pauvre supportait ses peines en prenant comme
exemple le Messager d’Allah (BP sur lui). Un jour un de ses compagnons vint se
plaindre à lui de la faim et lui montra comment il avait attaché une pierre sur
son estomac pour l’apaiser. A sa surprise le Prophète (BP sur lui) souleva ses
habits et lui montra qu’il avait deux pierres et non une. ‘Â’icha disait qu’un
mois après l’autre passait sans que le feu ne soit allumé (pour cuisiner) dans
le foyer du Messager (BP sur lui). Elle disait qu’il se nourrissait-il d’eau et
de dattes. En visitant Médine, nous remarquons comment les maisons de sa famille
étaient petites et simples malgré qu’il y eut en ces temps des habitations
luxueuses. Il savait qu’il devait donner l’exemple. Une fois, une femme lui
tissa une cape en laine et la lui offrit par un jour très froid. Le Prophète (BP
sur lui) heureux, la porta pour la Salat du Fadjr (aube). Après la fin de la
prière, un homme se leva et la lui demanda. Sans hésiter le Messager l’enleva et
la mit lui-même sur ses épaules.
La situation extérieure :
La
situation extérieure n’était pas moins difficile. Si la bataille entre la vérité
et les intérêts personnels s’était terminée à la Mecque par le départ de la
vérité, elle n’était pas finie pour autant. Nous allons mentionner les luttes et
nous n’avons pas honte de notre histoire parce qu’elle est honorable. Vu la
situation mondiale où nous nous trouvons aujourd’hui, nous n’avons pas honte des
versets et des hadiths qui parlent de lutte. Nous allons étudier les causes de
ces combats. Les premières paroles du Messager (BP sur lui) à Médine furent
“Répandez le salut” parce que notre religion est celle du salut dans le sens de
paix. Pourquoi alors toutes ces batailles ? Il ne les a jamais voulues et le
nombre de tous les Musulmans, morts dans les dix-sept batailles, qui n’a pas
dépassé quatre cents personnes en est la preuve. Il aurait pu s’il l’avait voulu
les rendre sanglantes mais il n’a fait la guerre que pour pouvoir communiquer le
Message.
Nous devons nous rappeler que depuis le premier jour le Prophète (BP sur lui)
disait à Qoraïche : “Ne vous interposez pas entre les gens et moi, laissez-moi
leur parler.” Il était sorti de la Mecque mais le problème n’était pas résolu
parce qu’il devait toujours communiquer son Message. Il n’était pas parti pour
en finir et mener une autre vie et Qoraïche continuait à lui faire obstacle. Les
autres tribus également n’osaient pas se rapprocher de lui pour ne pas fâcher
Qoraïche. Mais le Messager (BP sur lui) avait décidé de communiquer son Message
coûte que coûte même s’il devait mourir. Les qoraychites comprenaient que le
Prophète (BP sur lui) ne voulait que communiquer son Message aux gens. L’un
d’entre eux, ‘Otba ibn Rabî‘a‘, dit à ses confrères au jour de la bataille de
Badr : “Retournons et laissons le champ libre entre Mohammed et les gens. S’il
échoue, vous serez débarrassés de lui et s’il réussit cela sera un honneur de
plus pour vous.” Abou Djahl lui répondit : “Lâche ! Abandonnerons-nous nos
intérêts, notre argent, nos idoles et notre commerce avec les Arabes ?” Ainsi la
Hidjra avait résolu le problème de la sécurité du Prophète (BP sur lui) mais pas
le problème essentiel qui était le refus de Qoraïche de le laisser communiquer
son Message.
Qoraïche l’empêchait de poursuivre sa mission et de plus elle avait mis la main
sur tous les biens que les Mouhâdjirînes avaient abandonnés à la Mecque. Est-ce
que le Messager (BP sur lui) pouvait négliger tous les droits de tous ces gens ?
Il devait défendre la vérité et la justice. S’il ne l’a pas fait à la Mecque
c’est parce qu’il était citoyen de cette ville et il avait des devoirs envers la
société à laquelle il ne pouvait nuire. Si un ennemi étranger me veut du mal à
moi ou à mon pays, je lui fais franchement la guerre, mais pas à ma propre
société. Maintenant qu’ils étaient deux entités différentes, il pouvait les
combattre.
C’est pour toutes ces raisons que le Messager commença sa lutte contre Qoraïche
qui d’ailleurs s’apprêtait à attaquer Médine. Les Musulmans d’aujourd’hui
essayent de trouver des excuses aux batailles du Prophète (BP sur lui) mais il
n’y a pas de quoi avoir honte. Il avait un message à communiquer et il voulait
établir la justice et la vérité.
Pendant que le Messager commençait ses apprêts, l’ordre de changer la direction
de la Qibla (direction prise durant la prière) fut révélé. Pourquoi est-ce
qu’Allah voulut la changer de Jérusalem vers la Ka‘ba ? Pour leur faire
remarquer qu’il fallait avoir un œil sur la Mecque. Cette dernière abritait la
plus prestigieuse des communautés arabes et si le problème était résolu avec
elle, il le serait avec toutes les autres. Ainsi, le changement de la Qibla
était stratégique en même temps que religieux.
Depuis son premier jour à Médine le Messager (BP sur lui) savait qu’il y aurait
des guerres contre Qoraïche. Pour commencer, il fit une sorte de sondage et
voulut savoir le nombre des Musulmans à Médine qui étaient capables de porter
les armes et de ceux qui savaient lire et écrire. Ensuite, il instaura un
service de renseignements composé de très jeunes hommes qui se déplaçaient en
petits groupes dirigés par Talha ibn ‘Obaïd Allah, Sa‘d ibn Zaïd (le mari de
Fatima bint Al-Khattâb sœur de ‘Omar) et un autre Compagnon qui, tous deux,
reçurent l’annonce qu’ils entreraient au Paradis. Ils devaient étudier toutes
choses sur la route entre la Mecque et Médine, visiter les tribus sur le chemin
et essayer de les neutraliser. En même temps le Messager (BP sur lui) envoyait
des bataillons, dix-sept en tout et pour tout, pas pour se battre mais pour
aller et venir sur la route entre la Mecque et Médine. Ils se composaient de
Mouhâdjirînes et cela était une sorte d’entraînement à la guerre.
Le
dernier bataillon avant Badr était sous le commandement de ‘Abdillâh ibn Djhach.
Le messager lui donna une lettre qu’il ne devait ouvrir qu’après deux jours
devant ses autres compagnons. Lorsqu’il l’ouvrit au jour fixé, il vit que le
Prophète (BP sur lui) lui ordonnait de se rendre à une certaine place entre la
Mecque et At-Tâëf et de lui rapporter des nouvelles précises de Qoraïche. Il ne
devait obliger aucun de ses compagnons à accomplir la mission contre son gré. Le
Messager (BP sur lui) avait pensé à les envoyer dans les mois de trêve convenus
entre toutes les tribus depuis toujours et éviter ainsi que Qoraïche ne leur
fasse du mal. Les huit individus du groupe acceptèrent de partir et, en route,
deux d’entre eux, Sa‘d ibn abi Waqqâç et un autre, s’égarèrent et furent pris
par Qoraïche. C’était au dernier jour des mois de trêve sacrés chez les Arabes
et ils ne savaient quoi faire surtout que deux d’entre eux avaient été pris en
otage. A ce moment des membres d’une tribu de Qoraïche passèrent devant eux. Ils
se concertèrent et décidèrent de prendre deux prisonniers à la place des leurs.
L’un d’entre eux leur rappela que le Messager les avait envoyés pour se
renseigner uniquement et qu’ils étaient dans les mois de trêve. Mais comme ils
étaient au dernier jour de ce mois et le soir, ils se dirent qu’ils pouvaient
considérer les mois terminés. Ils lancèrent une flèche qui tua un Quraychite
appelé ‘Amr ibn Al-Hadramy, prirent deux prisonniers et retournèrent vers le
Prophète.
Qoraïche profita de l’occasion pour répandre partout dans la péninsule arabe que
Mohammed transgressait la trêve des mois sacrés.
Le
Messager (BP sur lui) très en colère contre le bataillon, leur dit qu’il les
avait envoyés spécialement à cette date pour qu’il n’y ait pas de bataille mais
des versets qui commentaient la situation furent révélés. Ils peuvent être ainsi
traduits : “
Ils
t'interrogent sur le fait de faire la guerre pendant les mois sacrés. - Dis: «Y
combattre est un péché grave, mais plus grave encore auprès d'Allah est de faire
obstacle au sentier d'Allah, d'être impie envers Celui-ci et la Mosquée sacrée,
et d'expulser de là ses habitants. L'association est plus grave que le meurtre.»
Or, ils ne cesseront de vous combattre jusqu'à, s'ils peuvent, vous détourner de
votre religion. Et ceux qui parmi vous abjureront leur religion et mourront
infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et la vie
future. Voilà les gens du Feu: ils y demeureront éternellement. " (TSC, Al-Baqara (LA VACHE) : 217).
Allah disait aux Musulmans et publiquement qu’ils avaient eu tort mais que la
faute des mécréants était plus grave. Si nous comparons cet incident à ce qui se
passe de nos jours, nous pouvons dire que, si le terrorisme est certainement un
crime, les politiques qui le causent et l’absence de la vérité et de la justice
dans le monde le sont encore plus.
La bataille de Badr :
La bataille de Badr est appelée dans le Coran le jour du discernement
(Al-Fourqan), qui discerne le vrai du faux, le bien du mal. C’est la victoire du
bien, de la justice qui se propagera dans le monde entier. Elle créera un
nouveau statu quo car après cette bataille, Qoraïche ne sera plus la seule
puissance dans la péninsule arabe.
Les causes de la bataille :
Qoraïche a envoyé en Syrie une caravane commerciale de 1 000 chameaux chargés de
50 000 dinars d’or gardés par 40 gardes, et conduite par Abou Soufyan. Il
s’agissait de l’argent des Quraychites et des Musulmans qui avaient laissé tous
leurs biens derrière eux pour émigrer. La caravane devait passer par Médine en
revenant de Syrie. Le Prophète qui avait été informé de sa venue décida de
partir à sa rencontre.
Remarquons que le Prophète avait rendu les dépôts à ses propriétaires avant son
départ de la Mecque. Pourquoi la situation était-elle différente ici ? Le dépôt
doit absolument retourner à son propriétaire quels que soient les différends
survenus entre le propriétaire du dépôt et celui à qui il est confié. Quant à la
caravane, elle transportait l’argent des émigrés, qui n’étaient plus citoyens
mecquois et en conflit avec la Mecque qui combattait la propagation de leur
Message.
Les Musulmans tentaient donc de faire pression sur le commerce des Mecquois.
Abou Soufyan qui apprit que le Prophète était sorti à sa rencontre avec 313
compagnons envoya prévenir Qoraïche. Amr Ibn Damdam, pour alerter les
Mecquois, fit son entrée à la Mecque à l’envers sur sa monture et couvert de
sang en appelant à l’aide et en criant au désastre, Mohammed avait attaqué leur
caravane. A cette nouvelle, Abou Jahl jura qu’ils partiraient à leur rencontre
la nuit même. Il prépara une armée de 950 hommes, 200 chevaux, des chameaux
comme monture et 100 chameaux pour le ravitaillement.
Notons que trois jours plus tôt, ‘Atika la tante du Prophète qui habitait la
Mecque, avait vu un songe prémonitoire : Quelqu’un s’écriait à plusieurs
reprises dans la ville : ô vous les traîtres, dans trois jours, ce sera votre
tour.
Quant au Prophète, il n’était pas sorti de Médine pour combattre et était
accompagné seulement de 313 hommes, deux chevaux, et 70 chameaux qu’ils
montaient à tour de rôle sur la distance de 150 km. Chaque homme devait donc
marcher 100 km. Le Prophète avait 55 ans à l’époque ; lorsque les compagnons
voulurent lui céder leur place sur la monture, il refusa vivement et insista à
marcher comme eux en disant : « Vous n’êtes pas plus capables de marcher que
moi, et je n’ai pas moins besoin de la récompense divine que vous. » Comme lui
(BP sur lui), ne nous lassons pas de rechercher la récompense divine…
Entre temps, Abou Soufyan avait changé l’itinéraire de la caravane en direction
de Yanbu’ et Jedda et le Prophète avait été informé de la venue de l’armée
mecquoise. Or parmi les 313 hommes qui étaient sortis avec lui, il y avait des
Ançars. Le pacte conclu avec eux à Al-‘Aqaba stipulait que les Médinois devaient
défendre le Prophète sur leur territoire. Or ils se trouvaient à présent hors de
la ville. Le Prophète s’adressant à ses hommes dit : « Conseillez-moi » Abou
Bakr et ‘Omar prirent d’abord la parole pour manifester leur soutien au
Prophète. Un troisième prit la parole et dit : « Nous ne te disons pas ce que
les Banou Isra’il ont dit : ils ont dit pars, toi et ton Seigneur, au combat;
nous restons. Quant à nous, nous te disons, pars, toi et ton Seigneur, au
combat, nous combattons avec vous. » Mais le Prophète, qui voulait connaître la
position des Ançars répéta : « Conseillez-moi. » L’Ansari Sa‘d Ibn Mou‘ad se
leva alors et dit : « C’est notre avis que tu veux ? » Le Prophète acquiesça et
Sa‘d continua ainsi : « Nous avons cru en toi et t’avons obéi, nous avons fait
pacte de t’obéir, va donc au combat, par Allah, si tu allais en mer nous te
suivrions tous sans exception. Prends ce que tu veux de nos biens, et laisse ce
que tu veux, et ce que tu prendras nous est plus cher que ce que tu laisseras.
Fais la paix avec qui tu veux, combats qui tu veux, établis ou romps des liens
avec qui tu veux, par Allah tu nous trouveras sincères et patients au combat,
puisse Allah te montrer de nous ce qui réjouira tes yeux. »
Le plan du Prophète (BP sur lui) pour la bataille était d’aligner ses hommes sur
un rang qui dissimulait un deuxième rang d’archers juste derrière la première
rangée de combattants.
Pour évaluer l’effectif de l’armée mecquoise le Prophète interrogea un jeune
garçon qui ravitaillait les armées en eau. D’après le nombre de bêtes égorgées
chaque jour-- entre 9 et 10-- le Prophète (BP sur lui) déduit que l’armée
ennemie comptait entre 900 et 1000 hommes et il sut que la plupart des grands
dirigeants mecquois s’y trouvaient. Il apprit également la position de l’armée
de Qoraïche sur le versant le plus éloigné de la vallée. Les musulmans eux
étaient positionnés sur le versant le plus proche et ne voyaient pas l’armée
ennemie. Allah dit- ce qui peut être traduit par :
"
Vous étiez sur le versant le plus proche,
et eux (les ennemis) sur le versant le plus éloigné, tandis que la caravane
était plus bas que vous. Si vous vous étiez donné rendez-vous, vous l’auriez
manqué (effrayés par le nombre de l’ennemi). Mais il fallait qu’Allah accomplît
un ordre qui devait être exécuté…"
(TSC, Al-Anfâl (Les butins : 42).
C’est alors que la pluie se mit à tomber et à alourdir le terrain sur lequel se
déplaçait Qoraïche, alors que le sol plus dur du versant proche n’était pas
affecté. Qoraïche se trouva ainsi embourbée et encombrée par leur grand
effectif. Car Allah soutient ceux qui travaillent et font tout leur possible
sans épargner aucun effort. Et Allah dit- ce qui peut être traduit par :"
Et
quand Il vous enveloppa de sommeil comme d’une sécurité de Sa part, et du ciel
Il fit descendre de l’eau sur vous afin de vous en purifier, d’écarter de vous
la souillure du Diable, de renforcer les cœurs et d’en raffermir les pas! [vos
pas]."
(TSC, Al-Anfâl (Les butins : 11). Les musulmans s’étaient en effet
assoupis malgré eux.
L’armée musulmane s’était alignée face à des puits. L’un des compagnons
interrogea le Prophète au sujet de la position de l’armée : « Est-ce une
révélation venant d’Allah ? Ou bien est-ce la guerre avec ses décisions et ses
stratagèmes. » Le Prophète répondit : « C’est la guerre avec ses décisions et
ses stratagèmes. » Le compagnon suggéra alors de boucher tous les puits sauf un
et d’aligner l’armée au delà des puits afin de disposer de ravitaillement en eau
et d’en priver l’ennemi. Le Prophète qui donnait à chacun, petit ou grand, la
liberté de s’exprimer, exécuta ce plan.
Dans ces circonstances, et pour la première fois, le Prophète s’adressa à son
armée pour l’encourager au Djihad. Il déclare : « En avant, vers le Paradis qui
est aussi vaste que les cieux et la terre ! » Notons au passage qu’il faut
s’adresser aux gens en fonction des circonstances qu’ils vivent, chaque chose
doit venir en son temps. ‘Omair ibn al-Hamam lorsqu’il entendit le Prophète
annoncer le Paradis, souhaita être de ceux qui le gagneront. Le Prophète lui
prédit qu’il en serait, et il tomba martyr dans la bataille. Harissa aussi, 18
ans fut parmi les martyrs. Il était très pieux. Le Prophète (BP sur lui) le
rencontra un jour à Médine et lui demanda de ses nouvelles. Il répondit : « Je
suis devenu un vrai croyant ; « Quelle est ta preuve ? » lui demanda le
Prophète. Il dit : Je vois le Trône du Seigneur, les gens du Paradis dans les
délices, les gens de l’Enfer brûler, et je préfère la prière de nuit à ce
monde. » Le Prophète (BP sur lui) lui dit : « Maintenant que tu as su, continue
ainsi. » Une flèche l’atteint au tout début de la bataille et le Prophète dit à
sa mère qu’il avait gagné les plus hauts degrés du Paradis. Ce sont ceux-là
qu’Allah choisit, ceux qui travaillent de toutes leurs forces pour la gloire de
l’Islam.
La bataille commença. Le Prophète envoya les membres de sa famille au combat en
premier, Ali, Hamza, Abou ‘Obaida ibn Al-Hârith son cousin. Ce dernier tomba
martyr et mourut sur la cuisse du Prophète en disant : « Ai-je accompli mon
devoir, ô Messager d’Allah ? Le Prophète répondit : « ô Allah, j’atteste que
‘Obaida ibn Al-Hârith a accompli son devoir ! » Avons-nous ce sens du devoir, ce
sens de la responsabilité vis-a-vis de ceux qui ont tout sacrifié pour nous
transmettre ce message de vérité et de justice ?
La première ligne des combattants musulmans se retira et les archers prirent
leur place, prenant l’ennemi par surprise. ‘Abd Ar-Rahmân ibn ‘Aouf raconte
qu’alors qu’il se tenait avec un détachement de 15 hommes sur la droite de
l’armée, un adolescent qui se trouvait parmi eux lui dit : « ô mon oncle,
montre-moi Abou Jahl ! » ‘Abd-al-Rahmân lui dit : « Qu’as-tu à faire avec Abou
Jahl… » Il répondit : « Ma mère m’a dit, si tu ne tues pas Abou Jahll, ne rentre
pas… » A sa gauche, un autre adolescent lui demande la même chose : « montre-moi
Abou Jahl ! » Et ajoute : « J’ai entendu dire qu’il insulte le Messager d’Allah,
et je ne peux supporter que le Messager d’Allah soit insulté ! » Notons au
passage que le Prophète ne laissait pas les enfants combattre. « Rien ne m’a
fait plaisir autant que ces deux jeunes » rapporta ‘Abd Ar-Rahmân ibn ‘Aouf à
propos des deux adolescents. Ils ont attaché leurs épées à leurs poignets, car
ils étaient encore frêles, et se sont élancés vers Abou Jahl. L’un d’eux frappa
les pattes de son cheval qui tomba, tandis que l’autre frappa Abou Jahl au cou
de son épée. Alors qu’ils s’enfuyaient, l’un d’eux fut rattrapé par un des
Mecquois qui lui frappa l’épaule d’un coup d’épée. Mais il voulait annoncer le
premier la nouvelle de la mort de Abou Jahl au Prophète. Il tira sur son bras
pour le détacher à l’épaule afin de courir plus vite vers le Prophète en criant
« Nous avons tué Abou Jahl ! » Celui-ci rendait effectivement le dernier soupir.
Le Prophète avait annoncé sur le champ de bataille : Si vous vous trouvez face à
Abou al-Boukhtouri ibn Hichâm, ne le tuez pas. En effet, c’était lui qui avait
demandé la destruction du document placé dans la Ka’ba et qui stipulait le
boycott des musulmans. Par reconnaissance pour ce geste, le Prophète avait
interdit de le tuer. Les compagnons pour obéir au Prophète essayèrent de
l’éviter et lui dirent que le Prophète leur avait interdit de le tuer en
reconnaissance pour son attitude à l’époque, mais celui-ci insista à combattre
et fut tué par l’un des musulmans, qui s’était vu contraint de le tuer pour se
défendre.
A la fin, les anges vinrent soutenir les musulmans :
"
Et
ton Seigneur révéla aux Anges: «Je suis avec vous: affermissez donc les
croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc
au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts"
(TSC, Al-Anfâl (Les butins : 12). Au début de la bataille, lors de
l’offensive de Qoraïche, le Prophète levait ses bras vers le ciel et priait avec
ferveur pour la victoire, en tout humilité. Allah dit-ce qui peut être traduit
par
"
Allah vous a donné la victoire, à Badr,
alors que vous étiez humiliés. Craignez Allah donc. Afin que vous soyez
reconnaissants."
(TSC, Al ‘Imran: 123). Dans ses supplications le Prophète disait : « O
Allah, si cette petite bande allait périr, Tu ne serais plus jamais adoré… »
Puis le Prophète participa à la contre offensive qui suivit jusqu'à ce que
Jibril descende avec une multitude d’anges.
Conclusion :
Badr gouvernée du ciel, et exécutée sur la terre fut une victoire décisive pour
les Musulmans et reste une leçon et un signe, qu’il nous faut œuvrer pour
l’islam.
Soixante-dix des plus puissants membres de Qoraïche y trouvèrent la mort. Ils
furent enterrés dans une fosse séparée de celle des musulmans et le Prophète
leur dit : « Avez-vous trouvé ce que votre Seigneur a promis véridique ? » ‘Omar
lui dit : « Ils ne t’entendent pas, ô Messager d’Allah ». Il dit (BP sur
lui) : « ô Omar, tu ne m’entends pas mieux qu’eux. » C’est une leçon pour tous
ceux qui s’écartent de la vérité pour défendre un intérêt personnel.
Quatorze musulmans tombèrent martyrs, treize d’entre eux étaient des Ançars. Ils
n’avaient pas hésité à offrir ce sacrifice pour leur cause.
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